Après une longue attente, le secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, et l’envoyé des États-Unis pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, ont tenu lundi leur premier briefing au Congrès depuis la signature, plus tôt ce mois-ci, d’un « protocole d’accord » entre les États-Unis et l’Iran.
Les rapports indiquent que ce briefing a pris la forme d’un « appel de la Chambre des représentants », en plus d’une « liaison distincte incluant tous les membres du Sénat ».
Selon des sources s’exprimant dans les médias des États-Unis, Rubio et Witkoff ont subi un interrogatoire de la part de parlementaires des deux partis.
Alors que les démocrates ont posé plusieurs questions « parmi les plus acerbes », certains républicains, dont le représentant Darrell Issa (Californie), ont pressé à un moment donné les responsables de l’administration sur le sort du stock d’uranium iranien enrichi à un niveau proche de la qualité militaire.
Selon deux sources s’exprimant dans le journal Politico, Witkoff et Rubio un répété les assurances que l’administration fournissait secrètement à certains parlementaires lors de briefings précédents, à savoir que l’objectif est de « négocier un accord final qui empêche l’Iran de conserver de l’uranium hautement enrichi ».
De leur côté, les démocrates ont mis la pression sur l’administration pour obtenir plus de détails sur les gains financiers que l’Iran pourrait tirer en vertu du protocole, y compris les revenus des ventes de pétrole auparavant soumises aux sanctions.
Dans ce cadre, la représentante démocrate Debbie Wasserman Schultz (Floride) est entrée dans une vive altercation avec Rubio et Witkoff, ce qui a finalement poussé les deux responsables à « couper la conversation et mettre fin à l’appel », malgré les affirmations d’un responsable de l’administration selon lesquelles l’interruption « était due à des difficultés techniques rencontrées lors de l’appel, et non aux questions de Wasserman Schultz ».
Par ailleurs, la représentante démocrate Madeleine Dean (Pennsylvanie) a soulevé des inquiétudes concernant les intérêts commerciaux privés de Witkoff au Moyen-Orient pendant qu’il négociait avec l’Iran, ce qui a poussé Rubio à le défendre farouchement face à ces accusations, selon deux sources informées.
Quant au chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, il a interrogé Rubio et Witkoff lors de l’appel distinct incluant tous les sénateurs au sujet des sanctions pétrolières, déclarant dans un communiqué après l’appel : « Ils m’ont confirmé que l’Iran engrangera des milliards de dollars de revenus pétroliers tout en conservant des moyens de pression dangereux sur le détroit d’Ormuz ».
Schumer a qualifié ce briefing de « tardif, insuffisant et dépourvu de détails », estimant que « si c’est là la défense de l’administration derrière des portes closes, le secrétaire Rubio doit la présenter sous serment, publiquement, devant la commission des relations extérieures ».
En contrepartie, un responsable de l’administration a réagi, dans des propos rapportés par le journal des États-Unis, en soulignant que Schumer « avait déjà reçu un briefing sur l’accord auparavant, en sa qualité de membre du groupe des hauts dirigeants concernés par les questions de sécurité nationale ».
Les inquiétudes des démocrates à l’égard du « protocole d’accord » semblent justifiées du point de vue des observateurs et des commentateurs.
Le journal The Washington Post a par exemple souligné qu’« au lieu de s’engager dans des restrictions majeures sur son programme nucléaire, Téhéran s’est concentré sur le prix qu’il a remporté à l’issue de mois de conflit : à savoir sa capacité à contrôler la navigation maritime à travers le détroit d’Ormuz.
Ce qui représentait une menace théorique par le passé est désormais une puissance avérée, lui permettant de fermer la voie navigable à moindre coût en utilisant des mines et des drones low-cost contre le trafic des pétroliers qui transportent 20 % du pétrole mondial ».
Le journal cite Suzanne Maloney, experte des relations entre les États-Unis et l’Iran à la Brookings Institution, affirmant que malgré les tensions récentes, « aucun des deux camps n’escalade de manière à rendre la diplomatie impossible. Il y a une préférence évidente des deux côtés pour poursuivre la voie diplomatique. Et je pense que cela restera vrai pour l’administration des États-Unis presque indéfiniment ».
Le dossier du Liban
De même, de nombreux observateurs mettent en lumière l’insistance de l’Iran à l’idée de lier la scène libanaise au processus diplomatique, en particulier après que Trump a accordé à l’Iran, intentionnellement ou non, des « cartes de pression » que ce dernier est désormais prêt à « brandir » chaque fois que nécessaire, sans exclure la situation au Liban.
Dans ce contexte, et « dans les 72 heures suivant la signature du protocole d’accord, le commandement militaire iranien a prétendu avoir fermé à nouveau le détroit d’Ormuz, ce qui n’était pas une surprise, mais plutôt l’indice d’un Iran plus audacieux qui expose ses cartes de pression », selon un rapport du site The Conversation.
Le rapport ajoute que l’Iran a encaissé avec succès un « châtiment majeur » et dicte désormais les conditions d’un cessez-le-feu en menaçant Trump de lui causer une tragédie économique, soulignant que ce qui précède « ne constitue pas la base d’un règlement stable, mais indique en réalité une perte flagrante tant pour les États-Unis que pour Israël ».
Le rapport poursuit en indiquant que les responsables iraniens ont annoncé explicitement que « la clause la plus importante » de leur ordre du jour est d’empêcher de nouvelles frappes israéliennes au Liban, à un moment où la logique stratégique de l’Iran apparaît claire et sans équivoque : à chaque fois qu’Israël prend l’initiative d’une escalade sur la scène libanaise, l’Iran prend l’économie mondiale en otage via le détroit d’Ormuz, plaçant Tel-Aviv dans une « impasse totale ».
Les auteurs de cette opinion ajoutent que malgré les dommages causés aux capacités militaires de l’Iran, à ses infrastructures et à sa direction politique, il reste déterminé à modifier l’ordre des choses dans sa région, tandis que son comportement extérieur est guidé par un mélange d’idéologie révolutionnaire, de méfiance profonde envers les États-Unis, et d’une identité à orientation religieuse en tant que « protecteur du monde musulman chiite ».
Et si aucun des développements des quatre derniers mois n’a donné à Téhéran une raison de réviser cette vision du monde, ils l’ont au contraire poussé, « bien au contraire », à s’y cramponner, selon la même source.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
