Face à l’intensification des sanctions américaines et aux tentatives d’asphyxie de l’économie iranienne par un blocus naval illégal, Téhéran a procédé à des ajustements stratégiques. Le Pakistan a officiellement activé vendredi un nouveau corridor de transit via l’Iran, annonçant l’expédition inaugurale d’une cargaison de viande congelée à destination de Tachkent, en Ouzbékistan, via le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) et les voies terrestres iraniennes.
Le pays a désigné six itinéraires de transit, dont plusieurs corridors clés reliant des ports et des points frontaliers à l’intérieur du Pakistan, formant un vaste réseau pour le commerce terrestre vers l’Iran afin de contourner les routes commerciales maritimes du golfe Persique.
Cette mesure, entrée en vigueur le 25 avril, vise à désengorger les ports de Karachi et de Qasim, où plus de 3000 conteneurs à destination de l’Iran sont immobilisés en raison du blocus naval américain des ports iraniens.
Grâce à ce nouveau corridor, les autorités estiment que le temps de trajet jusqu’à la frontière iranienne passera de 18 heures à seulement trois heures, réduisant les coûts logistiques pour les commerçants régionaux.
Les itinéraires désignés créent un pont terrestre entre les ports en eau profonde du Pakistan et la frontière iranienne, offrant une voie d’acheminement vitale aux marchandises en provenance de pays tiers qui, autrement, seraient vulnérables à la piraterie maritime américaine.
Pour la Chine, premier importateur mondial de pétrole et destination d’environ 90% des exportations de pétrole brut iranien avant le conflit actuel, l’ouverture de voies terrestres alternatives revêt une importance stratégique capitale.
Depuis le 13 avril, la marine américaine impose un blocus illégal à l’entrée du golfe d’Oman.
La route maritime qui acheminait autrefois un cinquième du pétrole mondial est désormais prise en otage par des raids navals armés et fait l’objet de pillages systématiques.
Ce blocus a toujours visé autant Pékin que Téhéran. La Chine importe environ 13 à 15% de son pétrole brut d’Iran, un volume qui, avant la guerre, dépassait 1,38 million de barils par jour.
Le pétrole brut iranien, souvent transbordé via la Malaisie et d’autres intermédiaires, alimente les raffineries chinoises indépendantes, dites «raffineries théières», et contribue à garantir la sécurité énergétique de Pékin.
L’administration Trump n’a jamais caché son intention de couper cet approvisionnement. Le 23 avril, Washington a imposé des sanctions à la raffinerie Hengli Petrochemical (Dalian), l’une des plus importantes raffineries indépendantes de Chine, d’une capacité de 400 000 barils par jour, ainsi qu’à une quarantaine de compagnies maritimes et de pétroliers impliqués dans le transport du pétrole iranien.
Dans une déclaration alarmiste, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a averti que les États-Unis restreindront «le réseau de navires, d’intermédiaires et d’acheteurs dont l’Iran dépend pour acheminer son pétrole vers les marchés mondiaux».
Alors même que la piraterie américaine s’intensifie, le blocus physique montre des failles. L’imagerie satellite et les données de suivi ont révélé que plusieurs navires battant pavillon iranien, sous sanctions, ont quitté le golfe Persique.
Pendant que les pétroliers manœuvrent, le chef de la diplomatie iranienne s’emploie à mettre en place les mécanismes politiques nécessaires à des alternatives terrestres. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a entrepris une tournée cruciale le 23 avril, se rendant à deux reprises au Pakistan pour des consultations et afin de coordonner l’activation du corridor, avant de se rendre à Oman puis en Russie.
À Islamabad, les discussions auraient porté sur des points clés, dont les détails n’ont pas été précisés. Mais le résultat concret a été la création du corridor lui-même.
Les nouvelles voies de transit pakistanaises, reliant Gwadar, Karachi et Port Qasim aux postes frontières de Gabd et Taftan, offrent à l’Iran un accès immédiat aux infrastructures routières et ferroviaires du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC).
Gwadar a été construite grâce à des prêts et à la main-d’œuvre chinoise, précisément pour pallier le blocage des points de passage maritimes. Avec la fermeture effective de la mer d’Oman, les marchandises transportées par voie terrestre d’Iran à Gwadar peuvent désormais accéder aux marchés chinois via le réseau du CPEC, contournant ainsi totalement la marine américaine.
Source : Avec PressTV
