lundi, 29/06/2026   
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Comment Trump vide le mémorandum d’entente avec l’Iran de son contenu

Quelques jours à peine après la signature du mémorandum d’entente américano-iranien, les États-Unis ont entrepris diverses actions pour remodeler le contexte politique et sécuritaire dans lequel les dispositions de l’accord étaient censées être mises en œuvre.

À en juger par ces initiatives, l’administration américaine ne semble pas chercher à annuler le mémorandum ni à s’en retirer purement et simplement, mais plutôt à le vider progressivement de sa substance en imposant de nouvelles réalités qui rendent les engagements qu’il stipule pratiquement caducs, ou susceptibles d’interprétation au service des intérêts américains et israéliens.

Cette politique se déploie selon quatre axes parallèles : le premier débute au Liban, le deuxième s’étend au Golfe, le troisième s’articule autour du détroit d’Ormuz et le quatrième consiste à maintenir un niveau d’engagement militaire calculé avec l’Iran.

De cette manière, Washington conserve une influence permanente sur Téhéran sans recourir à une guerre totale et sans permettre à l’Iran de transformer les acquis du mémorandum en avantages politiques et stratégiques.

Dissocier le dossier libanais

Concernant le premier point, relatif au Liban, l’accord annoncé il y a deux jours à Washington entre les gouvernements libanais et israélien reformule la première clause du Mémorandum d’entente américano-iranien afin de l’aligner sur le point de vue israélien. Au lieu d’un retrait complet dans le délai de soixante jours, l’accord confère à l’occupation une légitimité politique lui permettant de se maintenir indéfiniment sur le territoire libanais et subordonne tout retrait ultérieur à de nouvelles conditions non prévues par le mémorandum. Il justifie également la poursuite des attaques israéliennes au Liban sous prétexte de sécurité et ouvre la voie à une influence israélienne directe sur les décisions de sécurité libanaises, notamment celles relatives à l’armée. Plus grave encore, il conditionne la fin de l’occupation au désarmement de la résistance sur l’ensemble du territoire libanais, une exigence israélo-américaine dont les partisans savent qu’elle est pratiquement impossible à satisfaire dans les circonstances actuelles. Ainsi, le retrait israélien devient subordonné à un objectif pratiquement inatteignable, transformant l’occupation en une tactique de pression à long terme, d’abord contre la résistance, puis contre l’Iran.

L’objectif de tout ce qui précède est clair : dissocier le dossier libanais du dossier américano-iranien et soustraire le Liban aux obligations imposées par le mémorandum d’entente. Dans ce contexte, des sources américaines, israéliennes et libanaises n’ont pas hésité à déclarer à Axios que « l’objectif commun de l’accord est d’affaiblir l’influence du Hezbollah et de l’Iran au Liban ».

Un alignement régional

La seconde tendance se caractérise par une intensification de l’activité américaine dans le Golfe. La visite du secrétaire d’État américain Marco Rubio la semaine dernière, ainsi que la déclaration conjointe publiée à l’issue de la réunion ministérielle États-Unis-pays du Golfe à Manama, témoignent d’une volonté de reconstruire un alignement régional offrant à Washington une plus grande marge de manœuvre pour gérer les problèmes de la région, en s’affranchissant des contraintes imposées par les négociations avec Téhéran.

La visite semblait viser à rassurer les alliés quant à l’accord avec l’Iran. Si les États du Golfe soutiennent publiquement le mémorandum d’entente, cherchant à mettre fin à la guerre et aux attaques iraniennes contre les bases américaines sur leur territoire et dans leurs voies maritimes, ils craignent que l’accord n’aboutisse à une paix incomplète s’il ne prend pas en compte les missiles, les drones et les forces interposées.

La déclaration ministérielle conjointe publiée à l’issue de la réunion contenait des messages clairs concernant la sécurité maritime, la coordination de la défense et l’engagement en faveur de la sécurité du Golfe, rejetant tout droit de passage, taxe ou tentative de contrôle du détroit d’Ormuz. Ceci illustrait la volonté de l’administration américaine, à travers la tournée de Rubio dans le Golfe, de réaffirmer des messages clés, notamment le rejet de tout droit de passage sur le détroit et la nécessité d’empêcher que l’accord ne devienne un instrument préjudiciable à la sécurité du Golfe.

Le détroit d’Ormuz

Quant à la troisième voie, elle semble emprunter le détroit d’Ormuz, où les États-Unis et les pays du Golfe ont fait pression sur Oman pour qu’il ouvre un corridor maritime temporaire échappant à l’influence iranienne directe. L’établissement de ce corridor réduirait l’un des principaux leviers de puissance de Téhéran : sa capacité à influencer le trafic maritime dans le détroit, compromettant ainsi l’équilibre de dissuasion instauré par le mémorandum d’entente. Il convient de noter qu’Oman et l’Iran avaient annoncé la poursuite des négociations concernant la gestion de la navigation, des services et des coûts dans le détroit. Cependant, suite à la tournée de Rubio dans le Golfe, Mascate a annoncé, en coordination avec l’Organisation maritime internationale (OMI), la mise en place d’un corridor maritime temporaire gratuit pour tous les navires souhaitant transiter. Reuters a par la suite révélé l’existence de discussions régionales distinctes, indépendantes du processus suisse-américano-iranien, concernant la future gestion d’Ormuz, ce qui indique une supervision américaine de l’initiative omano-ONU et des deux options de transit proposées aux navires bloqués.

Les données de suivi maritime ont également révélé l’apparition de deux nouvelles routes : l’une vers le nord, à travers des eaux que l’Iran considère comme étant sous son contrôle, et l’autre vers le sud, via Oman. Cependant, cette nouvelle route s’est rapidement heurtée à l’opposition iranienne ; Téhéran a mis en garde les navires contre l’utilisation de routes non désignées par ses soins, affirmant que la sécurité ne pouvait être garantie en dehors des routes spécifiées par les autorités iraniennes. S’en sont suivies plusieurs attaques contre des navires tentant d’emprunter la route omanaise.

Escalade limitée

La quatrième approche consiste à maintenir un faible niveau de friction militaire avec l’Iran dans et autour du détroit d’Ormuz. Les États-Unis ne semblent pas souhaiter une reprise d’une guerre à grande échelle, mais ils ne veulent pas non plus d’une stabilité totale qui permettrait à Téhéran de tirer profit du mémorandum d’entente. Par conséquent, l’escalade limitée actuelle sert de tactique de pression constante, préservant la fragilité du cessez-le-feu et le rendant vulnérable à un effondrement, et permettant de ramener les parties au bord de la confrontation si nécessaire. En d’autres termes, l’objectif de cette friction militaire est de rappeler à l’Iran le coût militaire de toute tentative de résistance aux nouvelles règles que les États-Unis cherchent à imposer au Liban, dans le Golfe et dans le détroit d’Ormuz.

Prises ensemble, ces approches révèlent que Washington n’abandonne pas purement et simplement le mémorandum d’entente avec Téhéran, mais le réinterprète en lui imposant de nouvelles réalités. L’accord reste formellement en vigueur, mais les États-Unis tentent de modifier le contexte politique et militaire dans lequel il a été conclu, rendant ainsi nombre de ses dispositions inefficaces ou les soumettant à des conditions supplémentaires non prévues initialement. Par cette stratégie, l’administration américaine cherche à atteindre deux objectifs : maintenir le dialogue avec l’Iran tout en empêchant ce dernier de tirer profit des avantages politiques et stratégiques que l’accord est censé lui apporter.

Par Hussein al-Amine

Source : Médias