La Conférence de Herzliya 2026, organisée par l’Institut de politique et de stratégie de l’Université Reichman mardi et mercredi, a servi de tribune pour remettre sur la table la relation entre les États-Unis et ‘Israël’, à la lumière des tensions qui ont suivi la signature du protocole d’accord américano-iranien, et de l’élargissement du débat au sein d’Israël sur les limites du soutien américain et ses orientations futures.
Fait marquant, la conférence n’a plus considéré le soutien américain comme un engagement immuable ou garanti sans conditions, mais l’a traité comme un dossier stratégique sujet à révision et aux turbulences.
C’est ce qu’a reflété la session dédiée à ce dossier, qui a mis en évidence une inquiétude israélienne croissante face aux mutations internes aux États-Unis, que ce soit avec la montée du discours « Les USA d’abord » au sein du « Parti républicain » et sa tendance à revoir le coût des engagements extérieurs, ou avec le développement des courants critiques envers Israël au sein du « Parti démocrate ».
Dès lors, le débat a semblé dépasser la simple question du volume des aides américaines ou de leur pérennité ; il a touché à des interrogations plus profondes et plus existentielles, parmi lesquelles : comment Israël peut-il maintenir le consensus américain autour de lui ?
Dans ce contexte, la discussion a dépassé la manière dont Israël perçoit les dossiers de l’Iran, de Gaza et du Liban, pour se pencher sur la vision de l’allié américain envers ces mêmes dossiers, dont la présence y semble liée à une volonté de remodeler le Moyen-Orient après la guerre, ce qui impose de définir la place d’Israël dans ce processus.
Les États-Unis ne cherchent pas seulement, selon ce qui est ressorti de la conférence, à gérer le conflit, mais à en concevoir l’après-guerre sous le slogan de la réalisation de la « paix » ; une orientation à laquelle ‘Israël’ s’oppose, y voyant de grands dangers pour ses intérêts sécuritaires et stratégiques futurs.
Dans ce climat, l’ambassadeur américain auprès de l’entité ennemie, Mike Huckabee, a tenté de contenir la tension diplomatique inhabituelle entre Washington et Tel-Aviv, notamment après les critiques acerbes formulées par le vice-président américain, JD Vance, à l’encontre du gouvernement de Benjamin Netanyahu, en raison de sa dépendance financière et militaire massive vis-à-vis des États-Unis.
Dans un discours prononcé lors de cette même conférence annuelle, Huckabee a réaffirmé la profondeur du partenariat entre les deux parties, déclarant : « La relation entre les États-Unis et Israël n’est pas à sens unique », avant d’ajouter : « Parfois, des gens aux USA, et peut-être ici en Israël aussi, disent que les USA fait des choses pour Israël. Je veux être très clair : Israël fait beaucoup de choses pour les USA, et j’apprécie cela ».
Il a souligné qu’« il y a des bénéfices que nous obtenons dans la technologie, des bénéfices dans l’agriculture, et des bénéfices que nous recevons grâce à la relation de renseignement que vous partagez avec nous. Cela sauve des Américains, les protège et prend soin d’eux à travers le monde ».
Évoquant les innovations israéliennes qui sont entrées dans la vie quotidienne des Américains, Huckabee a estimé que les Américains pourraient être « assez arrogants pour penser qu’ils ont tout inventé eux-mêmes ». Il a conclu en affirmant que la relation avec ‘Israël’ représentait un « immense bénéfice » pour 330 millions d’Américains, exprimant l’espoir que « 10 millions d’Israéliens trouvent cette relation aussi satisfaisante pour eux qu’elle l’est pour les Américains ».
Quant à l’intervention du directeur général du ministère de la Guerre israélien, le général de réserve Amir Baram, elle est venue apporter la formulation sécuritaire et stratégique de ce que Huckabee a exposé sur le plan politique.
S’exprimant mercredi lors des sessions plénières de la Conférence de Herzliya, Baram a déclaré que « la guerre a révélé à toutes les parties de la région le coût du développement militaire iranien, et a poussé vers un intérêt commun pour la construction d’une alliance plus large s’étendant de l’Inde à la Grèce et Chypre, en passant par les Émirats ».
Il a toutefois souligné que « l’élargissement de ces partenariats ne constitue pas une alternative à la relation avec les États-Unis, mais confère à Israël une plus grande marge de manœuvre et renforce sa position internationale ».
Concernant le fossé entre les priorités de Washington et de Tel-Aviv, il a expliqué que « le différend ne porte pas sur l’évaluation de la menace iranienne elle-même, mais sur l’ordre des priorités » ; pour ‘Israël’, l’Iran représente une « menace existentielle », tandis que les États-Unis la considèrent comme un « défi régional chronique », au moment où la Chine et le théâtre Indo-Pacifique restent au sommet des préoccupations américaines. Baram a résumé ce fossé en disant : « Nous pensons à Téhéran, et ils pensent à Taïwan ».
Partant de là, et à l’heure de l’activation de la politique de « Les USA d’abord », Baram a estimé qu’il n’est plus possible que le partenariat israélo-américain repose uniquement sur des valeurs communes.
Selon lui, il est nécessaire de le bâtir sur des « intérêts solides » et sur l’image d’un « Israël fort, indépendant et proactif, capable de stabiliser le Moyen-Orient afin de permettre aux États-Unis de transférer une plus grande part de leurs ressources et de leur attention vers l’Asie ».
Il a souligné que cette vision doit constituer « la base du nouveau protocole d’accord de sécurité américano-israélien », garantissant aux deux parties des gains sécuritaires, économiques et stratégiques à long terme.
Ainsi, la Conférence de Herzliya 2026 est apparue davantage comme une tentative de redéfinir la place d’Israël au sein de la future stratégie américaine. Les débats y ont révélé que Tel-Aviv est consciente que le soutien américain n’est plus un engagement automatique, mais qu’il est désormais plus soumis aux calculs de Washington et à ses intérêts majeurs.
Dès lors, le message central de la conférence s’articule autour de la nécessité pour ‘Israël’ de prouver son intérêt stratégique en tant que partenaire fort et efficace, et non comme un fardeau sécuritaire permanent, dans un Moyen-Orient en cours de remodelage après la guerre et sous la pression des mutations des priorités américaines dans le monde.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar