lundi, 24/08/2026   
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Liban: Washington rejette d’avance les propositions sur les alternatives à la FINUL | Aoun: un accord de sécurité avec l’Italie hors du cadre constitutionnel

La visite du président de la République, Joseph Aoun, en Italie la semaine dernière constitue une nouvelle étape dans le processus d’assujettissement du Liban aux volontés de la tutelle américano-saoudienne, et par conséquent israélienne, sur le pouvoir à Beyrouth.

Si M. Aoun prétexte que la Constitution lui donne le droit de négocier en coordination avec le Premier ministre, Nawaf Salam ne semble pas en position d’attendre que le président prenne l’initiative de le consulter ; il se contente de déclarer qu’il est informé de la démarche du président et qu’il l’approuve, ce qui le conduit à rejeter toute tentative d’un ministre de soulever ces dossiers et de les débattre au sein du Conseil des ministres.

De son côté, M. Aoun ne semble guère se soucier des positions des forces locales, y compris celles de M. Salam lui-même et des autres membres du gouvernement.

Sa réponse invariable, chaque fois qu’il est interrogé sur l’ampleur de la coordination politique qu’il mène, est qu’il est « en concertation, en coordination et en accord avec le président Nabih Berri ».

M. Aoun avait déjà refusé de soumettre l’« accord-cadre » au Conseil des ministres, puis avait présenté une interprétation constitutionnelle selon laquelle l’accord ne nécessitait l’approbation ni du gouvernement ni du Parlement, ce qu’il a également annoncé devant le président américain Donald Trump.

Cependant, M. Aoun sait en contrepartie que cette stratégie vise en pratique à imposer d’importants faits accomplis sur le terrain sans leur fournir de véritable couverture constitutionnelle. Cela fait porter la responsabilité aux forces participant au gouvernement et aux personnalités ministérielles clés, transformées en témoins passifs d’un processus dont elles savent qu’il touche à des questions cruciales liées au sort du pays, sans exercer leur rôle dans leur débat ou la prise de décision à leur sujet.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la visite de M. Aoun à Rome pour discuter d’un projet d’accord de sécurité libano-italien permettant au Liban d’accueillir des forces italiennes, ou des forces européennes sous commandement italien, afin de jouer un rôle soi-disant destiné à « aider à la mise en œuvre de l’accord-cadre » avec ‘Israël’. En pratique, il s’agit pour ces forces de prendre en charge une partie du « mécanisme de vérification » exigé par ‘Israël’ afin de s’assurer que les autorités libanaises exécutent ce qui leur est demandé, notamment mettre fin à toute présence du Hezbollah dans les régions du Sud.

Alors que la partie italienne hésite encore à annoncer sa position définitive, les questions posées par Rome se concentrent sur la nature de la mission proposée, le sens exact de la « vérification », le mécanisme de coordination avec l’armée libanaise, ainsi que les garanties visant à protéger les membres de la force italienne.

Rome tente, par des canaux officieux, de contacter le Hezbollah pour entendre sa position sur la proposition ; toutefois, des sources confirment que le parti n’a jusqu’à présent exprimé aucune position sur ces discussions. Elles soulignent que le parti est conscient que l’objectif réel de ces manœuvres est d’amener les autorités libanaises à demander au commandement de l’armée d’entrer en coordination directe avec l’armée d’occupation.

Dans ce contexte, la visite du commandant en chef de l’armée, le général Rodolph Haykal, à Rome, après celle de M. Aoun, ouvre un niveau de discussion nouveau et plus détaillé sur l’avenir de la coopération militaire entre Beyrouth et Rome.

Le cœur du désaccord tourne autour du concept même de « vérification » : l’armée libanaise aborde le dossier selon un principe clair : tout nouvel arrangement ne doit pas instaurer une autorité au-dessus de l’institution militaire, ni une entité externe chargée d’évaluer ses performances et de surveiller leur exécution comme si elle était la décisionnaire sur le terrain.

D’où le refus libanais catégorique, en particulier de la part de l’institution militaire, de la proposition confiant les opérations de vérification à des sociétés de sécurité. La question n’est ni technique ni limitée à l’entité qui prendra en charge le processus de vérification, mais touche à la question fondamentale : qui détient le droit de vérification, sur quoi, avec quelles prérogatives et sous quelle autorité ? De même, l’armée a signifié son refus de toute coordination directe avec l’armée d’occupation, affirmant que tout contact de ce type doit s’effectuer par l’intermédiaire d’un tiers, qu’il s’agisse des Nations unies ou d’une autre partie.

En revanche, la formule italienne paraît plus propice à la discussion, mais exige encore une définition claire des règles du jeu. La présence d’une force internationale aux côtés de l’armée pourrait s’inscrire dans le cadre de nouveaux arrangements sécuritaires, mais le fait que cette force se transforme en organe de contrôle sur l’armée ou en autorité parallèle reste une ligne rouge pour l’institution militaire, selon les mêmes sources.

Alors que la date de reprise des négociations directes entre le Liban et ‘Israël’ n’est pas encore fixée, des milieux informés rapportent que le blocage de la nouvelle session est dû au refus israélien d’élargir le périmètre des « zones d’expérimentation » réclamées par Beyrouth, pendant que l’armée cherche à parvenir à une entente claire sur les définitions et les mécanismes de travail.

Ce report semble également lié à la session du Conseil de sécurité prévue le 28 août, à l’initiative du secrétaire général des Nations unies António Guterres, pour examiner les arrangements de la période suivant la fin de la mission de la FINUL à la fin de l’année en cours.

D’après les documents préparés pour la réunion, M. Guterres porte une série de propositions visant à maintenir un rôle pour l’ONU lors de la phase à venir. Alors que les États-Unis refusent d’examiner la prolongation de la mission de la FINUL, le secrétaire général propose de ne pas demander le renouvellement du mandat dans sa formule actuelle, mais plutôt d’en accélérer le processus d’achèvement, parallèlement au renforcement d’une présence onusienne alternative.

Dans cette optique, il cherche à amener le Conseil de sécurité à adopter une résolution renforçant l’Organisme des Nations unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST), créé après la signature des conventions d’armistice ayant suivi l’établissement de l’entité d’occupation, et qui compte des observateurs militaires non armés déployés le long de la frontière.

M. Guterres espère que la proposition visant à augmenter les effectifs de cette équipe et à élargir son déploiement rencontrera un accueil favorable, parallèlement à une autre proposition concernant le bureau du coordinateur spécial des Nations unies au Liban, dont le nom du diplomate français Jean Arnault est avancé pour en assurer la présidence à titre provisoire. La proposition prévoit d’élargir les missions du bureau et d’y adjoindre une force militaire « non combattante » chargée d’aider à la coordination des arrangements entre le Liban et Israël.

Bien que le président Berri semble tabler sur la réalisation de l’une de ces deux options, les indications diplomatiques disponibles ne suggèrent pas que les États-Unis, aux côtés d’Israël, permettront l’adoption d’une telle formule. Cela relance en pratique l’option travaillée par le président de la République et explique son insistance à parvenir à un accord avec une force européenne bénéficiant de l’accord d’Israël, pour assumer un rôle de supervision dans la mise en œuvre de l’« accord-cadre ».

Cependant, cette option comporte une problématique majeure : la force européenne proposée ne travaillerait pas sous l’égide de l’ONU, mais en vertu d’un accord de coopération sécuritaire avec le Liban. Cela signifie qu’en principe, son déploiement au Liban requiert une décision du Conseil des ministres et la ratification du Parlement, s’agissant d’un accord à caractère sécuritaire.

À moins que M. Aoun ne suppose une fois de plus qu’il n’est pas nécessaire de suivre les voies constitutionnelles, comptant sur une immunité particulière offerte d’une part par les États-Unis et l’Arabie saoudite, et couverte d’autre part par le silence des autres forces représentées aux présidences de la Chambre et du Conseil, ainsi que par le reste des forces politiques et des blocs parlementaires.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar