jeudi, 05/11/2026   
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« Merde à l’AIPAC »: : une vague progressiste hostile à ‘Israël’ aux USA

Par Khodor Kharroubi

L’un des enseignements majeurs des élections de mi-mandat pour le Congrès américain est l’ascension sur la scène politique de plusieurs figures opposées à ‘Israël’, issues principalement de l’« aile progressiste » du Parti démocrate. Une dynamique susceptible d’avoir d’importantes répercussions sur la politique de Washington au Moyen-Orient.

Élargissement de la présence arabe : de New York au New Jersey

L’État du Michigan, qui compte une forte communauté arabe, constitue l’indicateur le plus net — dans la course au Sénat — de l’essor de cette aile réfractaire aux aides militaires américaines accordées à l’entité sioniste et critique vis-à-vis de ses pratiques dans les territoires occupés.

Dans cet État, Donovan McKinney a été élu à la Chambre des représentants après avoir régulièrement accusé ‘Israël’ de crimes de guerre à Gaza, l’emportant lors des primaires face au représentant sortant Shri Thanedar, soutenu par l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee).

La course pour le siège au Sénat de cet État a capté toute l’attention : Abdul El-Sayed, jeune médecin et ancien responsable de la santé publique, y a battu le républicain Mike Rogers, devenant ainsi le premier musulman élu à la Haute Assemblée, au terme d’une campagne mêlant revendications socio-économiques et opposition virulente à ‘Israël’.

Dans son discours de victoire, El-Sayed — soutenu par le maire de New York Zohran Mamdani, devenu l’une des figures de proue de la « gauche démocrate » — a insisté sur le fait que l’argent des contribuables américains devait rester au pays pour financer les écoles, la santé et les infrastructures, appelant à ce qu’il « ne serve pas à financer l’apartheid, le génocide et la guerre ». Il a dans ce contexte rappelé que le lobby pro-israélien (AIPAC) avait injecté 42 millions de dollars pour faire échouer sa candidature.

À l’échelle locale, la victoire du démocrate d’origine libanaise Abbas Alawieh, qui a décroché le siège du 2e district au Sénat de l’État du Michigan, est également à souligner.

Le scénario de cette « victoire démocrate » s’est répété dans l’État de New York, où trois candidats « socialistes » critiques envers la politique israélienne ont fait leur entrée à la Chambre des représentants après avoir évincé, lors des primaires, des figures du courant « traditionnel » ou « modéré » :

  • Darializa Avila Chevalier, participante au mouvement étudiant pro-palestinien à l’Université Columbia, opposée à la condamnation du Hamas et favorable au droit au retour des réfugiés palestiniens.
  • Claire Valdez, militante syndicale et membre de l’organisation antisioniste « Democratic Socialists of America » (DSA), partisan d’un arrêt des aides militaires à Tel-Aviv.
  • Brad Lander, ancien contrôleur financier de la ville de New York, un juif libéral opposé à l’apartheid qui avait été interpellé le mois dernier par les autorités d’occupation et vu son visa d’entrée annulé alors qu’il participait à des actions de solidarité avec les Palestiniens en Cisjordanie occupée.

Au niveau local à New York, signe de l’élargissement de la représentation arabe, palestinienne et musulmane dans la vie politique américaine, la Palestino-Américaine Abeer Kawas, elle aussi rattachée au courant socialiste démocrate, a remporté avec plus de 70 % des voix le siège du 12e district de Queens au Sénat de l’État, devenant la première femme musulmane d’origine palestinienne élue à l’Assemblée législative de l’État.

Son programme s’est distingué par un accent mis sur la justice sociale (protection des locataires, droits des immigrants, accès au logement) et par son engagement dans des initiatives pro-palestiniennes, notamment la campagne « Not On Our Dime », visant à empêcher les organisations enregistrées à New York d’utiliser leurs privilèges fiscaux pour financer les exactions israéliennes dans les territoires occupés.

Dans le New Jersey, la victoire d’Adam Hamawy face au candidat républicain Griff Mille dans le 12e district revêt des implications similaires. Il devient le premier musulman à représenter l’État au Congrès et le premier Américain d’origine arabe à y être élu à la Chambre des représentants.

Ancien médecin militaire de l’armée américaine ayant participé à des missions humanitaires en Bosnie, au Soudan, au Liban et en Syrie, Hamawy s’était rendu en 2024 dans la bande de Gaza pour soigner des blessés palestiniens — une expérience qui a forgé ses positions politiques contre le génocide dans les territoires occupés et en faveur d’un embargo total sur les armes destinées à ‘Israël’, tout en réaffirmant son opposition à l’antisémitisme.

En parallèle, il concentre son discours sur le quotidien des électeurs américains, prônant le désendettement étudiant et l’augmentation des budgets de l’école publique.

Des « progressistes » évincent des figures expérimentées des deux partis

Dans le Maine, État traditionnellement démocrate et libéral, Troy Jackson, figure de la gauche démocrate et ancien président du Sénat local, l’a emporté dans la course au Sénat des États-Unis face à la républicaine expérimentée Susan Collins, fervente alliée d’Israël et sénatrice depuis 1997.

Soutenu par l’organisation sioniste libérale J Street, Jackson, qui qualifie régulièrement le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de « criminel de guerre », s’est engagé durant sa campagne à ne pas voter le transfert de fonds des contribuables américains vers ‘Israël’, dans un contexte de condamnation internationale de ce dernier pour génocide à Gaza.

Un cas de figure similaire s’est produit dans le Colorado, un État historiquement démocrate, où la candidate socialiste démocrate Melat Kiros, une avocate de 29 ans d’origine éthiopienne, a décroché le siège du 1er district à la Chambre des représentants.

Elle s’est imposée au terme de deux victoires consécutives : la première aux primaires face à la représentante démocrate sortante Diana DeGette, issue de l’aile traditionnelle, et la seconde face à sa rivale républicaine Kristi Burton Brown.

Kiros a mené campagne sur un programme associant priorités locales (lutte contre l’influence des grandes entreprises et de l’argent en politique, abolition de l’agence ICE) et questions internationales (guerre à Gaza, politique américaine envers ‘Israël’).

Les surprises de ce scrutin se sont également invitées dans des bastions conservateurs traditionnellement acquis à la cause israélienne, comme le Texas, ou dans des États clés (swing states) comme la Pensylvanie.

Au Texas, ce que les analystes décrivent comme un « tournant historique » s’est produit avec la victoire du jeune progressiste démocrate James Talarico (élu local et ancien enseignant) face au républicain Ken Paxton. Il devient le premier démocrate élu au Sénat des États-Unis pour cet « État rouge » depuis 1988.

Parmi les positions marquantes de Talarico figurent son appel à suspendre la vente d’armes d’assaut à ‘Israël’ et son opposition au financement américain des exactions contre les civils palestiniens, bien qu’il réaffirme le « droit d’Israël à l’existence » et son soutien au maintien des fournitures de systèmes de défense antiaérienne tels que le « Dôme de fer ».

En Pensylvanie, dans le 3e district, Chris Rabb a été largement élu pour succéder au représentant Dwight Evans, remportant environ 94 % des voix face au candidat indépendant Dennis Mahoney. Il devient ainsi le premier socialiste démocrate à représenter Philadelphie au Congrès.

Opposé à l’aide militaire accordée à ‘Israël’, Rabb préconise une réduction de la présence militaire américaine à l’étranger, un contrôle accru du Congrès sur les engagements armés, et un accès garanti de l’aide humanitaire à Gaza. Il défend en outre la reconnaissance par les États-Unis de la Nakba et du droit au retour.

Soutenu par des forces progressistes telles que les « Philadelphia Democratic Socialists », le « Working Families Party » et des personnalités socialistes du Parti démocrate au premier rang desquelles Alexandria Ocasio-Cortez, Rabb a axé une part importante de sa campagne contre l’influence de l’AIPAC, allant jusqu’à lancer dans une vidéo devenue virale : « Fuck AIPAC ».

Source : Médias