jeudi, 03/09/2026   
   Beyrouth 19:03

Ben Gvir présente un plan pour vider Gaza de ses habitants. Réactions palestiniennes

Le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a présenté jeudi un plan pour vider la bande de Gaza de sa population palestinienne qui serait envoyée à l’étranger, une proposition qui arrive avant des élections disputées en Israël.

Cette figure de l’extrême droite israélienne a fixé comme objectif le départ de 250.000 Palestiniens de Gaza en un an, puis du reste des quelque deux millions d’habitants de ce territoire ravagé par la guerre au cours des six années suivantes.

« C’est réaliste », a assuré ce pilier de la coalition au pouvoir, dont les déclarations sont régulièrement condamnées à l’étranger. Il a également affirmé que plusieurs pays étaient « prêts » à accueillir les Gazaouis, sans préciser lesquels.

Mercredi, le ministre de la Défense Israel Katz avait déclaré qu’Israël est prêt à déplacer les habitants de Gaza si les Etats-Unis donnent leur feu vert, évoquant des transferts « par la mer et par les airs ».

« En définitive, il n’existe pas de véritable solution pour Gaza sans cette migration » de sa population, a-t-il affirmé.

Le même jour, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé qu’il n’avait pas l’intention de se retirer de la bande de Gaza dont il occupe 60% de la superficie.

Condition d’entrée dans le prochain gouvernement

Selon Yediot Ahronoth, le plan « Désengagement 710 » de Ben Gvir offrirait aux personnes qui partent une assistance couvrant les pays de destination, le statut légal, les documents et visas, les frais de voyage, le logement initial, la formation professionnelle et l’emploi. Ce soutien pourrait se poursuivre jusqu’à 24 mois.

Ben Gvir a cité la Turquie, l’Éthiopie, la République démocratique du Congo et plusieurs pays arabes comme destinations potentielles.

Le coût de mise en place et de fonctionnement du plan est estimé à environ 3,5 milliards de dollars américains, auxquels s’ajouterait un financement additionnel pouvant atteindre 16,6 milliards de dollars américains, selon le quotidien israélien.

Le parti Otzma Yehudit de Ben Gvir souhaiterait, selon certaines sources, que ce projet devienne une condition d’entrée au prochain gouvernement israélien, notamment par la création d’un bureau gouvernemental dédié à ce qu’il appelle « l’émigration volontaire ».

Cependant, des obstacles majeurs persistent. Rien n’indique clairement que les pays mentionnés soient prêts à accueillir un grand nombre de Palestiniens, et les États-Unis n’ont pas publiquement apporté leur soutien sans équivoque au projet. L’opposition palestinienne, arabe et internationale rendrait également sa mise en œuvre extrêmement controversée.

Déplacement « volontaire » forcé

Pour les Palestiniens, la distinction entre déplacement « volontaire » et déplacement forcé est de plus en plus difficile à accepter.

Ils affirment que lorsque leurs maisons, leurs moyens de subsistance et leurs infrastructures essentielles sont détruits, et que la circulation et la reconstruction restent fortement restreintes, partir relève moins d’un choix que d’une conséquence des circonstances.

Pour les habitants de Gaza, cependant, la faisabilité politique d’un tel plan n’est pas leur seule préoccupation. Ils craignent surtout que la dévastation prolongée ne transforme peu à peu une réalité imposée en ce qu’Israël présente comme une décision « volontaire ».

Mohammed Abu Jabal, habitant du centre de Gaza, rejette catégoriquement cette idée.

« Comment l’émigration peut-elle être volontaire quand on vit au milieu des décombres, qu’on a perdu nos maisons et nos moyens de subsistance, et qu’on craint pour sa vie chaque jour ? », a-t-il déclaré à The New Arab. « Ils veulent détruire l’endroit et ensuite nous dire que ceux qui partent ont choisi de partir. »

« Je ne quitterai pas Gaza. Même si ma maison est détruite, je resterai ici et je la reconstruirai », a-t-il affirmé. « Le problème ne vient pas du Palestinien qui aspire à vivre dans la dignité, mais de l’occupation qui cherche à rendre la vie impossible et présente ensuite le départ comme une option. »

Entre le refus du déplacement et la crainte de l’avenir

Le refus catégorique du déplacement ne signifie pas pour autant que les Palestiniens soient exempts de craintes quant à l’avenir.

Ahmed al-Arabeed, déplacé à plusieurs reprises durant la guerre, a confié au site The New Arab que sa principale préoccupation n’était pas seulement la mise en œuvre par Israël d’un plan de déplacement, mais aussi la possibilité que les conditions de vie à Gaza s’aggravent au point de plonger la population dans le désarroi.

« Je ne veux pas quitter Gaza, et je ne veux pas que mes enfants partent, mais je crains ce qui va se passer dans les années à venir », a-t-il déclaré.

« Quand on entend le ministre israélien de la Défense parler de plans de déplacement tout faits, et ensuite d’un plan visant à expulser plus d’un million de personnes, on se demande : que va-t-il nous arriver si la pression persiste ? », a-t-il interrogé.

« Les gens pourraient être prêts à endurer la faim et la destruction pour rester sur leurs terres », a-t-il ajouté. « Mais la crainte est que la vie elle-même devienne impossible et que les gens soient progressivement contraints d’envisager l’exil. »

Pour Samir Abou Shaaban, la responsabilité dépasse également le cadre d’Israël. Il soutient que la division palestinienne et l’inaction arabe ont affaibli la capacité des Palestiniens à influencer leur propre avenir.

« Nous ne pouvons pas tenir Israël pour seul responsable de la situation actuelle », a-t-il déclaré. « Les factions palestiniennes, avec toutes leurs divergences et leurs divisions, ont permis à la prise de décision palestinienne de s’affaiblir et ont laissé Israël contrôler la vie et l’avenir des Palestiniens, tandis que la position arabe s’est avérée impuissante à l’empêcher. »

« Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’une position palestinienne unifiée qui protège les populations des déplacements forcés, et d’une véritable position arabe », a-t-il ajouté. « La persistance de l’inaction arabe ne fera qu’encourager Israël à imposer sa vision. »

Le porte-parole du Fatah, Iyad Abou Zneit, a qualifié les propos de Katz de « dangereux », affirmant qu’Israël avait « des plans concrets et progressifs de déplacement et d’extermination ».

Il a souligné le contrôle militaire israélien sur environ 70 % de Gaza, arguant que le confinement des Palestiniens dans les zones restantes s’inscrivait dans une politique plus large visant à les expulser.

Source : Médias