vendredi, 15/05/2026   
   Beyrouth 09:16

Négociations de Washington : une déclaration d’intentions qui répond aux exigences de l’ennemi sous couverture américaine

Par Ibrahim AlAmine

Le département d’État américain devrait publier un communiqué, ce vendredi, résumant les deux cycles de négociations directes entre l’autorité d’occupation au Liban et l’entité ennemie, sous l’égide des États-Unis.

Selon les données, on s’attend à l’annonce d’une prolongation de ce qu’on appelle le « cessez-le-feu », parallèlement à une « déclaration d’intentions » axée sur un mécanisme de fin progressive de l’occupation, en coordination avec le lancement par le Liban d’une opération globale de désarmement de la Résistance.

On s’attend également à ce que des voix s’élèvent au sein de l’équipe au pouvoir, notamment celle du président de la République Joseph Aoun — qui dirige les négociations directement depuis le palais de Baabda — pour parler d’un « accomplissement majeur » que représente la prolongation du cessez-le-feu, et d’un « exploit » encore plus grand concernant l’annonce par ‘Israël’ de sa disposition à se retirer du Liban.

L’équipe d’Aoun réitérera que la décision du gouvernement relative au désarmement du Hezbollah est « finale et irréversible »… avant que les discours ne prennent fin.

Le problème ne réside pas dans ce que le camp libanais annoncera, mais dans ce que les États-Unis proclameront comme étant la conclusion du consensus entre les négociateurs des deux parties, tout comme lors du cycle précédent.

Jusqu’à jeudi soir, le département d’État américain adoptait intégralement le narratif de l’occupation prétendant qu’il existe un cessez-le-feu effectif au Liban et que c’est le Hezbollah qui le viole, « obligeant » ‘Israël’ à riposter.

Quant aux agressions israéliennes continues — assassinats, raids et bombardements —, Washington les considérera (avec l’approbation de la délégation libanaise) comme la traduction du « droit » exclusif d’Israël à « l’autodéfense contre toute menace jugée imminente de la part du Hezbollah ».

Les deux parties discuteront également d’une proposition israélienne stipulant que l’arrêt complet des opérations militaires et le retrait définitif des territoires libanais ne sont pas le point de départ, mais le « résultat » supposé du processus de désarmement du Hezbollah.

Dans ce contexte, ‘Israël’ veut arracher des mécanismes et des garanties concrètes assurant l’exécution par le Liban des engagements requis en matière de désarmement.

Washington affirmera qu’un accord a été conclu entre le Liban et ‘Israël’, avec le soutien américain, sur le fait que le cœur du problème se limite à l’existence de la Résistance.

Des dates pour des cycles de négociations supplémentaires ou des préparatifs pour de nouvelles réunions seront annoncés, afin d’élaborer, durant l’intervalle, des conceptions opérationnelles pour la mise en œuvre de tout accord.

Propositions israélo-américaines

Al-Akhbar a appris que les États-Unis ont discuté avec le gouvernement de l’ennemi de ce qui pourrait être considéré comme les « grands titres d’un plan réaliste » destiné à être appliqué avec le Liban.

Des sources dans la capitale américaine rapportent que le dossier libanais a été abordé lors d’une réunion tenue par le président Donald Trump avec son équipe de sécurité nationale avant son voyage en Chine, et que Washington souhaite dissocier le volet libanais du dossier iranien, malgré sa conscience de l’insistance de Téhéran à inclure le Liban dans tout accord final concernant la fin de la guerre.

Selon ces sources, les instructions données à l’équipe américaine chargée de la gestion des réunions soulignent l’adhésion au soutien du « droit d’Israël à se défendre face à toute menace ».

Washington « ne s’attend pas à ce qu’Israël cesse de cibler les membres du Hezbollah où qu’ils se trouvent », estimant que cela « peut se faire sans viser les civils et sans provoquer l’effondrement du cessez-le-feu ».

Les sources ont révélé que les États-Unis et ‘Israël’ « se sont mis d’accord sur la préparation d’un programme de retrait progressif du Liban pouvant s’étendre sur deux ans, à condition que cela soit accompagné par l’amorce, par l’armée libanaise, d’un plan de désarmement du Hezbollah sur l’ensemble du territoire libanais ».

Elles ajoutent : « Théoriquement, les États-Unis agissent sur la base que le Liban ne peut poser aucune condition dans ces négociations, et qu’un arrêt total du cessez-le-feu n’est pas possible avant l’élimination du danger du Hezbollah. »

L’ambassadeur américain à Beyrouth, Michel Issa, a transmis ce climat à Aoun, lui confirmant à plusieurs reprises que Washington ne garantit pas un arrêt complet des opérations militaires israéliennes avant le désarmement.

Les sources ajoutent qu’Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam « savent qu’ils ne sont pas en position de force pour imposer un arrêt global des hostilités maintenant, et ont donc accepté d’entrer immédiatement en négociations sans conditions préalables ».

Selon ces mêmes sources, « Washington craint que le Hezbollah ne maintienne le rythme de ses opérations militaires au Sud, entravant ainsi toute tentative d’accord global avec le Liban ».

Les contacts précédant la session de jeudi indiquent que le Liban ne s’opposera pas à la proposition américaine concernant une « déclaration d’intentions » stipulant une entente sur des arrangements sécuritaires : ‘Israël’ s’engage à se retirer du Liban dans un délai imparti, en échange de la conservation du « droit » de cibler toute « menace imminente » ou tout membre du Hezbollah.

Cela inclut la réactivation de la commission du « Mécanisme » pour suivre de manière plus détaillée le dossier du désarmement au Sud, selon un processus permettant de vérifier les demandes présentées par ‘Israël’ et offrant à l’armée libanaise la liberté d’entrer dans toute installation publique ou privée pour garantir le désarmement.

Des sources affirment que la CIA a élaboré une vision spécifique du processus de désarmement, comprenant un volet où l’armée libanaise déclarerait son contrôle sur toutes les installations du Hezbollah dans les différentes régions libanaises.

Ces sites seraient placés sous la surveillance de la commission du « Mécanisme » et suivis par satellites pour garantir que le Hezbollah ne reprenne pas l’usage de ces positions, en attendant un mécanisme spécial pour traiter les armes lourdes.

Les services de renseignement américains disposeraient d’informations suffisantes sur les installations majeures du Hezbollah, notamment celles situées dans les zones montagneuses.

La partie américaine comprend que l’exécution de cette mission par le Liban nécessite du temps et se dit prête à fournir à l’armée libanaise tout le soutien nécessaire, y compris la création d’une force spéciale au sein de l’armée dont la mission serait d’empêcher le Hezbollah de se réarmer, comme l’avait suggéré le secrétaire d’État Marco Rubio il y a dix jours.

Ambassadeur d’Israël : nous sommes d’accord avec l’autorité de Beyrouth

Dans ce contexte, l’ambassadeur israélien à Washington, Yehiel Leiter, a déclaré au site israélien Walla qu’il y a « une bataille commune entre Israël, le Liban et les États-Unis contre le Hezbollah », ajoutant que « le cessez-le-feu est établi sur le principe, mais nous défendrons nos soldats et nos citoyens en toutes circonstances, et nous n’accepterons en aucun cas de cesser de traquer le Hezbollah ou de lui permettre de se réarmer ».

Il a ajouté qu’Israël est prêt à une voie politique bien plus large, mais qu’elle « veut des négociations sur une paix complète comme si le Hezbollah n’existait pas (frontières, ambassades, visas, tourisme, tout) », précisant qu’un tel accord pourrait être atteint en quelques mois, à condition du succès du second volet : le démantèlement du Hezbollah.

Leiter a souligné que le dossier libanais reste lié aux négociations américano-iraniennes.

Il a raconté que lors d’une réunion dans le Bureau ovale avec Donald Trump, JD Vance, Marco Rubio, l’ambassadrice du Liban à Washington Nada Hamadé et l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee, « Trump m’a interrogé sur la position d’Israël concernant les négociations avec l’Iran. J’ai répondu que de notre point de vue, la menace nucléaire doit être éliminée pour toujours, tout comme la menace des missiles balistiques, et bien sûr, tout accord doit inclure l’arrêt du soutien aux proxys ». Il a ajouté que dans un moment exceptionnel, Trump s’est tourné vers l’ambassadrice du Liban pour entendre sa position. Elle lui a répondu : « Si l’accord avec l’Iran n’inclut pas un arrêt total du soutien au Hezbollah, il n’y aura pas d’avenir pour le Liban ».

L’ambassadeur a conclu que Trump a immédiatement réagi en disant : « Donc vous êtes en réalité du même côté. Vous voulez tous deux éliminer le Hezbollah. J’ai alors répondu : c’est exactement la clé, Monsieur le Président. Nous et les Libanais sommes du même côté. »

Berri informe Aoun de la position du tandem Amal-Hezbollah: Une ombrelle de garanties saoudo-irano-américaine est requise

Par contre, le président du parlement Nabih Berri a réitéré au quotidien libanais Al-Akhbar que « notre position est celle de la négociation indirecte pour parvenir, d’abord, à un véritable accord de cessez-le-feu », s’interrogeant : « Y a-t-il un cessez-le-feu actuellement ? », tout en soulignant le non-respect par l’ennemi de tout accord depuis octobre 2024.

M.Berri a affirmé qu’il n’attend pas grand-chose de l’actuel cycle de négociations à Washington: « Je suis « sceptimiste »… Je ne suis pas pour la négociation directe, mais je ne parlerai pas pour le moment ; quand nous aurons terminé, je m’exprimerai. »

Il a insisté sur le fait que tout accord doit bénéficier d’une « ombrelle de garanties saoudo-irano-américaine ».

Par ailleurs, Al-Akhbar a appris que le président de la République, Joseph Aoun — soucieux de savoir comment le Hezbollah, traitera les résultats potentiels des négociations de Washington — a contacté jeudi matin le président de la Chambre des députés.

Selon les données recueillies, M.Berri a affirmé à Aoun qu’il est inacceptable de consentir à un cessez-le-feu unilatéral et de revenir à la situation antérieure au 2 mars dernier.

Il a ajouté que ce qui est requis est un véritable cessez-le-feu, l’arrêt par l’ennemi de sa politique d’assassinats, du nivellement par bulldozer et de la destruction des villages du Sud, avec un calendrier de retrait israélien urgent, le déploiement de l’armée libanaise et le retour des habitants dans leurs villages.

De son côté, le bloc de « La Fidélité à la Résistance » a renouvelé, après sa réunion de jeudi, son « appel au pouvoir pour qu’il sorte de cette trajectoire politique honteuse et revienne à l’essence de la Constitution et du Pacte national afin de renforcer l’unité interne et les ententes nationales, et de tracer une équation nationale qui consolide la position du Liban et son rôle dans la riposte à l’agression israélienne ».

Le bloc a souligné que « les négociations directes menées par l’équipe au pouvoir avec l’entité sioniste s’accompagnent de la poursuite des crimes de l’ennemi et de sa tentative d’étendre son occupation de nos terres au Sud. Cela confirme à nouveau que l’occupation instrumentalise les sessions de négociation au profit de ses intérêts, tandis que le pouvoir multiplie les concessions sans même obtenir un cessez-le-feu, ce qui contribue à accentuer les divisions internes et la fracture au sein de la société et des institutions de l’État elles-mêmes. »

‘Israël’ négocie sous le feu : désarmement et extension de la zone tampon

Alors que les responsables de l’autorité de tutelle et d’occupation au Liban font preuve d’un grand mépris pour l’intelligence des Libanais en affirmant que les négociations directes sont l’unique solution, les rapports médiatiques et les études publiés dans l’entité d’occupation se concentrent sur « la baisse du plafond des attentes et le doute quant à la possibilité de désarmer le Hezbollah, tout en imposant des conditions politiques et sécuritaires dures ».

Selon les journaux israéliens les points saillants indiquent qu’Israël, qui participe aux négociations à la demande des États-Unis, a des attentes claires :

Doute sur l’efficacité et le désarmement : Le journal Haaretz souligne que la poursuite des opérations militaires ou même « l’occupation de parties du Sud-Liban » pourrait ne pas suffire à forcer le Hezbollah à abandonner ses armes.

Négocier sous le feu : ‘Israël’ adopte une stratégie consistant à maintenir le Liban sous une pression militaire intense durant les négociations, sans engagement préalable à un véritable cessez-le-feu, afin de pousser l’État libanais aux concessions.

L’impasse des drones : Les sources militaires reconnaissent que le système de drones hautement performants constitue la plus grande menace pour les forces d’occupation, faisant du facteur temps un fardeau pour Tel-Aviv.

Quant aux exigences d’Israël, les médias israéliens rapportent :

Abrogation de la loi sur le boycott d’Israël : Le Jerusalem Post révèle que la délégation ennemie fait pression, avec le soutien de l’administration Trump et de membres du Congrès, pour abroger la loi libanaise de 1955 interdisant la normalisation.

Garanties strictes de désarmement : Benjamin Netanyahu fait face à une pression de l’opinion publique (69 % soutiennent la poursuite de la guerre) pour n’accepter aucune solution diplomatique n’offrant pas de garanties décisives sur le désarmement total.

Extension de la zone tampon : Des instituts de recherche sécuritaire (comme le JISS) suggèrent d’élargir la zone tampon pour « mieux protéger » les colonies du Nord.

Par ailleurs, le journal Maariv souligne « de grandes critiques au sein de l’entité contre le gouvernement, car ‘Israël’ n’est plus seul maître de la décision stratégique sur le cessez-le-feu, dépendant de ce que veut Donald Trump ».

Des experts affirment que tout accord avec le Liban et le degré d’engagement du Hezbollah resteront tributaires de la trajectoire du dialogue entre Washington et Téhéran.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar