vendredi, 26/06/2026   
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Campagne d’incitation contre Rima Hassan : les partisans d’Israël craignent la voix palestinienne

Par Saïd Mohamed

La visite de la députée européenne française d’origine palestinienne, Rima Hassan, au Palais fédéral suisse – siège du Parlement et du gouvernement fédéral – à Berne à la mi-juin courante, a suscité une large controverse politique qui continue de faire des vagues au sein des milieux partisans et médiatiques en Suisse.

Cette visite, consacrée à l’examen de la situation humanitaire à Gaza, de la tendance à la criminalisation de la solidarité avec les Palestiniens et du rôle des parlements européens dans la protection du travail de défense des droits humains, est intervenue à l’invitation du membre du Conseil des États suisse, Carlo Sommaruga, président du « Groupe d’amitié parlementaire Suisse-Palestine ».

Hassan était accompagnée de Rémy Pagani, ancien maire de Genève, connu pour sa participation à des initiatives de solidarité avec Gaza, ainsi que de militants suisses ayant pris part à des flottilles maritimes qui ont tenté de briser le blocus imposé à la bande.

Dès l’annonce de la visite, des partis de droite et conservateurs, aux côtés de groupes pro-israéliens, ont critiqué la réception de la députée européenne au sein du Palais fédéral.

Ces parties ont vu dans l’invitation de la députée au Parlement européen pour le parti de gauche « La France insoumise » une démarche provocatrice, s’appuyant sur les positions franches de Hassan à l’égard des politiques israéliennes et sur les procédures judiciaires auxquelles elle fait face en France en raison de publications et de déclarations liées à la cause palestinienne.

Quant aux organisateurs de la rencontre, ils ont présenté la visite comme une opportunité d’écouter une députée européenne élue et une juriste d’origine palestinienne, engagée depuis des années dans la défense des causes de l’asile, de la Palestine et du droit international.

Sommaruga a défendu cette invitation, insistant sur le statut représentatif de Hassan en tant que membre du Parlement européen, et affirmant que le débat avec une voix palestino-européenne en ce moment précis s’inscrit au cœur même du travail parlementaire, d’autant plus que le fossé se creuse entre les positions de larges secteurs de l’opinion publique européenne et celles des gouvernements hésitant à prendre des mesures plus strictes à l’égard de la guerre israélienne contre Gaza.

Cette controverse reflète une bataille politique plus large sur le continent européen ; la députée française est devenue le symbole d’une nouvelle génération d’Européens issus de l’immigration, qui accèdent aux institutions représentatives européennes tout en conservant le langage du mouvement des droits humains, de la rue et de la mémoire.

Née en 1992 dans le camp de réfugiés palestiniens de Neirab près d’Alep en Syrie, Hassan s’est installée plus tard en France, où elle a obtenu la nationalité française après des années d’apatridie.

Elle a étudié le droit international à l’Université Panthéon-Sorbonne, a travaillé dans le domaine des questions d’asile, puis a fondé en 2019 l’« Observatoire des camps de réfugiés », où elle s’est employée à collecter des données et des informations de terrain sur les conditions des réfugiés dans différentes régions du monde.

Ce parcours confère à son discours un poids qui dépasse la simple solidarité générale ; elle parle de l’asile à la fois comme d’une expérience personnelle et d’un savoir juridique, et de la Palestine comme d’une cause politique et d’une mémoire familiale et collective.

Lors des élections au Parlement européen en 2024, elle s’est présentée et a été élue sur la liste du parti « La France insoumise », devenant l’une des figures palestino-européennes les plus en vue de la politique européenne.

Depuis lors, elle a concentré son activité sur Gaza, les droits des Palestiniens, les réfugiés, les accords de l’Union européenne avec ‘Israël’ et l’appel à une responsabilisation accrue des politiques israéliennes dans le cadre du droit international.

Hassan tient à porter le keffieh palestinien dans les forums publics et parlementaires, en faisant un marqueur d’identité.

