jeudi, 21/05/2026   
   Beyrouth 17:38

Condamnations sans sanctions de la maltraitance des militants de la flottille de Gaza par Ben Gvir. « Parce que c’est Israël »

Les militants étrangers de la « flottille pour Gaza » capturés en mer par Israël doivent commencer à être expulsés jeudi, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant, agenouillés et se faire humilier en détention par les forces de sécurité israéliennes, en présence du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir.

« Bienvenue en Israël »

Les quelque 430 membres d’équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés lundi par l’armée israélienne en Méditerranée, à l’ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus à la prison de Ktziot (sud), selon Adalah, l’organisation israélienne de défense des droits de l’Homme. On y voit des dizaines de militants agenouillés les uns à côté des autres, visages collés au sol et mains liées. Une jeune femme qui crie « Libérez la Palestine » au passage du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

« Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous », a lancé Ben Gvir, triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram, avec l’hymne national israélien en musique de fond.

Condamnations sans sanctions

Les réactions étrangères, tout particulièrement de pays comptant des ressortissants arrêtés, n’ont pas tardé.

« Regardez cette vidéo. Ce ne sont pas des criminels, mais des militants qui tentent de distribuer du pain aux personnes qui ont faim ». « Nul ne devrait être sanctionné » pour sa défense des droits humains, a écrit sur X la commissaire européenne Hadja Lahbib, responsable de l’UE pour les situations de crise humanitaire, en relayant les images.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a évoqué sur X les « agissements inadmissibles » de ce ministre.

L’Espagne a dénoncé un traitement « monstrueux, indigne et inhumain », exige des excuses publiques d’Israël » et a annoncé convoquer « d’urgence » la chargée d’affaires israélienne à Madrid.

Le ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot a annoncé avoir convoqué l’ambassadrice israélienne, qualifiant les images de « profondément troublantes », et la situation d' »inacceptable ».

Le Premier ministre néerlandais Rob Jetten a qualifié mercredi soir d' »inhumain » le traitement des militants de la flottille pour Gaza. Il a ajouté avoir interpellé le président d’Israël Isaac Herzog à ce sujet, tandis que le ministre des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur d’Israël aux Pays-Bas.

Le comportement de Ben Gvir « est inacceptable et absolument condamnable » pour le chef de la diplomatie grecque Giorgos Gerapetritis, qui a annoncé dans un communiqué avoir déposé « une protestation officielle ».

Des militants grecs qui faisaient partie de la flottille ont déclaré que 19 Grecs avaient été détenus lors de l’opération.

L’ambassadeur d’Allemagne en Israël Steffen Seibert a qualifié sur X ce traitement de « totalement inacceptable et incompatible avec les valeurs fondamentales de nos pays ».

La ministre irlandaise des Affaires étrangères Helen McEntee s’est dite « consternée et choquée ».

La plupart de ces pays n’ont toutefois pas réclamé des sanctions contre Ben Gvir.

S’adressant à la commissaire des AE de l’UE Kaya Kallas, l’eurodéputée Irene Montero s’était offusquée pour l’absence de sanctions. « Si c’était la Russie ou l’Iran qui avaient kidnappé des citoyens européens en mer qu’est-ce que vous auriez fait. Mais parce que c’est Israël, vous souriez… c’est un scandale ».  

« C’est bien de condamner Ben Gvir »

Seules l’Italie et la Pologne ont envisagé des mesures punitives à l’encontre de Ben Gvir. Ce jeudi, Rome a demandé à l’Union européenne d’imposer des sanctions au ministre israélien d’extrême.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a déclaré sur X qu’il avait demandé des sanctions contre le ministre de la Sécurité nationale « pour les actes inacceptables commis contre la flottille, avec la capture des militants en eaux internationales et le harcèlement et les humiliations auxquels ils ont été soumis, en violation des droits humains les plus fondamentaux ».

Quant au ministère polonais des Affaires étrangères, il a annoncé qu’il souhaitait déclarer le ministre israélien Ben Gvir persona non grata en Pologne.

C’est « bien de condamner Ben Gvir pour l’humiliation infligée aux membres de la Flottille », a insisté sur X la rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’Homme dans les Territoires palestiniens occupés, l’Italienne Francesca Albanese.

Ce qu’ont subi ces militants est « un traitement de luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes », a affirmé cette virulente critique d’Israël, appelant l’Italie à cesser « de s’opposer à la suspension de l’accord (d’association) UE-Israël. »

Rapatriement des militants

La Turquie d’où la flottille avait appareillé la semaine dernière va organiser jeudi trois vols spéciaux au départ d’Eilat, dans le sud d’Israël, pour rapatrier ses citoyens et ceux de pays tiers, a annoncé le ministère des Affaires étrangères.

D’après plusieurs médias turcs, 78 des quelque 430 militants de la flottille sont des ressortissants turcs.

L’atterrissage des avions affrétés est prévu dans la soirée à l’aéroport d’Istanbul, ont précisé ces sources.

Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan avait indiqué, plus tôt, « prévoir de rapatrier aujourd’hui nos citoyens ainsi que les participants provenant de pays tiers vers la Turquie au moyen de vols spéciaux », dénonçant « l’intervention illégale contre la flottille Global Sumud ».

Ankara « poursuivra avec détermination (son) soutien au peuple palestinien », affirmait-il.

Source : Avec AFP