samedi, 09/05/2026   
   Beyrouth 13:38

La résistance redéfinit la bataille : « extension contre extension ».

L’évolution rapide de la situation sur le front libanais révèle un changement qualitatif dans la nature de l’affrontement. La bataille ne se mesure plus seulement à l’intensité des échanges de tirs, mais aussi à la capacité de la résistance à imposer une guerre d’usure prolongée et à perturber la stabilité opérationnelle de l’ennemi.

Face à cette escalade, les débats dans les médias et au sein des instances militaires et sécuritaires israéliennes témoignent d’une inquiétude croissante quant à l’incapacité de l’armée israélienne à contenir ce type de conflit, notamment compte tenu du fait que la résistance dispose d’un système de drones flexible et déployé, capable de maintenir le rythme des attaques malgré les bombardements et les destructions.

Ce scénario ne se limite pas à la dimension militaire directe ; il concerne également le rétablissement de l’interconnexion des différents fronts que Tel-Aviv et Washington ont tenté de contenir. Dans ce contexte, les analyses israéliennes elles-mêmes indiquent que le Hezbollah ne perçoit pas la confrontation comme un front frontalier isolé, mais plutôt comme un élément d’un conflit régional ouvert où les intérêts libanais, iraniens et israéliens sont inextricablement liés.

À cet égard, Avi Ashkenazi, correspondant et analyste des affaires militaires du journal hébreu Maariv, a estimé que l’un des échecs les plus marquants de la gestion de la guerre par le niveau politique israélien a été de permettre aux États-Unis de lier le cessez-le-feu avec l’Iran au front libanais, considérant que ce lien offrait à Téhéran le « gros lot » et établissait l’équation de fronts qui se chevauchent.

Évoquant les opérations sur le terrain, Ashkenazi a fait remarquer que la destruction des ponts sur le Litani n’avait pas atteint son objectif. Il a cité des responsables militaires affirmant que le faible niveau de l’eau permettait aux combattants de traverser le fleuve sans avoir besoin des ponts, gardant ainsi les lignes de ravitaillement ouvertes pour le Hezbollah. Il a soutenu qu’Israël menait actuellement une bataille défensive limitée au Liban, sans lancer d’offensive d’envergure, et a averti que cette approche augmentait le risque d’une frappe.

En Israël, les signes de la difficulté d’engagement en profondeur rencontrée par ses forces au Sud-Liban se multiplient, avec l’efficacité croissante des drones d’attaque adoptés par le Hezbollah et leur transformation en un gouffre financier quotidien qui impose des ajustements successifs aux plans de déploiement et opérationnels de l’armée.

La bataille ne se mesure plus uniquement au volume des bombardements mutuels, mais plutôt à la capacité de la résistance à imposer une guerre d’usure de longue durée.

Dans ce contexte, la chaîne israélienne Channel 12 a rapporté que, selon les évaluations de sécurité israéliennes, le Hezbollah exploite un réseau de drones spécialisé au Sud-Liban. Ce réseau comprendrait une centaine d’opérateurs répartis en petites cellules dispersées, distinctes de ses formations traditionnelles de grande envergure. Toujours selon ces évaluations, ce réseau aurait lancé à ce jour environ 160 drones vers les forces israéliennes, dont près de 90 seraient reliés directement à leurs opérateurs par des câbles à fibre optique.

Face à cette situation, les incidents sécuritaires persistent sur le front nord de la Palestine occupée, avec une utilisation croissante de drones d’attaque. Les médias israéliens ont rapporté deux incidents distincts hier matin, l’un dans la colonie de Shlomi et l’autre dans la région de Rosh HaNikra, en Galilée occidentale, faisant des blessés parmi les soldats. Plus précisément, les médias israéliens ont fait état d’une explosion suivie de fumée dans la colonie de Shlomi, avant de confirmer qu’un drone avait ciblé un point précis de la colonie. Dans un second incident, des informations ont indiqué qu’un drone chargé d’explosifs avait explosé dans la région de Rosh HaNikra.

Selon la radio de l’armée israélienne, deux soldats ont été grièvement et légèrement blessés par un tir direct de drone chargé d’explosifs à Ras al-Naqoura, près de la frontière libanaise. Un autre soldat a été légèrement blessé lors d’une autre attaque de drone, l’explosion s’étant produite près d’une position israélienne au Sud-Liban. Un correspondant de la chaîne israélienne Channel 15 a commenté ces deux incidents, affirmant que le Hezbollah « a repris les frappes de drones chargés d’explosifs en territoire israélien, infligeant des pertes à l’armée israélienne », ce qui témoigne de l’efficacité croissante des drones d’attaque pour cibler les forces israéliennes et les positions frontalières.

Parallèlement, et en réponse aux attaques contre la banlieue sud de Beyrouth, et afin de renforcer la logique d’« expansion contre expansion », la résistance a lancé une salve de missiles sophistiqués contre la base de Shraga (quartier général de la brigade Golani et base de déploiement de la Force Egoz), au sud de Nahariyya. Immédiatement après le lancement, les sirènes ont retenti dans une vaste zone de la Galilée occidentale. Les médias israéliens ont rapporté avoir entendu les sirènes à Nahariyya et dans ses environs, avant qu’elles ne se propagent à Acre et à la région de Krayot, au nord de Haïfa, signe d’un renforcement de l’alerte sécuritaire et militaire dans le nord du pays.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar