samedi, 04/07/2026   
   Beyrouth 08:56

Les visites d’Aoun et de Netanyahu à Washington vont-elles coïncider… bientôt ?

L’impasse réelle qui entoure les négociations irano-américaines, les complications internes majeures au Liban, et la montée des voix arabes critiquant « l’accord de la honte » signé à Washington entre l’autorité libanaise soumise à la tutelle et l’ennemi israélien, ont fait reculer ce dossier au second plan.

Et ce, bien que les regards se tourneront de nouveau vers la capitale américaine, qui devrait accueillir le président Joseph Aoun d’ici peu, au moment où le bureau du Premier ministre de l’ennemi, Benjamin Netanyahu, a annoncé qu’il avait convenu d’une rencontre prochaine avec le président Donald Trump.

Ces développements surviennent sur fond de craintes de voir coïncider les visites d’Aoun et de Netanyahu à Washington, alors que le président américain cherche à marquer des points supplémentaires dans son programme politique intérieur.

Avec le temps, les discussions sur un quelconque retrait israélien, même des « zones expérimentales », s’estompent, parallèlement aux positions émanant de l’institution militaire israélienne ou relayées par la presse de l’ennemi. Celles-ci suggèrent que Tel-Aviv traite l’accord comme un mécanisme de redéploiement de ses forces selon de nouvelles exigences sécuritaires.

Dans ce contexte, l’annonce de la fin de la mission de la « brigade Guivati » après de longs mois d’opérations militaires a été interprétée comme faisant partie d’un processus de rotation et de repositionnement des troupes, et non comme le début de la fin de l’occupation, d’autant plus que l’on parle de retraits limités de villages et de lignes spécifiques au sein de ce qui est qualifié de « ligne jaune », en vue de consolider une zone tampon plutôt que de procéder à un retrait complet.

Le journal Jerusalem Post a estimé que « l’accord-cadre signé entre ‘Israël’ et le Liban constitue une avancée diplomatique majeure, mais les chances de sa traduction concrète sur le terrain restent limitées face au rejet du Hezbollah et de l’Iran, et aux doutes persistants sur la capacité de l’armée libanaise à appliquer ses clauses, la position iranienne demeurant le facteur le plus influent sur l’avenir de l’accord ».

Le journal Haaretz a commenté cette mesure en indiquant qu’elle s’inscrit dans le cadre d’un repositionnement et de retraits partiels de villages spécifiques, dans le cadre d’arrangements sur le terrain et d’un plan plus large lié aux négociations avec le Liban.

En contrepartie, le journal Yediot Aharonot a considéré que cette démarche reflète des pressions politiques et de terrain, et vise à établir une zone tampon au lieu de mettre fin à la présence militaire.

Contrairement aux allégations de la partie américaine ou aux déclarations des présidents Aoun et Salam, l’ennemi a relancé une nouvelle vague de destructions et de rasages dans la zone occupée sous prétexte d’éliminer la menace, une prérogative que le Liban officiel avait accordée à l’ennemi dans les clauses de l’accord et même dans son annexe sécuritaire.

Les agressions israéliennes ont touché les abords de l’hôpital Ghandour à Nabatiyeh al-Faouqa, ainsi que les localités de Braachit, Hadatha, Kounine, Tireh, Kfar Tibnit, Siddiqine et d’autres, reflétant l’obstination israélienne à maintenir la pression militaire.

Pendant ce temps, le président Joseph Aoun continue de défendre son choix, le considérant comme la voie « la moins coûteuse pour recouvrer les droits » libanais, estimant que l’accord « ne touche pas aux fondamentaux nationaux, ne comporte aucune concession sur la souveraineté, et que le Liban ne cédera pas un seul pouce de son territoire ».

Toutefois, ce discours fait face à une contestation croissante, étant jugé peu convaincant, d’autant plus qu’Israël a réussi à l’utiliser pour fournir une couverture politique à la poursuite de son occupation.

En effet, le concept de « zones expérimentales » lui octroie une large marge de manœuvre pour suspendre le retrait sous prétexte que les conditions de sécurité ne sont pas réunies ou qu’il n’est pas convaincu par les performances de l’armée libanaise.

Le scepticisme israélien permanent quant aux capacités de l’armée libanaise constitue un élément central de cette approche. L’armée d’occupation continue d’exprimer ses doutes quant à l’aptitude de l’armée à empêcher l’activité du Hezbollah ou à imposer un contrôle total sur le terrain, s’appuyant sur des expériences passées pour justifier le maintien de ses forces pour une période plus longue.

Ainsi, l’évaluation par ‘Israël’ des performances de l’armée libanaise se transforme en condition préalable au parachèvement du retrait, au lieu que l’application de l’accord soit un engagement en soi.

C’est ici que l’armée se retrouve face à une équation extrêmement complexe. Elle est appelée à se déployer dans des zones qui subissent encore des raids quotidiens, sans pour autant glisser vers un affrontement interne ni ébranler son unité nationale.

Dès lors, le succès de cette mission ne dépend pas uniquement des capacités militaires, mais requiert un large consensus politique interne ainsi qu’un retrait israélien clair, afin de libérer l’institution militaire du fardeau d’opérer sous la pression de l’occupation et du feu.

Dans ce contexte, des sources informées affirment que « le commandement de l’armée est plus serein que la semaine dernière, ayant constaté une forte opposition libanaise interne à cet accord, ce qui lui confère une marge de manœuvre protégeant l’unité interne. Le commandement constate qu’il bénéficie d’un large soutien et d’une détermination de la part de piliers essentiels du pouvoir pour le protéger et préserver son intégrité », ce qu’a réaffirmé le président du parlement, Nabih Berri, lors de sa rencontre vendredi avec le commandant de l’armée, le général Rodolph Haykal.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar