vendredi, 10/07/2026   
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« Levez-vous pour Dieu »… quand le « Poing de la Résistance » écrit un chapitre immortel dans l’histoire de la révolution et du martyre

Comment un cortège funèbre se transforme-t-il en un concept politique et idéologique à part entière qui redéfinit le rapport entre le sens de la révolution et celui du martyre, et ouvre un nouvel horizon pour le voyage du regard d’adieu, de Téhéran à Mashhad al-Ridha (que la paix soit sur lui), résumé par un slogan : Levez-vous pour Dieu ?

C’est l’image de la victoire éclatante incarnée par le poing du martyr Sayyed Ali Khamenei qui a le droit de résumer quarante années de leadership jusqu’au martyre, et de redéfinir le sens de la fermeté à une époque où le monde s’est habitué à voir la défaite succéder à la force, et la soumission à l’orgueil.

Cette image est celle d’un poing serré qui ne s’est pas ouvert, même au dernier instant de sa vie de jihad, même face à une mort sournoise. Le martyre du leader de la oumma n’a laissé aucun discours écrit résumant le sens de cette étape, mais plutôt une main serrée et ferme, que son successeur et fils, sayyed Moujtaba, a interprétée comme l’ultime déclaration, voire son testament lequel incarne la constance et la résilience face à l’arrogance mondiale.

De cette étreinte, et non d’un discours ou d’une déclaration, émerge aujourd’hui une question plus profonde que la simple histoire du départ d’un homme de la taille d’une nation : comment un cortège funèbre se transforme-t-il en un concept politique et idéologique complet qui reformule le rapport entre le sens de la révolution et celui du martyre, et ouvre sur le chemin du regard d’adieu, de Téhéran à Najaf et Karbala, jusqu’à Machhad al-Ridha (que la paix soit sur lui), un nouvel horizon résumé en un slogan : Levez-vous pour Dieu ?

Ce sont des funérailles dont l’impact s’apparente à un tremblement de terre, non pas parce qu’elles confient le dépôt à son Créateur, mais parce qu’elles représentent un moment historique de réflexion sur l’ampleur du vide laissé par un homme qui, par sa double position de jurisprudence et politique, constituait l’un des piliers de l’équilibre régional et international à une époque où la géographie politique se mêle à la géographie des croyances d’une manière rarement observée dans l’histoire contemporaine.

Par conséquent, toute approche de cette étape exige d’aller au-delà de la superficialité d’une description passagère, vers une lecture qui reconstruise la scène à partir de ses racines, en commençant par l’origine et la formation de cet homme, en passant par l’impact qu’il a laissé sur l’équation de la région et du monde, jusqu’aux relations de l’Iran avec ses voisins arabes et régionaux, en particulier l’Irak, car les cérémonies d’adieu célébrées par les deux villes saintes de Najaf et Karbala, ainsi que par Téhéran, Qom et Machhad, ne constituent pas seulement un protocole religieux pour une figure de la stature de sayyed Khamenei, mais une étape charnière de l’histoire contemporaine qui s’écrit aujourd’hui à travers les lettres de la puissante victoire remportée par l’axe de la résistance dans sa confrontation à Karbala avec l’Amérique et « Israël ».

Sayyed Khamenei n’était pas simplement un haut fonctionnaire exécutif ayant hérité d’une position politique et religieuse, mais bien le fruit d’un parcours construit par étapes successives, qui a débuté au sein du mouvement de l’Imam Khomeiny à la mi-juin 1963, et s’est poursuivi à travers les années d’emprisonnement et de confrontation avec le régime du Shah avant la révolution, puis à travers les années de guerre des années 1980, où sa présence sur les fronts a participé à sa formation personnelle et politique, avant qu’il ne prenne la tête du mouvement en 1989, succédant à l’Imam Khomeiny après sa mort, à un moment de transition délicat qui soulevait de grandes questions quant à la capacité de l’institution révolutionnaire à perdurer après la disparition de son fondateur.

Le martyr sayyed Khamenei a répondu à cela de manière concrète, à travers quatre décennies de leadership sans équivalent dans l’expérience politique contemporaine de la région, en termes de continuité et de fermeté sur une ligne unique, malgré les changements radicaux des conditions internationales et régionales durant cette longue période.

Ce qui mérite l’attention d’un auteur objectif, loin des éloges ou des préjugés extrêmes, c’est que cet homme a remodelé la position de l’Iran dans le système régional et international grâce à un outil dont aucun autre dirigeant régional ne disposait de la même manière : la combinaison d’une légitimité jurisprudentielle suprême et d’un pouvoir de décision politique exécutif.

Cette assemblée, qui représente l’essence de la théorie de la « tutelle du juriste » développée par l’imam Khomeiny et poursuivie par son successeur, sayyed Khamenei, est celle qui a pris les décisions majeures en matière nucléaire, dans les relations avec l’Occident et dans le soutien aux mouvements de résistance du Liban à la Palestine, du Yémen à l’Irak et à de nombreux autres pays et sociétés opprimés ou ayant subi l’occupation occidentale-sioniste, et ce, depuis une position difficilement égalable ou comparable au sein même de la structure politique iranienne. Qu’en est-il alors de ceux qui sont en dehors de celle-ci ?

Le point le plus important, qui mérite une analyse approfondie et qui n’a pas reçu suffisamment d’attention dans de nombreuses approches analytiques, est peut-être celui du discours de sayyed Khamenei concernant la question palestinienne, considérée comme une question centrale pour l’ensemble de la nation islamique et non comme une question arabe confinée à un cadre régional restreint.

Depuis qu’il a pris le commandement, la position sur la Palestine est restée un critère permettant de mesurer la légitimité de tout rapprochement politique avec Téhéran, ce qui a maintenu la capitale iranienne fortement présente dans toute discussion sur l’avenir de cette question, même de la part de ceux qui la désapprouvent politiquement ou religieusement.

Cette constance, qui s’est maintenue à travers les administrations américaines et israéliennes successives et plusieurs bouleversements de l’équilibre des pouvoirs dans la région, explique aujourd’hui l’élargissement du cercle de deuil suite à sa disparition, qui inclut des capitales qui n’étaient pas en contact direct avec Téhéran, mais qui étaient présentes dans son discours inébranlable sur la Palestine et ce qui touche sa conscience profonde.

En ce qui concerne le niveau irakien, et c’est là que réside l’angle qui mérite le plus profond degré d’analyse objective, loin de toute rhétorique, la relation entre sayyed Khamenei et le processus de l’État irakien moderne après 2003 n’était pas une relation passagère ou circonstancielle, mais plutôt une partie d’un tissu complexe d’intersections et d’ententes entre les deux grandes hawzas religieuses de Najaf et la ville sainte de Qom.

Lorsque l’Irak a dû faire face au défi de l’organisation Daech en 2014, et que la fatwa du djihad suffisant a été émise par l’autorité religieuse représentée par Sayyed Ali al-Sistani, constituant le moment fondateur des Forces de mobilisation populaire, le soutien apporté par Téhéran, à ses différents niveaux, a été une expression concrète de la réponse à cette fatwa – et a temporairement freiné le différend entre les deux séminaires sacrés de Qom et de Najaf – et une décision des volontés irakienne et iranienne face à un ennemi commun qui menaçait la stabilité de toute la région.

Cette histoire commune, avec toutes ses complexités et ses intersections, et les divergences de points de vue entre Najaf et Qom quant à la nature du rapport entre religion et pouvoir, confère au cortège funèbre de sayyed Khamenei à Najaf al-Ashraf et Karbala al-Muqaddasa, aux côtés de Téhéran, Qom et Machhad al-Muqaddasa, une dimension qui dépasse le simple protocole religieux. Il s’agit plutôt d’une déclaration objective : le destin de l’Irak et de l’Iran, en matière de sécurité et de stabilité régionales, est désormais indissociable, et l’une de ces deux nations ne peut être dissociée de l’autre, selon plusieurs perspectives de la pensée iranienne et de sa doctrine révolutionnaire.

Premier point : le rapport du martyr Khamenei au concept de « continuité institutionnelle », envisagé comme une philosophie de gouvernance et non comme une simple mesure transitoire. Il accéda au pouvoir en 1989, à un moment délicat, immédiatement après la mort de l’ayatollah Khomeiny. Loin de se contenter de gérer l’État, il œuvra, avec une patience stratégique rare, à la mise en place d’une structure institutionnelle qui transcendait sa présence personnelle au sein de l’Assemblée des experts, des Gardiens de la révolution (son bras idéologique et militaire) et de la Hawza.

Ces trois structures expliquent aujourd’hui la précision de la sélection et de la transition vers son successeur (Sayyed Mojtaba Khamenei), évitant ainsi à la République islamique le vide que ses adversaires espéraient depuis des décennies. Cette constance ne doit pas être interprétée comme de la rigidité, mais plutôt comme la conscience, acquise progressivement, que la poursuite de la « voie missionnaire » prime sur tout individu et que le projet (le projet d’État) fut conçu dès l’origine pour transcender sa vie personnelle (que Dieu ait son âme).

Le deuxième aspect concerne la dimension jurisprudentielle de sayyed Khamenei : il n’était pas seulement un Guide suprême de nom, mais un juriste avec ses propres interprétations en matière de jurisprudence politique, dans lesquelles il a reformulé la théorie de la « tutelle du juriste » (Wilayat al-Faqih) d’une manière qui va au-delà de la formule classique proposée par sayyed Khomeiny, pour établir un concept qui combine la légitimité religieuse avec la capacité de confrontation dans la pratique.

C’est cette diligence qui a conféré à son école une force exceptionnelle, notamment lorsque l’État a été directement visé par des sanctions économiques, les deux guerres de douze jours et du mois du Ramadan ; car contester la décision politique du pouvoir ne trouvait pas facilement de terrain fertile, étant donné son imbrication profonde avec la structure même de la légitimité religieuse, difficile à démêler de l’extérieur.

Dans le troisième angle qui mérite une relecture, celui qui se rapporte au concept de « souveraineté technologique » : il est difficile de comprendre la résilience de l’Iran face aux vagues successives de sanctions sans revenir sur la décision stratégique prise par le dirigeant martyr depuis les années 1990 d’investir massivement dans les compétences locales et les opportunités économiques liées à la géographie iranienne, dans de nombreux domaines allant de l’énergie aux industries de défense en passant par les systèmes de missiles et spatiaux et l’autosuffisance dans l’industrie, l’agriculture et d’autres ressources.

Cette décision, critiquée pour son coût financier élevé pour un pays soumis au poids des sanctions internationales, s’est transformée au fil du temps en une garantie permettant à l’Iran de mener la guerre des Douze Jours en position de dissuasion, et non de soumission, puis la guerre du Ramadan au cours de laquelle Sayyed trouva la mort, sans que le système de défense qu’il avait contribué à bâtir ne s’effondre. L’homme visé et tué chez lui n’a pas entraîné la chute du système de dissuasion, mais son absence a révélé un paradoxe profond : la structure qu’il a créée est plus solide que le choc ressenti par l’Iran à l’annonce de son martyre.

Il existe un quatrième aspect, lié à l’image personnelle de cet homme en dehors de la politique : on observe cet ascétisme public dans le mode de vie d’un pays aux ressources immenses, et l’attention particulière portée aux affaires culturelles et littéraires, et l’on voit ce prédicateur qui n’a jamais cessé de prononcer ses sermons du vendredi et de rencontrer des jeunes, même dans les moments les plus sombres du siège et de la guerre.

C’est cette image qui a permis à son discours d’influencer des segments qui dépassent la base politique étroite du régime, atteignant la conscience de larges groupes dans les pays de la région et leurs peuples, qui ont trouvé dans son discours une rare cohérence intellectuelle.

Le cinquième aspect concerne la politique régionale, internationale et étrangère : aucune analyse objective de la carrière de sayyed Khamenei ne saurait ignorer son rôle déterminant dans l’élaboration de la politique étrangère iranienne pendant quatre décennies. Il a géré ce dossier avec la conviction que « la patience stratégique » est un outil plus efficace que la précipitation politique. Il a tissé des liens étroits avec Moscou, Pékin et d’autres pays influents. Ces relations, loin d’être improvisées, ont été minutieusement construites, renforçant ainsi la confiance mutuelle avec des partenaires puissants et stratégiques et faisant de l’Iran un partenaire fiable dans le contexte de l’« Orient émergent » ou du « nouvel Orient », à une époque où Téhéran subissait les formes les plus sévères d’isolement occidental.

Concernant le dossier nucléaire, qui a constitué pendant deux décennies l’enjeu central du conflit entre Téhéran et l’Occident, sayyed  Khamenei a adopté une approche difficilement réductible à un discours d’escalade ou de conciliation. Il s’est plutôt efforcé de trouver un juste équilibre entre la défense du droit souverain à l’enrichissement d’uranium à des fins pacifiques et une ouverture conditionnelle à la négociation, chaque fois que l’intérêt national l’exigeait. Cette approche s’est manifestée lors de l’accord nucléaire de 2015 et des complications qui ont suivi le retrait américain. Son discours est resté ferme sur le fait que négocier ne signifie pas concéder une concession et que la fermeté sur le dossier nucléaire s’inscrivait dans une lutte plus large pour la souveraineté nationale dans son ensemble. Les résultats de la guerre des Douze Jours et du mois de Ramadan l’ont démontré.

