mardi, 15/09/2026   
   Beyrouth 10:52

La Turquie n’a aucune envie d’intervenir au Yémen

Les positions officielles turques concernant le contrôle du col de Bab el-Mandeb et de la côte ouest du Yémen par le mouvement houthi étaient remarquablement absentes.

Le ministère des Affaires étrangères s’est contenté de condamner les attaques contre l’oléoduc est-ouest saoudien, appelant à la préservation de l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite.

Parallèlement, des médias proches du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir, ont interprété ces événements comme visant l’« Alliance de La Mecque », qui regroupe l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, et ont affirmé que la solution à la crise yéménite résidait dans « l’éradication des Houthis », selon le journal progouvernemental « Türkiye ».

Dans son éditorial, le journal a soutenu que l’Iran avait de nouveau recours à ses alliés pour « anéantir l’Alliance de La Mecque avant même qu’elle ne se forme ». Dans le même journal, Mustafa Özcan a affirmé que « l’Iran teste le Pakistan et la Turquie », rappelant que les Imamites « avaient causé des troubles aux Ottomans » et que le projet du sultan Abdul Hamid d’étendre le chemin de fer du Hedjaz visait à mettre fin à leur rébellion. Il a ajouté que « l’histoire confie désormais à la Turquie une nouvelle mission : protéger la sécurité et la stabilité de la région et du monde islamique ».

Cependant, les réactions turques ont reflété une certaine confusion quant à la marche à suivre, sur fond de doutes quant à l’efficacité de l’« Alliance de La Mecque », apparue soudainement entre des acteurs disparates, l’Arabie saoudite semblant en avoir le plus besoin. Ce besoin découlait des répercussions des guerres au Yémen et en Iran sur sa dissuasion et ses rapports de force, aboutissant au contrôle du col de Bab el-Mandeb par le gouvernement de Sanaa et à la perturbation de la route commerciale Est-Ouest.

Dans ce contexte, Mini Esen, rédactrice en chef du journal Cumhuriyet, a observé que l’Iran, sous la pression américaine croissante, avait déplacé son attention vers le Yémen pour compenser ses pertes au Liban, en Syrie et en Irak. Elle a posé la question suivante : « Que se passera-t-il si l’Arabie saoudite subit de nouvelles attaques et se voit contrainte de demander l’aide de la Turquie ? » Elle a répondu qu’il s’agissait d’une « question difficile, et la réponse l’est tout autant », notamment en raison de l’incertitude entourant les termes de l’Accord de La Mecque.

Elle a appelé à surveiller l’évolution potentielle d’un soutien non militaire du Pakistan à l’Arabie saoudite en cas d’attaque plus grave, et les implications que cela pourrait avoir sur la position de la Turquie.

Face à l’aggravation attendue de la crise, il a été avancé qu’« il serait judicieux pour la Turquie d’accélérer l’élargissement de l’Accord de La Mecque afin qu’il soit plus inclusif au niveau régional, englobant des pays comme l’Égypte, l’Iran et les États du Golfe, dans le but de créer un front uni pour contrer les provocations impérialistes ». Le rapport a souligné l’interdépendance des détroits, d’Ormuz et de Bab el-Mandeb à la Méditerranée et à la mer Noire, et le rôle central de la Turquie dans cette équation, avertissant que « toute perturbation des flux maritimes et pétroliers entraînerait une flambée des prix ». Esen a souligné que relever ces défis ne se limite pas à la préparation militaire, affirmant que « travailler à éliminer la tyrannie et le pouvoir d’un seul homme, et établir une démocratie véritable et participative, est essentiel pour protéger les intérêts nationaux ».

Dans son article intitulé « Ferons-nous la guerre aux Houthis ? », paru dans le journal Karar, Yusuf Zia Gomert rappelle le rôle de la marine ottomane au XVIe siècle dans la défense des habitants de la province d’Aceh, sur l’île indonésienne de Sumatra, contre les Portugais. Il ajoute qu’après le tsunami de 2004, les opérations de secours dans la région ont été confiées aux forces turques, malgré l’insistance du Portugal à reprendre la mission pour retourner sur l’île où il avait été vaincu, car « le passé ottoman a fait pencher la balance en faveur des Turcs ». Il estime que « l’histoire peut croiser notre chemin au moment où on s’y attend le moins », et s’interroge : « Pourquoi le Qatar, parmi tous les États du Golfe, entretient-il les meilleures relations avec la Turquie ? Est-ce parce qu’il a pris le parti des Ottomans contre les Britanniques pendant la Première Guerre mondiale ? » Il poursuit en indiquant que le chérif Hussein s’est rangé du côté des Britanniques contre les Ottomans, tandis que l’imam Yahya, le chef zaïdite du Yémen, a pris le parti des Ottomans et a rejeté les offres alléchantes des Britanniques. Les Britanniques furent vaincus, sans que les Ottomans n’en tirent profit, leur empire s’effondrant et ils étant chassés du Yémen. Il conclut que l’Arabie saoudite mène actuellement une guerre contre les Houthis, qui contrôlent le détroit de Bab el-Mandeb et sont soutenus par l’Iran, tandis que les Américains laissent entendre que les Turcs, conformément au Pacte de La Mecque, devraient les combattre plutôt que les États-Unis. Il écarta la possibilité immédiate d’un tel scénario, demandant : « La Turquie s’engagerait-elle dans une telle guerre ? Je ne le crois pas. Mais tirons-nous les leçons de l’histoire et agissons-nous en conséquence ? Parfois oui, parfois non. »

Par Mohamad Noureddine

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar