dimanche, 28/06/2026   
   Beyrouth 22:02

Tollé de condamnations contre l’accord-cadre et les autorités libanaises

L’accord-cadre conclu vendredi à Washington entre les autorités libanaises et israéliennes sous la médiation américaine a soulevé un tollé auprès d’une grande partie des composantes politiques, syndicales et communautaires représentants le peuple libanais. Celles-ci ont aussi bien critiqué l’accord que les autorités libanaises qui l’ont conclu.

Dans un long communiqué publié samedi, le secrétaire général du Hezbollah cheikh Naïm Qassem l’a qualifié de trahison a la souveraineté du Liban, assurant qu’il est « nul et non avenu ».

Le président du Parlement Nabih Berri s’est contenté d’un commentaire concis le qualifiant de « sédition » : « Mon peuple libanais, tout le Liban, ceci est une sédition ! En temps de sédition, soyez comme un jeune chameau (qui n’a) ni un dos à monter ni un sein à traire. »

En faveur de l’ennemi

Mais son mouvement Amal a quant à lui estimé que cet accord est déséquilibré et consacre dans la plupart de ses clauses des faits en faveur de l’ennemi au détriment de l’intérêt national, qu’il comporte des risques politiques et de souveraineté et qu’il ne peut être accepté car il ne constitue pas la base d’un accord équitable qui préserve les droits du Liban et protège sa souveraineté et ses institutions.

L’ancien dirigeant du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, a écrit sur la plateforme X : « Ce qui est étrange dans cet accord tripartite, unilatéral dans sa forme et son contenu, c’est l’absence totale d’un accord de trêve. »

Le député Ousama Saad a écrit sur la plateforme X : « Les prétextes à la discorde sont présents… Les pièges israéliens sont tendus… comme si le Liban avait besoin de cet accord maudit… la sécurité du front intérieur est une tâche fondamentale en ces temps difficiles… »

Entériner l’impunité d’Israël

La députée indépendante Halima Qaaqour a interpellé le Président et le Premier ministre sur les réseaux sociaux : Comment pouvez-vous accepter cette clause qui stipule de « s’abstenir de toute mesure hostile ou antagoniste dans les instances politiques ou juridiques internationales » ? Cela signifie-t-il qu’il ne faut pas engager de poursuites judiciaires contre « l’ennemi » pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité ? Êtes-vous ainsi entériné l’impunité, privant de justice des milliers de victimes de crimes de guerre et de violations du droit international humanitaire, et privant le Liban d’une indemnisation financière substantielle pour ces crimes ? »

Autorités perfides

Le député Melhem Al-Hujairi, chef du mouvement « Action de la Victoire », a indiqué ne pas avoir été pas surpris « par la signature, par les autorités perfides et traîtresses du Liban, d’un accord-cadre humiliant avec l’ennemi israélien, étant donné l’approche perfide et soumise adoptée par ces mêmes autorités, mises en place par la force du terrorisme américano-sioniste, qui promettent quotidiennement une obéissance aveugle au monstre américain et au boucher sioniste qui massacre notre peuple ».

Tout en accusant ses autorités libanaises d’avoir perdu le moindre sens de patriotisme, de moralité et d’humanité, il a assuré que « le sort de cet accord est voué aux oubliettes de l’histoire ».

Une bouée de sauvetage pour Netanyahu

Le député Jihad al-Samad a affirmé : « L’accord-cadre, dans son fond, légitime l’occupation israélienne du Liban et fait fi du sang des martyrs. Il ouvre la voie à des troubles internes dont nous ignorons le début et la fin. Quant à sa forme, cet accord constitue une bouée de sauvetage pour le gouvernement du criminel de guerre Benjamin Netanyahu, car il lui fournit un prétexte pour ne pas se retirer des territoires libanais occupés, au moment même où la pression américaine et internationale s’intensifiait sur le gouvernement ennemi et son chef. »

Il a déclaré : « Il apparaît que le pouvoir exécutif libanais, en pleine conscience et avec une détermination sans faille, a décidé de capituler, dans le but de saboter l’accord américano-iranien sur le Liban, qui stipule le retrait de l’armée ennemie israélienne du Liban et l’oblige à appliquer la résolution de cessez-le-feu, en utilisant la souveraineté libanaise comme prétexte, une souveraineté dont le titre est de légitimer l’occupation israélienne du Liban et la capitulation. »

Un pouvoir fantoche

Najah Wakim, l’ancien député et fondateur du parti Mouvement populaire a quant à lui reproché aux termes de l’accord de « ne pas garantir le retrait de l’ennemi » et de « soumettre entièrement le Liban à l’axe américano-sioniste » estimant que son fondement est « l’élimination de la résistance à l’occupation, et non la libération du Liban de l’occupation ». « Nous condamnons le pouvoir fantoche qui a signé l’accord et appelons tous les citoyens à entreprendre des actions conscientes et courageuses pour le faire tomber », a-t-il affirmé.

Il a ignoré l’accord d’armistice

Le Courant patriotique libre a réaffirmé son engagement à « parvenir à un accord de paix global et durable, mais cela est conditionné par la justice et la préservation des droits nationaux ».

Dans une déclaration le CPL constate que « l’accord n’a pas stipulé explicitement et clairement le retrait israélien des territoires libanais occupés, ni précisé de calendrier pour ce retrait. »

Il a fustigé l’utilisation du terme « redéploiement » ce qui crée « de nombreuses ambiguïtés », et « accroît l’incertitude quant à l’accord et ses implications »

Il a critiqué l’utilisation d’une terminologie qui pourrait créer « une faille qu’Israël peut exploiter pour manœuvrer et perpétuer son occupation du territoire libanais ».

