lundi, 27/07/2026   
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Pari sur les pourparlers irano-omanais : trêve non déclarée entre Washington et Téhéran

Par Mohammad Khawajoui

Après plus de deux semaines d’escalade militaire aiguë entre l’Iran et les États-Unis, en particulier dans le détroit d’Ormuz et le Golfe, un calme relatif règne sur les fronts depuis trois jours, dans l’attente de la clarification de la décision américaine : entre un retour à l’escalade ou la relance de la voie diplomatique.

Les récits divergent quant aux raisons de ce repli. D’un côté, certains médias américains, comme le New York Times, lient ce recul aux inquiétudes de l’administration face à « la diminution des stocks de missiles d’interception pour les systèmes Patriot et d’autres munitions de défense aérienne au Moyen-Orient ». Cette situation aurait poussé le président américain, Donald Trump, à geler les plans d’escalade de grande envergure. D’un autre côté, le site Axios évoque plutôt la décision du président de « donner une chance supplémentaire à la diplomatie ».

Citant deux sources, Axios rapporte que le commandant du Commandement central américain, l’amiral Brad Cooper, a recommandé au Pentagone, à l’État-Major interarmées et à la Maison Blanche de « suspendre la campagne de bombardements aux abords du détroit d’Ormuz, car elle a atteint le maximum de son efficacité ». Selon lui, deux semaines de frappes ont « considérablement affaibli la capacité de l’Iran à attaquer les navires ». Il ajoute que « la prochaine étape potentielle pourrait être la reprise d’opérations de combat à grande échelle pour achever le ciblage des 20 % d’objectifs identifiés par l’armée américaine mais non bombardés lors de « l’Opération Fureur Épique » ».

Cooper a estimé que « dans le cas où la décision de revenir à des opérations de combat à grande échelle ne serait pas prise, il n’y a aucun intérêt à poursuivre la campagne de bombardements qui s’est poursuivie au cours des deux dernières semaines », selon les deux sources.

Malgré la confirmation par la Maison Blanche, dimanche, que Trump « préfère » la solution diplomatique, elle a souligné dans le même temps que « toutes les options restent sur la table » si l’Iran poursuit ses mouvements dans le détroit d’Ormuz.

Ce qui est certain jusqu’à présent, c’est que deux semaines de frappes américaines intensives sur les villes du sud de l’Iran n’ont pas permis d’atteindre leur objectif. Téhéran conserve sa capacité à contrôler le Golfe et le détroit d’Ormuz, une artère vitale.

Cette constatation est renforcée par les informations d’Axios, selon lesquelles la campagne de bombardements a atteint son « seuil maximum ». Face à ce constat, l’administration américaine doit désormais trancher entre deux options : s’engager dans une escalade qualitative et quantitative dans les jours à venir, ou admettre l’impasse militaire pour revenir aux canaux diplomatiques et à l’activation des ententes du 18 juin.

Côté iranien, le recul américain a été accueilli avec une flexibilité similaire ; le porte-parole de l’armée, Mohammad Akrami Nia, a déclaré dimanche que la stratégie de son pays, à ce stade, repose sur la « réciprocité », indiquant qu’après l’arrêt des raids américains au cours des deux dernières nuits, « nous avons nous aussi suspendu nos opérations ».

Dans un développement connexe sur le terrain, l’agence Mehr a rapporté d’une source informée qu’un pétrolier a explosé après avoir heurté une mine marine suite à sa sortie de la trajectoire fixée par la République islamique dans le détroit.

La source a indiqué que Téhéran avait averti au préalable que les navires qui ne respectent pas les trajectoires annoncées assument la responsabilité des conséquences qui en découlent.

La dernière vague d’escalade avait commencé après que Washington, en coopération avec Mascate, a entrepris de rouvrir la voie sud à la circulation maritime dans Ormuz, ce que Téhéran a considéré comme une violation de l’article 5 de l’entente du 18 juin, qui lui donne, selon l’interprétation iranienne, le droit de fixer les voies de passage durant les trente premiers jours de la mise en œuvre de l’accord — la gestion du passage devant ensuite être transférée à un mécanisme conjoint avec le Sultanat.

Dans ce contexte, les derniers jours ont été témoins de consultations entre l’Iran et le Sultanat d’Oman, en tant que deux États surplombant Ormuz.

Si le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a confirmé qu’il n’y a « aucun changement jusqu’à présent dans le statut de la navigation » dans le détroit, il a affirmé que les vice-ministres des Affaires étrangères des deux pays ont tenu, vendredi et samedi, plusieurs sessions de discussions à Téhéran portant sur les « principes communs et les mécanismes opérationnels pour la gestion du passage sécurisé de la navigation dans le détroit d’Ormuz ».

M.Baghaei a indiqué que les discussions « ont été utiles et ont progressé », annonçant le départ de la délégation omanaise de Téhéran samedi, en parallèle avec la poursuite des consultations techniques et politiques entre les deux parties.

Des rapports précédents avaient fait état de « progrès tangibles » dans les négociations, suggérant que les deux parties pourraient parvenir à un « accord concernant l’établissement d’un nouveau mécanisme pour la gestion du passage et la réouverture du détroit d’Ormuz ».

Pendant ce temps, la visite que commence le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, aux États-Unis, demain mardi, jette son ombre sur le « calme » des fronts.

Alors que Netanyahu déclare que le dossier iranien sera en tête de ses entretiens là-bas, il semble qu’il tentera à nouveau de pousser l’administration américaine à reprendre l’option militaire contre l’Iran, particulièrement à la lumière de l’approche des élections israéliennes et de ce que l’escalade pourrait constituer comme facteur pour son maintien au pouvoir.

Dans ce cadre, des rapports ont indiqué que Netanyahu a l’intention de présenter des informations qu’il prétend « prouver » la reprise par Téhéran des travaux sur son programme nucléaire, malgré les frappes qu’il a subies en juin dernier.

Entre-temps, l’Ukraine est entrée dans la ligne du conflit avec l’Iran, dans un développement marquant qui soulève de nombreuses questions sur ses causes et ses motivations.

Kiev a annoncé samedi avoir ciblé deux navires russes en mer Caspienne, prétendant qu’ils transportaient des cargaisons militaires liées à l’Iran, tandis que Téhéran a confirmé que l’un des deux navires ciblés était un navire commercial iranien et que l’attaque a entraîné la mort d’un marin et la blessure d’autres.

De son côté, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a appelé l’Union européenne à demander des comptes à l’Ukraine, tandis que le ministère iranien des Affaires étrangères a convoqué le chargé d’affaires ukrainien à Téhéran.

En revanche, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a prétendu disposer d’informations sur une coopération de renseignement irano-russe lors des récentes attaques iraniennes contre des bases américaines, annonçant son intention de les transmettre aux partenaires de son pays.

La démarche ukrainienne semble s’inscrire dans l’une de ces deux hypothèses. D’une part, il pourrait s’agir d’une tentative de lier sa guerre contre la Russie à la confrontation américano-iranienne, afin de s’assurer un soutien occidental — et notamment américain — plus important.

D’autre part, Kiev pourrait devenir un instrument de pression par procuration pour les Européens face à Téhéran. En effet, l’exaspération des capitales européennes grandit face à la coopération militaire irano-russe, sans compter les lourdes pressions économiques que la crise d’Ormuz fait peser sur elles.

Cette situation représente en effet une forte motivation pour les Européens à accentuer la pression sur l’Iran et la Russie simultanément, et à internationaliser la confrontation, conformément au souhait américain.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar