Non contents d’avoir récupéré le contrôle du Congrès à Washington, les démocrates ont aussi pris le pouvoir dans nombre de parlements locaux à travers le pays, où ils pourraient mener des réformes plus facilement qu’au niveau fédéral.
Le symbole le plus fort vient encore une fois du Texas, où la gauche prend aux républicains la majorité de la chambre basse de l’État pour la première fois depuis 2002, en plus de reprendre le poste de gouverneur dans ce bastion de la droite.
Chacun des 50 États américains dispose, à son niveau, d’un pouvoir exécutif – le gouverneur – et législatif, le plus souvent divisé en deux chambres.
Mercredi soir, alors que certains dépouillent encore, onze chambres d’États et cinq postes de gouverneurs ont basculé de républicain à démocrate, selon l’ONG State Navigate, qui souligne que, désormais, trois Américains sur quatre auront un gouverneur de gauche.
« Les démocrates sont bien partis pour avoir leur plus grand succès du 21e siècle en nombre de sièges dans les assemblées d’États », confirme à l’AFP Chaz Nuttycombe, le directeur de cette ONG. « Ce n’est pas une vague bleue, c’est un déluge. »
En Géorgie, Keisha Lance Bottoms va devenir la première femme noire gouverneure du pays.
Au Texas et dans l’Ohio, des femmes l’emportent dans des États qui avaient largement voté pour Donald Trump en 2024. Dans six nouveaux États comme le Wisconsin et la Pennsylvanie, la gauche aura désormais le contrôle total de l’État avec gouverneur, chambre et sénat locaux entre leurs mains.
Loin des blocages de Washington
Des pouvoirs particulièrement importants dans un pays fédéral où nombre de prérogatives sont confiées aux États, des lois sur les armes à la TVA, tandis que les institutions nationales seront entravées par une division entre un Congrès désormais démocrate et une Maison Blanche républicaine.
« Les gouvernements des États sont bien plus efficaces que le Congrès et parviennent réellement à accomplir des choses », estime Chaz Nuttycombe.
A Washington, malgré leur victoire éclatante de mardi, les démocrates seront limités par les veto du président ainsi que par la règle dite du « filibuster », qui permet de bloquer le passage de certaines mesures au Sénat en l’absence d’une majorité qualifiée de 60 voix sur 100, ce dont ne disposent pas les démocrates.
Rien de tout cela dans la vingtaine d’États désormais entièrement contrôlés par la gauche.
Ces démocrates auront ainsi les coudées franches pour légiférer sur leurs priorités, du pouvoir d’achat à l’éducation, de la criminalité à la santé.
Freiner les « data centers »
Au Texas, la nouvelle gouverneure Gina Hinojosa veut ainsi étendre les programmes d’aides à l’assurance-santé et donner à chaque foyer texan un chèque de 1.500 dollars tirés des fonds de réserve de l’État. D’autres veulent réduire les impôts sur l’essence.
Quand, il y a quatre ans, la Cour suprême américaine a supprimé la protection de l’IVG au niveau national, elle a renvoyé la décision à chaque État. « Avec ces victoires démocrates, davantage de mesures législatives pour élargir et protéger des droits à l’avortement pourraient être prises », estime auprès de l’AFP Thad Kousser, de l’Université de Californie à San Diego.
Mais le secteur qui risque d’être le plus bousculé par ces nouveaux pouvoirs locaux démocrates risque d’être celui de la tech et de ses centres de données, devenus très impopulaires.
Dans ce domaine, « le gouvernement fédéral n’a pas agi, et Donald Trump s’oppose à quoi que ce soit », souligne Thad Kousser. « C’est une invitation à ce que les États s’engouffrent dans la brèche. »
Dans l’Ohio et surtout au Texas, qui abrite le plus grand nombre de projets, les gouverneures fraîchement élues souhaitent ainsi imposer des moratoires limités sur la construction de nouveaux « data centers ».
Source : AFP
