Rien n’indique que le président américain, Donald Trump, soit enclin à reprendre rapidement les frappes militaires contre l’Iran.
Il semble plutôt privilégier le facteur temps comme levier de pression, tout en resserrant l’étau économique sur Téhéran pour l’arracher à des concessions.
Ce choix s’inscrit dans la continuité du blocus maritime américain et dans la conviction croissante, au sein des cercles de l’administration à Washington, que l’accumulation des pressions pourrait ouvrir la voie à des compromis.
Mettre fin à la guerre ou la reprendre sont jugés plus coûteux qu’un blocus, d’autant que leurs résultats restent incertains.
Si la prolongation de la trêve permet, selon certaines estimations, d’alléger le fardeau politique pesant sur Trump, elle comporte néanmoins le risque de laisser à l’Iran une marge de manœuvre pour reconstruire ses capacités nucléaires et ses missiles.
Parallèlement, les pressions internes sur l’administration américaine ne cessent de croître, les voix exigeant la fin de la guerre se faisant de plus en plus fortes.
Trump a réitéré, le mercredi 29 avril, ses déclarations habituelles sur l’Iran, affirmant que: « Le blocus de l’Iran est un coup de génie, il est solide et puissant, et aucune armée au monde n’égale la nôtre ».
Et de pretendre: « Sur le plan militaire, nous avons anéanti l’Iran ; il ne lui reste plus qu’à hisser le drapeau blanc et à dire simplement : nous nous rendons ».
Il a poursuivi en notant que « les Iraniens ont fait du chemin, la question est de savoir s’ils en feront assez », soulignant qu’« il n’y aura jamais d’accord avec l’Iran tant qu’il n’acceptera pas de ne pas posséder d’armes nucléaires ».
Il a précisé par ailleurs que Washington mène des discussions téléphoniques avec Téhéran, ajoutant : « Je préfère toujours les négociations directes ».
Ces positions de Trump interviennent après son refus de la dernière proposition iranienne pour mettre fin à la guerre qui dure depuis deux mois.
Celle-ci prévoyait de reporter l’examen du dossier nucléaire à une phase ultérieure, pour se contenter actuellement de l’arrêt des hostilités et du règlement des questions liées à la navigation et au transport maritime dans le Golfe.
En revanche, Trump préfère placer le dossier nucléaire en tête de toute négociation, refusant de le différer après le règlement des autres dossiers.
L’équipe de négociation iranienne obéit aux ordres de l’ayatollah Mojtaba Khamenei
Entre-temps, malgré les allégations et fuites américaines et israéliennes sur des divisions au sein de la direction à Téhéran concernant les négociations, et des difficultés de communication avec le Guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, retardant ainsi un accord avec Washington, l’Assemblée des experts iraniens a affirmé que « l’équipe de négociation obéit aux ordres et aux directives du Guide de la Révolution, l’ayatollah Mojtaba Khamenei » et qu’elle « agit selon les lignes générales tracées et supervisées par les hautes institutions du régime ».
Elle a également souligné que « le peuple soutient les chefs des pouvoirs, les forces armées et l’équipe de négociation sous les ordres du Guide », insistant sur le fait que « la préservation de l’harmonie et de l’unité est une nécessité religieuse et nationale ».
L’Assemblée a remercié « les efforts de la délégation de négociation qui avance sur la base des grandes lignes tracées par les institutions supérieures », notant qu’on « n’attend de l’ennemi américain et sioniste que tromperie et ruse, ce qui est leur nature profonde ».
Entretien téléphonique entre Trump et Netanyahu
À Tel-Aviv, la Société de radiodiffusion israélienne a cité un responsable affirmant que le Premier ministre de l’occupation, Benjamin Netanyahu, s’est entretenu, mercredi, au téléphone avec Trump au sujet de l’Iran, lors d’une réunion du gouvernement traitant des dossiers du Liban et de l’Iran.
Selon ce responsable, Trump a montré durant la conversation qu’il « tient à poursuivre le blocus maritime sur l’Iran et qu’il croit que ce blocus mènera à la reddition de Téhéran et à l’acceptation de ses conditions ».