Cependant, le fait qu’elle le porte au sein du Parlement européen a suscité un différend et a donné lieu à des appels l’invitant à le retirer avant de prononcer un discours en séance ouverte, ce qu’elle a considéré comme une restriction de son droit de porter un symbole national palestinien au sein d’une institution représentant les peuples d’Europe.

Quant à sa plus récente visite dans la capitale suisse, elle intervient à un moment où elle fait face à une série de procédures judiciaires et médiatiques en France ; en avril 2026, elle a été brièvement retenue en raison d’une publication sur la plateforme « X » concernant Kozo Okamoto, l’un des auteurs de l’attaque de l’aéroport de Lod en 1972, puis sa comparution devant le tribunal a été annoncée pour le 7 juillet sous l’accusation d’« apologie du terrorisme en ligne ».

Hassan nie le caractère criminel de ses positions et place ces procédures dans le cadre d’un climat plus large visant à faire taire les voix pro-palestiniennes.

De même, la députée a été la cible d’une campagne médiatique suite à des fuites évoquant la découverte de stupéfiants en sa possession lors de sa rétention, avant que le parquet de Paris n’abandonne ultérieurement l’enquête liée à cette affaire, faute de base suffisante pour la poursuivre.

À ses débuts, Hassan a été présentée dans certains milieux français comme le modèle de l’immigrée réussie : jeune, juriste, maîtrisant le droit international et capable de s’adresser aux institutions dans leur propre langage.

Toutefois, cette célébration s’est rapidement transformée après le déclenchement de la guerre de Gaza et la prise de positions claires par la députée contre les politiques israéliennes, rendant chaque élément de sa biographie suspect : son origine palestinienne, son expertise juridique, sa voix médiatique, sa présence auprès des jeunes, sans oublier son appartenance à un parti de gauche radicale.

Ses défenseurs estiment que ce qu’elle subit dépasse le différend politique légitime et entre dans un cercle plus large d’islamophobie, de racisme politique et de criminalisation de la solidarité avec la Palestine et les Palestiniens.

Les acteurs de cette campagne se multiplient, allant de l’extrême droite aux cercles pro-israéliens, en passant par des secteurs de la presse conservatrice, ainsi que des acteurs politiques qui voient dans la montée du parti « La France insoumise » un danger pour les équilibres internes français.

En contrepartie, l’émergence de Hassan est liée à une jeune génération en Europe qui a suivi en direct les faits de la guerre génocidaire à Gaza, a lu les rapports des organisations de défense des droits humains, a constaté le deux poids, deux mesures dans les sanctions et les positions, et ne cesse d’utiliser les réseaux sociaux pour briser le monopole des médias traditionnels sur le récit.

De là, il ne paraît pas surprenant que le magazine Politico ait classé la députée parmi les personnalités les plus influentes en Europe, en signe de sa présence croissante dans le débat public, tant chez ceux qui voient en elle une voix nécessaire que chez ceux qui la considèrent comme une figure controversée.

Lors de ses rencontres en Suisse, Hassan a parlé de Gaza, de l’action humanitaire, de la solidarité internationale et d’un modèle politique en pleine expansion en Europe, dont le titre est la transformation de la défense des Palestiniens en un motif de suspicion, la poursuite judiciaire ou médiatique des militants et l’attribution d’accusations lourdes à quiconque réclame l’arrêt de la guerre, la responsabilisation d’Israël ou la reconnaissance des droits des Palestiniens.

Dès lors, ces rencontres se sont focalisées sur la question de la criminalisation de la solidarité internationale et sur la nécessité de protéger l’action civile de la sélectivité politique.

Alors que Hassan attend désormais des échéances judiciaires en France, des pressions médiatiques continues et des batailles politiques au sein du Parlement européen et en dehors, sa visite au Palais fédéral suisse, qui a représenté un nouvel épisode dans le parcours de sa lutte continue, a réussi à ancrer l’idée que ses adversaires tentent de repousser à la marge : la Palestine est devenue une cause bien présente au cœur du débat européen, et les voix qui la portent continuent de se frayer un chemin, quelles que soient l’intensité des tentatives d’encerclement.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar