Les forces armées iraniennes ont imposé, lundi, en réponse à l’annonce par le président américain Donald Trump du blocus du détroit d’Ormuz, une équation qui dépasse les frontières du passage maritime lui-même, intitulée : « les ports contre les ports ».
Téhéran a ainsi élargi le cercle de l’affrontement pour inclure l’ensemble de l’infrastructure maritime dans le Golfe et la mer d’Oman, annonçant clairement que la sécurité des ports fait partie d’une équation de dissuasion globale : soit la sécurité des ports est pour tous, soit elle n’est pour personne.
Face à ce nouveau développement, dans quelle mesure les États-Unis peuvent-ils imposer leur équation à Ormuz, face à une équation iranienne qui s’est étendue aux ports et à la région tout entière ?
Le blocus américain : une escalade après l’impuissance
L’annonce par le président américain Donald Trump de l’imposition d’un blocus naval sur le détroit d’Ormuz n’était pas un tournant soudain dans le cours de la confrontation avec l’Iran — laquelle a commencé par les sanctions maximales, puis un cycle de combat de 12 jours, puis des émeutes à l’intérieur de l’Iran, suivies de la menace des porte-avions et des navires de guerre, et enfin l’agression américano-israélienne qui a duré 40 jours — mais elle est plutôt le prolongement d’une tentative de pression militaire et politique continue.
Après un cycle de négociations prolongées à Islamabad il y a quelques jours, qui a duré 21 heures et a frôlé la formulation d’une entente préliminaire sur le cadre, les États-Unis sont revenus au durcissement des outils de pression via les passages maritimes, après avoir échoué à réaliser une percée décisive, face à un attachement iranien à des conditions que Téhéran juge essentielles, et que Washington avait acceptées avant de les renier comme à son habitude.
C’est pourquoi l’annonce du blocus a reflété une impuissance manifeste à imposer des conditions à la table du dialogue.
Washington, qui n’a pas pu soumettre l’Iran, voit qu’elle échoue également à arracher des concessions politiquement, pour recourir à la carte des passages maritimes afin de tenter de saisir un levier de pression manquant.
À noter qu’elle s’était engagée à ouvrir le détroit d’Ormuz et à garantir la liberté de navigation, avant de se retrouver aujourd’hui à imposer des restrictions supplémentaires sur le mouvement des navires, dans une contradiction qui reflète une confusion de l’administration de Washington dans la gestion de la crise.
Selon la lecture iranienne, Washington, après de longues années, est toujours incapable de comprendre la nature de la décision à Téhéran, ni comment cette dernière gère le conflit, que ce soit au niveau militaire ou de négociation.
C’est ce qui explique que les Iraniens n’ont pas traité la démarche américaine comme une surprise ; au contraire, leurs positions sont venues confirmer qu’ils s’attendaient à cette trajectoire.
Au cours de la guerre militaire, et après, l’Iran stabilise une équation dans le détroit d’Ormuz, intitulée : « La sécurité pour tous ou pour personne ».
La problématique fondamentale de la démarche américaine réside dans le fait qu’elle s’entrecroise avec une réalité différente imposée par Téhéran, consistant en sa quête de redéfinition du mécanisme de fonctionnement dans le détroit d’Ormuz lui-même, et pas seulement sa défense.
Depuis le début de la confrontation, l’Iran ne s’est pas dirigée vers une fermeture complète du détroit d’Ormuz, mais a adopté une politique plus précise, basée sur la restriction du passage des navires liés aux États-Unis et à leurs alliés, tout en maintenant le mouvement de navigation pour le reste des pays selon des conditions définies.
En d’autres termes, Téhéran traite Ormuz comme une partie de la reformulation des règles d’engagement permanentes dans la région, en imposant un nouveau système basé sur un principe clair : « la liberté de navigation n’est pas absolue, elle est conditionnée par la sécurité et la souveraineté, et par le comportement des autres parties ».
Qalibaf agite la menace de répercussions économiques directes dans les rues US
Dans ce contexte et en réponse à l’annonce de Trump, le président du Conseil de la Choura, Mohammad Baqer Qalibaf, a agité la menace de répercussions économiques directes dans les rues américaines, appelant à « profiter des prix actuels », en référence à la capacité de l’Iran à influencer le marché mondial de l’énergie.
Quant au ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, il a affirmé que son pays était entré dans les négociations de bonne foi, mais qu’il avait fait face à « un changement constant des objectifs et un durcissement excessif », ce qui renforce le récit de Téhéran selon lequel Washington ne cherchait pas un accord autant qu’elle tentait d’imposer des conditions.