La source a ajouté que « si l’Iran n’accepte pas les conditions de Trump, les armées israélienne et américaine se prépareront à reprendre la guerre ».
Crise aiguë des stocks de systèmes d’interception
De son côté, le journal israélien Yedioth Ahronoth rapporte que l’estimation prédominante en ‘Israël’ est qu’en raison de la crise aiguë des stocks de systèmes d’interception à laquelle sont confrontés l’entité sioniste et les États-Unis, même si le président américain ordonnait une attaque, la frappe massive censée « détruire la civilisation iranienne » ne serait pas exécutée.
Les estimations indiquent plutôt « la possibilité d’une opération militaire unique, puissante et limitée, visant à accentuer la pression pour parvenir à un accord plus efficace ».
En revanche, certains responsables israéliens estiment qu’en l’absence d’une opération totale et foudroyante, « l’abstention de toute attaque est la meilleure option », une position transmise explicitement à leurs homologues du Commandement central américain (CENTCOM).
Le journal israélien Yedioth Ahronoth a également mentionné que l’incertitude entourant les contacts politiques pousse de hauts responsables israéliens à envisager une troisième option face à l’Iran.
Celle-ci ne reposerait ni sur une reprise de la guerre, ni sur un accord américano-iranien clair, mais sur l’établissement d’une situation « grise » : un calme contre calme, sans règlement formel, chaque partie déclarant avoir atteint ses objectifs.
Selon ce scénario, Washington poursuivrait sa pression sur Téhéran, tandis que l’Iran maintiendrait ses positions sur les dossiers de l’uranium, des missiles balistiques et du soutien à ses alliés, revenant ainsi à l’équation précédant l’escalade, dans l’attente d’un prochain round.
Les partisans de cette option en ‘Israël’ y voient « le moindre mal », car elle laisse la porte ouverte à une action militaire future, avec ou sans les États-Unis.
Cependant, d’autres instances israéliennes s’y opposent, car elle reproduit le modèle des cycles de confrontation sans issue, ce qu’Israël s’est engagé à ne plus tolérer après le 7 octobre 2023.
Tel-Aviv perd de son influence dans les négociations
L’inquiétude israélienne est exacerbée par le sentiment que Tel-Aviv perd de son influence dans les négociations, le pouvoir de décision effectif étant désormais entre les mains de Washington, qui n’a pas sérieusement associé ‘Israël’ à l’examen des conditions de fin de guerre et n’a pas fait du dossier des missiles iraniens un point central comme le souhaitait Netanyahu.
‘Israël’ craint qu’une proposition iranienne limitée — fin de la guerre et ouverture du détroit d’Ormuz contre une déclaration de renonciation à l’arme nucléaire et la levée des sanctions, tout en reportant les autres dossiers — ne gagne du terrain.
Tel-Aviv estime que tout accord ne traitant pas radicalement de l’enrichissement, des infrastructures nucléaires et des missiles offrira à l’Iran du temps, de l’argent et une immunité politique, lui permettant de restaurer son économie, de retrouver son influence et de redynamiser ses alliés, en premier lieu le Hezbollah.
Ainsi, ‘Israël’ se retrouve face à des alternatives toutes difficiles : une frappe symbolique sans impact, un accord jugé mauvais et humiliant, ou le gel du statu quo jusqu’au prochain affrontement. Pour certains responsables, cette dernière option semble être la moins coûteuse à ce stade.
Retrait du porte-avions le plus moderne au monde le Gerald Ford
Par ailleurs, après 10 mois de déploiement opérationnel dans la région pour soutenir ‘Israël’ et dissuader les parties au conflit, il a été décidé de renvoyer le porte-avions le plus moderne au monde, le « Gerald Ford », à sa base d’origine.
Le Washington Post cite un responsable américain indiquant que le porte-avions devrait regagner la Virginie au milieu du mois prochain, tandis que le navire de débarquement amphibie « Boxer » fait route vers une base américaine en Asie de l’Est, après avoir navigué vers le Moyen-Orient.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
