Israël est secoué par des accusations impliquant des proches du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, dans une affaire de financement en provenance du Qatar, pays hôte de dirigeants du Hamas et médiateur entre Israël et le mouvement palestinien.
Surnommée « Qatargate » par les médias israéliens, l’affaire repose sur des soupçons selon lesquels plusieurs proches de M. Netanyahu auraient été recrutés pour promouvoir les intérêts du Qatar en Israël, où cet émirat du Golfe est considéré comme hostile.
Un tribunal a prolongé mardi la garde à vue des deux suspects et M. Netanyahu a été entendu lundi soir par la police sur cette affaire. L’enquête est toujours en cours.
Le tribunal a affirmé que les soupçons portaient sur des fonds destinés à « améliorer l’image du Qatar » auprès de l’opinion publique israélienne, notamment en ce qui concerne son rôle de médiateur pour la libération des captifs israéliens à Gaza en échange de celle de prisonniers palestiniens.
Une « chasse aux sorcières » selon M. Netanyahu pour qui l’enquête est « politique ». Il a qualifié ses deux conseillers arrêtés, Yonatan Urich et Eli Feldstein, d' »otages » de la police.
« Il n’y a aucune affaire, absolument rien, juste une chasse aux sorcières, rien d’autre », a-t-il martelé dans une vidéo sur son canal Telegram.
Selon des médias israéliens, les deux hommes sont aussi soupçonnés d’avoir transmis des informations confidentielles à des sources qataries, en pleine guerre à Gaza.
« Ce n’est pas la première fois que nous faisons l’objet d’une campagne de dénigrement de la part de ceux qui ne veulent pas voir la fin de ce conflit ou la remise des otages restants à leurs familles », a réagi un responsable du gouvernement qatari interrogé par l’AFP, ajoutant que son pays « poursuivrait ses efforts de médiation » pour mettre fin à la guerre.
Urich est considéré comme l’un des hommes les plus proches de M. Netanyahu. Ancien porte-parole de son parti, le Likoud, il dirige une agence de conseil, Perception, dont des médias israéliens affirment qu’elle aurait été engagée par le Qatar pour polir son image avant la Coupe du Monde de football en 2022.
Feldstein est déjà sous le coup d’une enquête, révélée fin 2024, suspecté d’avoir fait fuiter des documents militaires confidentiels à des journalistes quand il était l’un des porte-parole de M. Netanyahu chargé des affaires militaires.
Le tribunal a déclaré mardi que l’un des deux suspects, alors en poste au bureau de M. Netanyahu, avait reçu de l’argent de Jay Footlik, un lobbyiste américain pour le compte du Qatar ayant pignon sur rue à Washington.
Pour Jonathan Rynhold, directeur du département des Etudes politiques à l’Université Bar-Ilan, cette affaire « regroupe dans un même sac tout ce qui sent le souffre autour de Netanyahu ».
« Cela lie Netanyahu directement à la politique de complaisance envers le Hamas, » explique-t-il, en référence à la politique israélienne qui a autorisé Doha à envoyer pendant des années des millions de dollars en espèces à Gaza.
Une partie de l’opinion israélienne estime, à la lumière du 7-Octobre, que cela a renforcé le Hamas et lui a permis d’attaquer Israël.
Début mars, Doha a rejeté comme de « fausses accusations » les conclusions d’une enquête de l’Agence de la sécurité intérieure israélienne (Shin Bet), affirmant que des fonds qataris avaient renforcé le Hamas avant le 7-Octobre.
Pour M. Rynhold, le « Qatargate » pose la question du « respect de l’Etat de droit » en Israël.
Netanyahu a décidé le 21 mars de limoger Ronen Bar, le chef du Shin Bet, arguant ne plus avoir aucune confiance en lui sur les plans professionnel et personnel.
L’opposition accuse M. Netanyahu d’avoir agi ainsi pour stopper l’enquête du Shin Bet sur le « Qatargate ». Saisie de recours, la Cour suprême a suspendu le limogeage de M. Bar jusqu’au 8 avril.
« Dans un pays normal, si le Premier ministre avait des espions dans son bureau, il démissionnerait, mais nous ne sommes pas dans une période normale », dit à l’AFP Gideon Rahat, professeur de Sciences politique à l’Université hébraïque de Jérusalem.
Plutôt que de démissionner, M. Netanyahu contre-attaque et présente la situation « comme si les services secrets [l’avaient] pris pour cible parce qu’il veut limoger leur chef », relève-t-il.
A terme, estime M. Rahat, il n’est pas certain que M. Netanyahu puisse se maintenir en poste si des preuves solides sont présentées contre lui ou ses collaborateurs
Source: Avec AFP