Sur le terrain, la position du quartier général « Khatam al-Anbiya » a été plus claire, soulignant que le détroit d’Ormuz relève de la souveraineté iranienne et que le passage des navires sera soumis aux contrôles des forces armées, avec « l’interdiction de passage pour les navires appartenant à l’ennemi, tandis que le reste des navires sera autorisé à passer selon des conditions définies ».
Le blocus américain : mesure de pression ou aventure à l’utilité limitée ?
Les États-Unis, par cette mesure, n’imposent pas un blocus sur un détroit ouvert, mais tentent pratiquement de contourner un blocus existant.
Plus précisément, Washington cherche à imposer un « blocus sur le blocus », en ciblant les navires à destination de l’Iran ou en sortant, et en élargissant la portée de la pression à l’extérieur du détroit lui-même, après qu’il lui est devenu impossible de briser les restrictions imposées à l’intérieur.
Et l’Iran, de par sa position géographique, tient le détroit de l’intérieur. Elle n’a pas besoin d’une supériorité navale globale, autant qu’elle s’appuie sur sa capacité à contrôler le rythme du passage : qui passe, comment il passe, et sous quelles conditions.
Le plus important est que ce contrôle ne nécessite pas une fermeture complète, mais une gestion sélective du mouvement de navigation, capable d’imposer une nouvelle équation sans glisser vers une confrontation directe large.
D’un autre côté, les États-Unis opèrent depuis l’extérieur du détroit. Malgré leur possession d’une force navale supérieure, leur capacité à traduire cette supériorité en un contrôle effectif reste liée à l’existence d’un environnement relativement stable.
Cependant, ils font face aujourd’hui à une réalité différente, un passage déjà restreint, dont l’Iran contrôle une partie essentielle des trajectoires et des risques.
Par conséquent, le blocus américain ne reflète pas un contrôle direct sur le détroit, mais une tentative de réorganiser le mouvement de navigation depuis l’extérieur, et d’empêcher l’Iran et ses alliés d’en profiter économiquement, après avoir échoué à y imposer la liberté de passage selon ses conditions.
Cette approche peut-elle donner des résultats décisifs ?
Même dans les estimations américaines, la chose ne semble pas tranchée.
Des rapports dans le journal « New York Times » et l’agence « Bloomberg » ont indiqué que toute tentative d’imposer un contrôle total sur le détroit d’Ormuz se heurte à une réalité géographique et militaire complexe, où l’Iran possède la capacité de perturber la navigation à un coût bien moindre que le coût de sa sécurisation.
C’est ce qui transparaît dans la scène actuelle : les États-Unis peuvent poursuivre les navires et leur imposer des restrictions, mais ils ne peuvent pas garantir un environnement sûr pour la navigation, car la source de la menace réelle se situe à l’intérieur du détroit lui-même, là où l’Iran possède les outils d’influence directe.
Quant à l’Iran, elle n’a pas besoin de fermer le détroit complètement ou de confronter la flotte américaine directement.
Il lui suffit de maintenir l’élément de risque et d’incertitude, rendant tout passage périlleux, et entraînant une hausse du coût de la navigation à des niveaux qui pourraient pousser les compagnies maritimes et les pays à revoir leurs calculs.
Malgré l’escalade, il ne semble pas que les négociations soient complètement terminées, car les médiations se poursuivent, à la lumière de la conscience des deux parties que le coût d’une confrontation ouverte dans le détroit d’Ormuz serait extrêmement élevé.
En effet, la nature de ces négociations a changé : les États-Unis tentent d’utiliser le blocus pour imposer des concessions, tandis que l’Iran traite le temps comme un élément de force, profitant de l’absence de confiance fondamentale envers la partie américaine, et de sa conviction que la pression militaire n’a pas réussi à briser sa position.
Dans ce cadre, on peut comprendre l’engagement de Téhéran dans la négociation non pas comme une concession, mais comme une partie de la gestion du conflit, visant à gagner du temps et à stabiliser de nouvelles équations sur le terrain.
En conclusion, il ne semble pas que Washington soit capable de renverser les équilibres de la confrontation dans le détroit d’Ormuz, autant qu’elle révèle les limites de la force lorsqu’elle se heurte à la géographie et à la volonté.
L’Iran, qui a géré le passage durant la guerre selon ses conditions, n’acceptera pas d’être dans la position de celui qu’on pousse à reculer, mais sera dans la position de celui qui possède la capacité d’imposer un coût continu à son adversaire.
Et le blocus américain, sans une large couverture internationale, sera d’une utilité limitée, surtout face à un État habitué au blocus depuis 47 ans, et qui l’a même transformé en une partie de l’équation de sa puissance.
Source : Médias
