lundi, 29/06/2026   
   Beyrouth 12:28

L’expert Ali Fadlallah : l’accord-cadre englobe tout ce qui importe à Israël et ne tient aucunement compte des revendications libanaises

L’expert politique libanais Ali Fadlallah a analysé les clauses essentielles formulées dans l’accord-cadre conclu entre les autorités libanaises et israéliennes sous la médiation américaine, vendredi 26 juin dernier.

Sur son compte Facebook, il en conclut qu’«il englobe tout ce qui importe à Israël et ne tient aucunement compte des revendications libanaises »

Tout en relevant que le texte, « long de 1 966 mots, est présenté comme un cadre et non comme un accord définitif », Fadlallah estime que les nombreux engagements qu’il contient suggèrent qu’il dépasse le simple cadre d’un accord-cadre.

« Le mot « Liban » apparaît 31 fois, tandis que « Israël » apparaît 18 fois. Ceci met en évidence qui supporte les obligations (le Liban) et qui les dicte (Israël) », fait-il remarquer aussi.

Selon lui, la délégation libanaise a pris la décision unilatérale et importante de reconnaître officiellement Israël dans la clause un, après 78 ans de conflit, « sans concertation approfondie avec les États arabes, dont la position antérieure était d’adhérer à l’Initiative de paix arabe ».

Il estime aussi qu’elle a accepté le maintien de l’occupation israélienne du Sud-Liban et de la vallée de la Bekaa occidentale dans les deux clauses deux et cinq, constatant que « le retrait a été limité par des « conditions claires » dans la clause deux, ce qui, de fait, signifie l’impossibilité d’un retrait ».

Selon Fadlallah, l’armée libanaise a accepté la création de zones expérimentales dans de zones qui ont été inaccessibles à l’armée israélienne par la guerre dans le sud, permettant ainsi à Israël de vérifier l’absence d’armes (article 3).

En analysant l’article 4 qui stipule que les autorités libanaises pourraient solliciter un soutien extérieur, « notamment auprès des Arabes », pour le désarmement de la résistance, il considère que « cette demande laisse entrevoir la possibilité d’une intervention des forces syriennes au Liban pour combattre une faction interne ». Une menace que le président américain Donald Trump n’a cessé de brandir ouvertement et le président intérimaire Ahmad al-Charaa a rejetée.

L’accord stipule un monopole sur le droit de légitime défense, le niant au peuple libanais, déplore Fadlallah en lisant les articles six et sept (…)  Ce qui selon lui « viole le droit international et l’Accord de Taëf ».

L’expert libanais reproche aussi à l’article neuf de l’accord d’avoir « imposé des conditions draconiennes au soutien apporté à l’armée libanaise, stipulant que l’aide sera strictement conditionnée à la réalisation d’étapes vérifiables, à une transparence totale, à des résultats tangibles et à un contrôle continu ». Il en découle d’après lui que « l’armée est ainsi placée sous contrôle américain ».

Fadlallah s’est arrêté sur l’engagement accordé dans l’article 13 « à empêcher toute action en justice contre Israël. Soulignant que « ceci est sans précédent ».

Ali Fadlallah en conclut qu’il ne s’agit pas d’un simple accord de sécurité. « Il englobe tout ce qui importe à Israël et ne tient aucunement compte des revendications libanaises » à savoir le retrait immédiat, la libération des prisonniers libanais dans les geôles israéliennes, le soutien inconditionnel à la reconstruction et à l’armée, l’engagement de non-agression, la restriction de la liberté de mouvement de l’armée israélienne, l’imposition de réparations à l’agresseur, etc…

Cet accord représente clairement une défaite pour le gouvernement libanais, restructure le pays et place le pouvoir de décision sous contrôle israélien, déplore-t-il.

Le qualifiant de « conspiration contre le peuple libanais », Fadlallah prévoit que ce dernier « rejettera cette trahison, ce qui est son droit naturel, comme le dicte l’article 275 du code pénal ».