Le communiqué du CPL constate que « l’accord a ignoré l’accord d’armistice, pilier fondamental sur lequel toute solution durable doit reposer ».

Crime injustifiable

Le Parti nationaliste social syrien a quant à lui rejeté cet accord qui est selon lui « une copie de l’accord malheureux du 17 mai », conclu en 1983. Le taxant de « crime injustifiable sous aucun prétexte, car il s’agit d’un coup d’État contre les principes nationaux du Liban, d’un déni de son identité et de son rôle, et d’une capitulation face à la volonté de l’occupant et aux objectifs de l’agression », le PNSS a sommé les autorités libanaises de s’en retirer afin de préserver l’unité et de réprimer la sédition.

Il légitime l’occupation

Le chef du Parti démocratique libanais, Talal Arslane, a souligné qu’il est « déséquilibré dans sa forme et son contenu, et qu’il légitime l’occupation et viole la souveraineté » mettant en garde qu’il s’agir d’une « étape concrète dans le projet de luttes intestines ».

Imposer l’hégémonie de l’ennemi

Cheikh Maher Hammoud, président de l’Union mondiale des oulémas de la résistance, a affirmé que « l’accord-cadre repose sur une distorsion des faits et un renversement de vérités évidentes, puisqu’il conditionne le retrait de l’ennemi des territoires occupés au désarmement de la résistance qui a protégé le Liban et dissuadé son agression ».

Il a estimé que cet accord « s’inscrit dans un projet américano-israélien plus vaste visant à redessiner le paysage régional au service des intérêts de l’entité occupante, ouvrant la voie à la normalisation et à l’imposition de son hégémonie, et semant les germes de la discorde au Liban ».

Il a exhorté « le peuple libanais, fier et uni face à ce danger imminent, à se méfier de tout ce qui incite à la discorde et compromet l’unité nationale ». Il a réaffirmé que « le combat est unique et le destin est unique, et que la Palestine et Jérusalem demeurent la cause centrale de la nation »

Péché séditieux

L’Association des oulémas de Beyrouth a quant à elle mis en garde contre les dangers du prétendu accord avec l’ennemi à Washington, le qualifiant de « péché séditieux flagrant, commis au détriment des intérêts du Liban et offrant même des cadeaux à l’ennemi ». L’association a reproché aux autorités libanaises d’avoir « abandonné leur devoir de défendre la terre et le peuple, compromis sa souveraineté, bafoué la loi et la constitution, insulté le sang des martyrs et dénigré les sacrifices amers du peuple de la résistance. »

De l’encre sur du papier

Un autre parti islamique, le Front d’action islamique a accusé les autorités libanaises « d’avoir agi sans droit ni légitimité constitutionnelle et légale » et assuré que l’accord avec « l’ennemi sioniste criminel, occupant et agressif, n’est rien de plus que de l’encre sur du papier, et n’a aucun effet rétroactif car il est mort-né sur sa propre terre, la terre de la haute trahison à Washington »

L’armée au service d’Israël

L’accord cadre a été critiqué par le secrétaire général de la Rencontre nationale globale, qui l’a qualifié de « recette idéale pour faire exploser la situation au Liban ».

« Le plus dangereux dans cet accord est l’utilisation de notre armée nationale pour atteindre cet objectif, après qu’elle a été transformée, conformément à l’accord, en un instrument au service d’Israël, qui la contrôlera pour satisfaire ses ambitions sécuritaires et militaires, dont la plus importante est le désarmement de la résistance, ce qui placera l’armée dans une confrontation brutale avec elle et son environnement. Nous sommes convaincus que notre armée nationale ne s’engagera en aucun cas sur cette voie, mais restera au contraire la fidèle gardienne de l’unité nationale et de la paix civile », a == son communiqué.

Des questions légitimes

Le parti de la jeunesse arabo-libanaise a lui aussi rejeté cet accord : « Toute formule qui impose au Liban des obligations sans garanties claires de respect de sa souveraineté, ou qui autorise Israël à poursuivre son agression ou à imposer sa loi par la force, soulève des questions nationales légitimes qui exigent un débat et un sens des responsabilités. »

Accord de soumission

Le Parti du Courant Arabe au Liban a condamné avec la plus grande fermeté cet accord-cadre estimant qu’il « constitue un accord de soumission qui porte atteinte à la souveraineté nationale et accorde à l’ennemi des gains politiques et sécuritaires gratuits, au moment même où il continue d’occuper des terres libanaises et de violer quotidiennement l’espace aérien et la souveraineté du Liban. »

Accord invalide

Le chef de l’association Réforme et Unité, cheikh Maher Abdel-Razzaq, a annoncé son « rejet catégorique de l’accord le considérant comme « un accord nationalement et moralement invalide, car il intervient alors que cet ennemi occupe toujours une partie du territoire libanais et poursuit ses attaques et ses violations de la souveraineté du Liban, ce qui en fait un accord qui légitime l’occupation et accorde à l’ennemi des gains politiques qu’il ne mérite pas ».

Les textes ne font pas la réalité

Le chef du Parti de l’Accord national, Bilal Taqieddine, a écrit sur son compte de la plateforme X : « Les autorités libanaises sont confrontées à un accord inquiétant et inapplicable. Cet accord engendrera crise et division et plongera le pays dans la guerre civile. Il faut se souvenir de l’Accord du 17 mai 1983, qui n’a pas duré car le tissu social libanais n’a pas permis sa mise en œuvre durable. Nul ne doit se bercer d’illusions : les textes ne font pas la réalité ! »

Source : Divers