jeudi, 05/11/2026   
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Al-Charaa de nouveau en Arabie saoudite : de l’argent en échange de combattants ?

Par Amer Ali

Pour sa deuxième visite en moins d’un mois, à la tête d’une délégation gouvernementale, militaire et sécuritaire, le président syrien par intérim, Ahmad al-Charaa, est arrivé hier à la capitale saoudienne, Riyad, où il a rencontré le prince héritier, Mohammed ben Salmane, ainsi que plusieurs hauts responsables.

La composition de la délégation accompagnante révèle l’ampleur de l’ordre du jour de cette visite, qui englobe des dossiers politiques, économiques, sécuritaires et militaires.

Elle comprenait en effet les ministres des Affaires étrangères Assaad al-Chibani, de la Défense Morhaf Abou Qasra, des Finances Mohammad Yousr Barnieh et de l’Industrie Bassel Abdel Hannan, aux côtés du chef du service des Renseignements généraux, Abdel Kader Tahhan.

Alors que les communiqués officiels initiaux se sont limités à des formules générales sur l’examen des relations bilatérales entre al-Charaa et Ben Salmane, des médias saoudiens ont évoqué la signature de dizaines d’accords sans en divulguer les détails exacts, donnant à ce déplacement l’allure d’un signal de passage à l’exécution d’accords verbaux qui auraient été conclus lors de la précédente visite d’al-Charaa.

Cette visite intervient quelques jours seulement après l’annonce par al-Chibani que son pays étudiait la possibilité de rejoindre l’« Alliance de La Mecque » (qui regroupe l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan), et moins d’un mois après de nombreuses fuites faisant état d’une demande saoudienne visant à envoyer des combattants syriens participer à la guerre au Yémen.

Un communiqué ultérieur du ministère syrien des Affaires étrangères a fait part de la signature d’un accord de coopération entre les ministères saoudien et syrien de la Défense.

Bien que le ministère n’ait pas précisé la nature exacte de cette coopération, la démarche semble cohérente avec la demande saoudienne susmentionnée — malgré les démentis antérieurs des autorités de transition — et s’apparente au préambule d’une mesure « défensive » qui pourrait précéder l’adhésion à l’alliance.

Pour ce qui est des accords économiques, ils s’inscrivent dans le cadre du soutien saoudien officiel apporté aux autorités de transition en Syrie, lequel incluait déjà la signature d’environ 80 accords et mémorandums de coopération pour une valeur de plus de 40 milliards de riyals saoudiens (soit environ 10,7 milliards de dollars), selon les déclarations faites en février dernier par le ministre saoudien de l’Investissement, Khaled al-Faleh.

Ce soutien comprenait également l’approbation par le « Fonds saoudien pour le développement » d’un ensemble de prêts à taux concessionnel de 406 millions de dollars — au sein d’une ligne de financement plus large à l’étude pouvant atteindre 1,5 milliard de dollars —, d’un don de 1,65 million de barils de pétrole brut, ainsi qu’une participation aux côtés du Qatar au règlement des arriérés de la Syrie auprès de la « Banque mondiale » et au financement d’une partie des salaires des fonctionnaires du secteur public syrien.

Ces paquets d’aides et d’investissements saoudiens proposés constituent une nécessité urgente pour les autorités de transition, tout particulièrement face aux crises économiques successives qui frappent la Syrie et à la détérioration continue du niveau de vie — consécutive à la hausse des prix du carburant, de l’électricité et du pain, et à la réduction des subventions —, sans compter l’augmentation du taux de chômage, l’effritement du pouvoir d’achat et l’incapacité des revalorisations salariales à épouser la hausse des prix.

L’importance du soutien saoudien ne se limite pas au seul financement des projets de relèvement et de reconstruction ; elle réside aussi dans la possibilité d’offrir aux autorités une marge de manœuvre plus large pour faire face aux pressions sur le niveau de vie et apaiser un mécontentement populaire croissant, qui s’était traduit par des manifestations de colère dans plusieurs régions — certaines ayant été contenues, tandis que d’autres se poursuivent à un rythme intermittent.

Cette trajectoire croise également l’accord conclu le 18 octobre dernier entre les autorités syriennes et le groupe de la « Banque mondiale » pour la création du « Fonds fiduciaire pour le soutien au relèvement et à la reconstruction en Syrie » — géré par la Banque mondiale et fondé sur les priorités fixées par Damas —, sur lequel la capitale syrienne tablerait pour voir les pays du Golfe, en premier lieu l’Arabie saoudite et le Qatar, jouer un rôle moteur dans son financement.

En outre, ce déplacement survient quelques jours après les déclarations de l’envoyé américain pour la Syrie et l’Irak, Thomas Barrack, qui a reconnu qu’attirer des investisseurs étrangers en Syrie demeurait extrêmement difficile.

Barrack a attribué cette difficulté à la faiblesse du système bancaire, à l’absence de garanties sécuritaires et au maintien de certaines restrictions économiques, soulignant que les investissements énergétiques pourraient nécessiter entre 10 et 15 ans pour générer des retours sur investissement.

Cela signifie qu’en raison de la réticence des entreprises étrangères, Riyad — forte de sa puissance financière et de sa couverture politique — constitue l’une des rares options accessibles à Damas pour obtenir un financement rapide et des investissements à long terme.

Néanmoins, l’élargissement des dossiers sécuritaires et militaires mis sur la table rouvre le débat sur la contrepartie que le Royaume pourrait exiger cette fois-ci, d’autant qu’il détient déjà une influence considérable sur le dossier syrien.

Source : Médias