jeudi, 02/07/2026   
   Beyrouth 11:02

Ankara reçoit Salam avec des réserves sur l’accord : il contient des indicateurs menaçant la sécurité nationale de la Turquie

Le quotidien libanais Al-Akhbar a appris de sources diplomatiques à Beyrouth que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont les seuls à apporter un soutien effectif et total à l’autorité libanaise soumise à la tutelle concernant « l’accord de la honte » signé avec l’ennemi.

Plusieurs responsables libanais ont reçu des remarques informelles de la part de parties arabes et régionales, estimant que le Liban a commis une erreur avec cette démarche, indépendamment de l’ampleur de la pression exercée par les États-Unis et l’Arabie saoudite sur les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam.

Alors que des sources égyptiennes ont indiqué que Le Caire n’a pas été surpris par l’accord, elles s’attendaient à ce que le Liban exploite mieux le climat régional et obtienne d’Israël un engagement clair à un retrait total de ses terres selon un calendrier précis.

Les mêmes sources ont exprimé les craintes du Caire pour la situation interne au Liban, compte tenu de l’absence de consensus national autour d’une démarche d’une telle envergure. Elles ont ajouté que l’Égypte avait déjà présenté une initiative aux autorités officielles et partisanes libanaises afin de parvenir à une solution qui assurerait d’une part l’arrêt de la guerre, et d’autre part la garantie du retrait tout en veillant à ce que le Liban ne reste pas une source d’attaques contre le nord de la Palestine occupée.

Les sources ont indiqué qu’une délégation des renseignements généraux égyptiens s’était rendue à Beyrouth et avait rencontré des responsables du Hezbollah, proposant une initiative en cinq points axée sur une solution consensuelle pour contenir les armes et non les désarmer par la force.

Après la signature de l’accord par le pouvoir, les sources ont exprimé l’avis des responsables égyptiens selon lequel la mise en œuvre de cet accord semble impossible en raison de l’absence de tout équilibre dans ses clauses, puisqu’il répond aux exigences d’Israël et impose au Liban des mesures qu’il n’est pas en mesure d’accomplir, sans compter les risques d’élargissement de la division interne au Liban. Les sources ont réitéré l’appel à élargir le cercle du dialogue entre les différentes composantes libanaises sur la manière de gérer ce dossier.

D’autre part, les sources diplomatiques ont déclaré au quotidien Al-Akhbar que la Turquie a rejoint le front qui estime que l’accord ne sert pas l’intérêt libanais et comporte des risques qui dépassent le Liban pour toucher à la sécurité nationale turque.

Selon ces sources, Ankara a informé des parties arabes et régionales de sa position réservée sur l’accord, et s’apprête à en discuter en détail avec le président Nawaf Salam, qui doit se rendre en Turquie plus tard ce mois-ci, pour une visite programmée avant la signature de l’accord.

Selon les sources, la Turquie ne souhaite pas s’ingérer dans les affaires intérieures libanaises, mais elle estime qu’à la lumière de la grande guerre en cours dans la région et de ce que fait ‘Israël’ en Palestine, au Liban et en Syrie, sa sécurité nationale est désormais liée à la situation sur tous ces fronts. C’est un point auquel le président turc Recep Tayyip Erdoğan a fait allusion il y a quelque temps en déclarant que la sécurité de la Turquie commence au Liban et en Syrie.

Les sources ont affirmé qu’Ankara ne peut pas traiter cet accord avec neutralité et qu’elle informera Salam que le Liban ne peut pas s’impliquer dans des accords, des alliances et des axes de nature à affecter la sécurité des pays voisins, y compris la Syrie et la Turquie.

Selon les sources, les responsables turcs ont exprimé cette position à plusieurs parties au Liban et ont attiré l’attention de forces influentes de la « rue sunnite » sur la gravité de ce qui s’est passé, appelant à ne pas répondre à la vague d’incitation visant à allumer une discorde confessionnelle et sectaire au Liban.

Les sources ont également évoqué une discussion turco-syrienne à ce sujet, précisant que le nouveau pouvoir à Damas pensait que le Liban n’entreprendrait pas seul une telle démarche, étant donné ses répercussions sur la Syrie et sa sécurité, sachant que la partie turque avait attiré l’attention de parties libanaises sur la nécessité pour Beyrouth de se concerter avec Damas et de tirer les leçons de l’expérience des négociations qui ont trébuché entre le nouveau pouvoir en Syrie et ‘Israël’.

Il convient de noter que l’Arabie saoudite, par l’intermédiaire de son envoyé Yazid ben Farhan, est peut-être le seul État arabe à avoir participé à toutes les discussions préliminaires relatives à cet accord, et que Aoun et Salam ont sollicité le soutien de Ben Farhan afin de ne pas créer un front politique d’opposition interne. Ils lui ont également demandé d’agir auprès du président Nabih Berri pour empêcher le lancement d’une campagne visant à renverser le gouvernement en réaction à l’accord.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar