lundi, 18/05/2026   
   Beyrouth 10:57

Ben Zayed parie sur l’avenir des Émirats : Cap vers la guerre

Par Hussein Ibrahim

Il semble que le président émirati, Mohammad ben Zayed, ait décidé d’aller jusqu’au bout dans la défense de son régime et de son influence, plaçant la quasi-totalité de ses jetons, de manière presque ouverte, sur ‘Israël’ et les États-Unis. Ce choix s’est fait sans la moindre précaution face aux risques potentiels pour son régime et pour l’État, des menaces qui sont désormais devenues claires et tangibles.

Ce pari n’est pourtant pas nouveau ; la progressivité qui l’a caractérisé suggère plutôt que ben Zayed s’y prépare depuis de longues années.

Pour le président émirati, la guerre américano-israélienne contre l’Iran était inéluctable, que ce soit aujourd’hui ou demain. Qu’il y voie une opportunité ou un inconvénient, son positionnement est sans équivoque, se démarquant ainsi des autres pays du Golfe.

Le retrait des organisations de l’OPEP et de l’OPEP+, en rupture avec la tendance générale du Golfe, n’est venu que confirmer cette singularité. Cette décision s’inscrit en effet dans le cadre de la transition de l’État vers une économie de guerre. Elle lui permet de doubler presque sa production de pétrole, afin de compenser les pertes qui frapperont l’économie des Émirats, et plus particulièrement le modèle de Dubaï. Ce dernier, fondé sur son statut de hub commercial et financier régional, s’avère impossible à maintenir en temps de guerre.

Ce même choix permet à ben Zayed de verrouiller son contrôle sur les Émirats eux-mêmes.

La peur qui l’habite actuellement en raison de la guerre contre l’Iran ne se limite pas à l’avenir du régime, mais s’étend à l’avenir de l’État unifié par son père en 1971, surtout à une époque où le redessinage des frontières est devenu une probabilité forte.

Les Émirats, qui se nommaient « les États de la Trêve » (ou Côte d’Oman) avant de devenir les Émirats arabes unis, voient dans leur ancienne appellation le reflet de deux dangers majeurs : le premier réside dans le fait que les sept émirats composants l’État étaient en conflit perpétuel avant que l’Occident n’aide Zayed à les unifier en soumettant les familles régnantes à son autorité, après un accord sur l’identité de l’État et ses intérêts ; le second tient à leur appartenance à une géographie portant un nom historique, à savoir Oman.

C’est pourquoi les fils de Zayed, tout comme leur père avant eux, nourrissent une sensibilité particulière à l’égard du Sultanat d’Oman, avec lequel ils partagent des contentieux frontaliers.

L’État a également des différends frontaliers avec l’Arabie saoudite, sur lesquels s’est accumulée une montagne de conflits touchant à tout : de la géographie à l’influence, en passant par les alliances politiques.

Ces rivalités explosent en guerres par procuration du Yémen au Soudan et à la Corne de l’Afrique, jusqu’aux relations avec ‘Israël’, qui se retrouve contraint de s’aligner avec l’un au détriment de l’autre — une réalité bien comprise par ce dernier, qui tente en vain de concilier, non pas entre les deux pays, mais entre ses deux relations.

Sur la voie de son nouvel objectif, ben Zayed semble avoir décidé de sacrifier le modèle de Dubaï, incompatible avec l’implication dans des guerres.

Cela aura pour effet de placer cet émirat — le seul parmi les six autres à disposer d’une option viable d’autonomie vis-à-vis d’Abou Dabi en temps de paix — dans une situation de dépendance envers cette dernière, qui détient la majeure partie du pétrole, renforçant ainsi l’emprise de ben Zayed sur lui.

Ainsi, face à l’anxiété qui l’habite, ben Zayed est devenu plus enclin à s’aligner aveuglément sur les options israéliennes et américaines, malgré leurs risques et leur coût élevé.

C’est ce qui l’a poussé à s’impliquer concrètement dans la guerre contre l’Iran, sans pour autant le déclarer formellement. Il a ainsi accueilli à Abou Dhabi, durant l’agression, l’ensemble des chefs des services de sécurité israéliens, y compris le chef d’état-major de l’armée, puis le Premier ministre Benjamin Netanyahu, tout en s’appuyant sur le système israélien « Dôme de fer » pour faire face aux missiles et aux drones iraniens.

De plus, il est devenu plus vulnérable aux manipulations américaines et israéliennes.

Selon des révélations récentes du journal britannique The Telegraph citant des responsables américains, le président américain Donald Trump lui aurait demandé d’occuper l’île iranienne de Lavan, afin de déployer des soldats émiratis sur le sol iranien en lieu et place des troupes américaines.

Cependant, les risques majeurs inhérents au choix de s’impliquer dans la guerre, et dont ben Zayed est conscient, sont apparus dans un rapport de l’agence Bloomberg.

Ce rapport fait état d’une frustration sans précédent au sein du palais d’Al-Shati à Abou Dhabi, après le refus des pays du Golfe de soutenir l’idée d’une riposte militaire collective contre l’Iran, contraignant le président émirati à faire cavalier seul dans cette voie.

Quant au prix que son pays pourrait payer en raison de ces politiques extrêmes, ses signes avant-coureurs se sont manifestés dans une séquence de la télévision iranienne montrant des citoyens s’entraîner au maniement des armes à feu, séquence qui s’est conclue par des tirs ciblés sur le drapeau des Émirats arabes unis.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar