Au moment où l’autorité soumise à la tutelle au Liban tente de promouvoir l’accord-cadre avec l’ennemi israélien comme une étape sur la voie de la libération, les déclarations du ministre israélien de la Guerre, Israël Katz, affirmant que son armée « restera longtemps dans le sud du Liban et ne se retirera pas avant le désarmement du Hezbollah », sont venues torpiller ce récit.
Ces déclarations révèlent que ce qui est présenté sur le plan interne comme une entente menant au retrait ne dépasse pas, dans l’approche israélienne, un repositionnement militaire conditionnel et ouvert dans le temps. Ainsi s’effondre l’un des piliers majeurs du discours officiel libanais, cédant la place à une réalité politique et sécuritaire différente, dont le titre est qu’Israël ne s’engage pas à se retirer autant qu’il redéfinit les conditions du maintien de son occupation.
En contrepartie, l’équipe de l’autorité soumise à la tutelle à Beyrouth a continué d’embourber le pays dans des démarches suicidaires. À l’approche du lancement de la première phase de mise en œuvre de l’accord-cadre sous le parrainage de Washington, le Liban semble se diriger vers un test cruel, sur fond d’une large division interne et de la multiplication des indicateurs montrant que le processus d’exécution est régi par la volonté israélienne. Depuis que l’accord est entré dans sa phase de suivi pratique, les contours de l’approche israélienne ont commencé à se dessiner, liant toute avancée sur le terrain à une refonte de la réalité sécuritaire dans le sud du Liban selon ses propres conditions.
Dans ce contexte, le mouvement militaro-diplomatique s’est intensifié à travers la rencontre qui a réuni le commandant de l’armée libanaise, le général Rodolph Haykal, et le commandant du Commandement central américain, le général Brad Cooper. Les discussions ont porté sur les mécanismes d’application de l’accord sur le terrain et sur le rôle de l’institution militaire, en particulier dans les zones censées faire l’objet de nouveaux arrangements sécuritaires sous supervision américaine indirecte.
Le général Cooper a également rencontré le président de la République, Joseph Aoun, pour examiner avec lui les mécanismes d’exécution de l’accord-cadre, notamment en ce qui concerne les zones expérimentales, la coordination sur le terrain et les règles du retrait israélien de certaines parties du territoire libanais.
Cependant, ce processus d’exécution se heurte à de profonds divergences concernant la définition même de la « phase de transition », d’autant plus après la fuite du texte quasi officiel de l’annexe sécuritaire de l’accord de Washington, laquelle comporte des conditions encore plus humiliantes pour le Liban.
‘Israël’ considère en effet que tout progrès dans l’application doit commencer par le démantèlement de la structure de la Résistance à l’intérieur de zones spécifiques adoptées comme modèle expérimental. En contrepartie, Tel-Aviv refuse de s’engager sur un calendrier clair pour le retrait, le remplaçant par la formule d’un « repositionnement » lié à sa propre évaluation continue de la situation sécuritaire sur le terrain.
Par conséquent, Tel-Aviv redéfinit le concept de retrait, qui ne devient plus une échéance temporelle contraignante, mais une mesure conditionnée par ce qu’elle considère comme un engagement libanais envers ses conditions sécuritaires. Cela place l’État libanais face à une équation d’exécution extrêmement complexe, où s’entremêlent les considérations militaires et les calculs politiques internes.
Au milieu de l’escalade de la controverse politique, il s’est avéré que le président du parlement, Nabih Berri, ne veut s’engager dans aucune confrontation visant à renverser le gouvernement.
Selon des informations, Berri a réaffirmé, lors de contacts non publics avec la partie saoudienne, son engagement à ne participer à aucun projet de renversement du gouvernement par la rue.
En contrepartie, il a estimé que la formule proposée touchait à l’essence même de l’équilibre national, mettant en garde contre ses répercussions sur la stabilité interne, et l’a qualifiée de tournant dangereux dans la trajectoire des ententes précédentes, tout en insistant sur son refus de tout élan vers le chaos ou la confrontation interne.
Des visiteurs de Berri ont rapporté ses propos : « Le chef du gouvernement, Nawaf Salam, m’a téléphoné pour me remercier d’avoir calmé les gens et de les avoir fait sortir de la rue, et il m’a dit : « Je suis conciliant ». Je lui ai alors répondu : « Très bien, sors donc de cet accord ». »
Berri a ajouté : « Ceux-là se sont impliqués dans une affaire majeure, et s’ils s’imaginent que l’accord passera au sein des institutions constitutionnelles, c’est qu’ils ne savent pas qu’ils feront face à Nabih Berri et à un grand bloc parlementaire. Par le passé, ils ont affronté Najah Wakim et Zaher el-Khatib, mais aujourd’hui, ils feront face à moi, soutenu par un très grand nombre de députés. »
Berri a réitéré sa mise en garde contre le risque de discorde interne (Fitna), déclarant : « Ceux qui ont préparé cet accord veulent allumer une discorde, alors que moi je n’en veux pas, et je fais pression pour empêcher l’explosion. Même le Hezbollah œuvre à l’apaisement interne, mais ils s’obstinent à aller de l’avant avec un accord qui est pire que l’accord du 17 mai… Ils veulent la discorde. » Il a estimé que « le plus grand danger qui présage une catastrophe réside dans toute tentative de toucher à l’armée ou d’ouvrir un débat sur le limogeage de son commandant, le général Rodolph Haykal. S’ils touchent à l’armée ou à son commandant, nous ne nous tairons jamais ».
Berri a considéré que cette trajectoire « a été conçue à l’origine pour frapper le processus d’entente entre les États-Unis et l’Iran », ajoutant : « Je suis également inquiet pour le processus d’Islamabad. Il se peut que la région, ainsi que la trajectoire iranienne, soient entrées dans une phase difficile qui pourrait durer, car nous vivons aujourd’hui un climat de compétition au sein de l’administration américaine entre Marco Rubio et J.D. Vance. C’est une compétition qui pourrait durer longtemps, et je crains que la région ne paie le prix des tiraillements internes américains, ainsi qu’américano-israéliens. »
Sur le terrain, le front Sud continue d’enregistrer des raids et des frappes continues, que l’ennemi prétend cibler des sites militaires et des infrastructures appartenant à la Résistance. Tel-Aviv utilise ces opérations pour affirmer que la situation sécuritaire n’a pas encore atteint le niveau permettant le début d’un retrait complet, renforçant ainsi la politique de pression simultanée aux négociations.
En parallèle, certains aspects non déclarés de l’accord commencent à se révéler progressivement. Des fuites médiatiques israéliennes indiquent l’existence d’arrangements sécuritaires parallèles non inclus dans le texte de base, de nature à accorder à ‘Israël’ une marge de manœuvre plus large sur le terrain, ce qui soulève des interrogations sur l’équilibre des engagements entre les deux parties et les limites de la souveraineté libanaise dans la période à venir.
Dans ce cadre, le journal The Times of Israel a cité un responsable affirmant que l’annexe sécuritaire secrète de l’accord-cadre stipule que l’armée israélienne conserve une totale liberté d’action contre ce qu’elle qualifie de menaces à l’intérieur de la zone de sécurité, et confirme l’absence de tout retrait automatique des forces israéliennes.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