Concernant la puissance balistique, sayyed Khamenei fut parmi les premiers à comprendre que la dissuasion régionale ne repose pas uniquement sur la puissance aérienne conventionnelle, domaine dans lequel d’autres puissances ont historiquement excellé, mais plutôt sur le développement d’un système de missiles de fabrication nationale, indépendant de tout approvisionnement extérieur susceptible d’être soumis à des sanctions ou à des perturbations. De ce fait, le programme de missiles iranien, fruit d’années de développement cumulatif, est devenu l’un des instruments de dissuasion les plus importants, modifiant l’équilibre des forces dans la région et contraignant les adversaires régionaux et internationaux à revoir régulièrement leurs calculs militaires. Il a géré ce dossier avec la conviction que la puissance militaire doit demeurer un outil de défense et de dissuasion, et non un instrument de démonstration. Cette conviction transparaît dans la rhétorique officielle iranienne, qui a toujours lié le développement de la puissance balistique au droit légitime de l’Iran à défendre sa souveraineté, indépendamment de toute interprétation expansionniste.

Dans le domaine économique, sa vision se manifeste plus clairement encore. Il a géré l’ensemble de l’économie nationale sous le poids d’un blocus occidental croissant qui a duré quarante ans, en appliquant la logique de « l’économie de résistance » qu’il a adoptée comme cadre théorique et pratique. Cette logique reposait sur la réduction de la dépendance au pétrole comme unique source de revenus, la promotion de la production locale dans les industries stratégiques et la mise en place d’un réseau commercial parallèle avec des partenaires non occidentaux capables de contourner les sanctions.

 Malgré les difficultés de cette approche et son coût social élevé pour l’intérieur de l’Iran, le fait que l’État iranien ait continué à remplir ses fonctions essentielles pendant toutes ces décennies, sans s’effondrer complètement comme de nombreux analystes occidentaux l’ont prédit à maintes reprises, est attribué à cette mentalité administrative qui alliait patience stratégique et refus de succomber aux pressions économiques comme moyen d’obtenir des concessions politiques.

S’il est nécessaire d’envisager l’avenir de l’Iran sous un angle prospectif, la description la plus juste n’est pas une question d’angoisse face à l’inconnu, mais plutôt une affirmation de la logique de la construction institutionnelle spécifiquement conçue pour faire face à ce moment de vide.

Le successeur – sayyed  Mojtaba Khamenei – nommé chef de la Révolution islamique, accède non seulement à une fonction semée d’embûches, mais il hérite également d’un système entier – les Gardiens de la révolution, l’Assemblée des experts, la structure jurisprudentielle et doctrinale de Qom, l’économie de la révolution et la doctrine de la patience stratégique – autant d’éléments conçus pour fonctionner avec une stabilité qui transcende la personne d’un seul dirigeant et pour traduire la conscience accumulée au cours de trois décennies de gestion de crise en une véritable continuité plutôt qu’en improvisation.

Par conséquent, l’héritage laissé par Khamenei est trop important pour se limiter à un discours politique ou à une position militaire ; c’est l’héritage d’un homme qui a redéfini le sens de la fermeté face aux systèmes de pression internationaux les plus puissants, qui a combiné jurisprudence et politique d’une manière qui les rendait indissociables, et qui a laissé derrière lui une structure institutionnelle conçue pour perdurer en son absence.

La conclusion la plus importante qui se dégage d’une lecture logique de ce moment historique crucial est peut-être que le départ de sayyed Khamenei d’Irak, tout en étant une déclaration de gratitude envers un leadership exceptionnel dont l’étoile a brillé pendant quatre décennies au sein de la quatrième République islamique, marque également la naissance d’une nouvelle phase dans les relations irano-irakiennes. Cette phase ne repose plus sur les calculs d’une politique conjoncturelle, mais sur une prise de conscience renouvelée du lien intrinsèque entre la sécurité et la stabilité de l’Irak et celles des voisins de l’Iran, notamment face aux défis régionaux à venir et à la nouvelle carte géopolitique issue de la guerre contre l’Iran dans la région. Cette nouvelle carte met en lumière les alliances politiques et les partenariats économiques alternatifs à l’économie classique, ainsi que l’évolution des forces de dissuasion en fonction des équilibres d’intérêts communs.

Ainsi, le cortège funèbre est un espace où le deuil rencontre le respect, la loyauté rencontre le souvenir, et l’émotion rencontre la conscience. L’Irak possède une authenticité historique qui transforme le deuil en une signification précieuse et révolutionnaire, inspirant le soulèvement et la résistance face à l’injustice et à l’arrogance. À Karbala, le cimetière d’Hussein (que la paix soit sur lui) offre un bel exemple de la mise en pratique et de l’immortalisation de ces concepts.

Ainsi, le monde, qui attend aujourd’hui les funérailles d’une figure religieuse et politique unique et marquante de notre réalité contemporaine, se trouve également à l’aube d’un nouveau moment fondateur, où l’histoire, des deux bosquets de Karbala et de Najaf à la ville sainte de Machhad, écrit un chapitre irako-iranien commun intitulé « Levez-vous pour Dieu ».

Par Mohammad al-Khazaei : journaliste irakien

Source : Al-Mayadeen