jeudi, 18/06/2026   
   Beyrouth 11:18

‘Israël’ se heurte aux limites de la force : L’Iran n’est pas une proie facile

Par Ali Haidar

La guerre américano-israélienne contre l’Iran a constitué un test stratégique pour les limites de la force réelle de chaque partie face à elle-même, face à son adversaire, et face à l’environnement régional et international.

Les États-Unis sont entrés en guerre en partant du postulat que l’écart colossal de puissance militaire entre eux et l’Iran leur permettrait d’imposer des résultats politiques majeurs si nécessaire.

Cependant, l’expérience des trois mois et demi passés leur a prouvé que la capacité de frapper et de détruire ne signifie pas nécessairement la capacité de remodeler l’environnement politique, d’imposer la capitulation, de changer le régime ou de remodeler les équilibres régionaux.

En contrepartie, l’Iran n’avait pas besoin de la guerre pour découvrir la supériorité militaire et technologique des États-Unis. C’est pourquoi il a adopté, bien avant de passer ce test, la stratégie asymétrique, dont les combats ont révélé les véritables foyers d’efficacité.

Au cours de l’affrontement réel, il s’est avéré que les éléments de la puissance iranienne ne se limitent pas au programme nucléaire, aux missiles ou aux alliés régionaux, mais s’étendent à la capacité de Téhéran à influencer l’environnement stratégique entourant le conflit, et à provoquer une vaste crise régionale et internationale liée à la sécurité énergétique, au commerce et à la navigation mondiale, et ce, en combinant les outils militaires asymétriques et les avantages géostatégiques.

Dans ce contexte, le contrôle du détroit d’Ormuz s’est imposé comme l’une des leçons stratégiques les plus importantes de la guerre, une leçon qui s’ancrera profondément dans la conscience américaine et internationale, et consacrera la capacité permanente de l’Iran à lier sa sécurité nationale à celle de l’économie mondiale.

Mais la signification la plus importante du déroulement de la guerre et de ses résultats réside peut-être dans la portée vitale de la force de l’Iran face aux autres parties régionales, au premier rang desquelles ‘Israël’.

Avant le 28 février, il existait au sein de l’appareil politique et sécuritaire israélien une perception selon laquelle les pressions militaires accumulées sur Téhéran et sur l’axe de la Résistance pourraient ouvrir la voie à des changements stratégiques majeurs, voire historiques, en faveur de Tel-Aviv.

Pourtant, après cette date, il a été prouvé que renverser l’Iran, l’exclure de l’équation régionale ou lui imposer une capitulation stratégique n’est pas un objectif réaliste, même avec la participation de la force militaire américaine elle-même à la guerre.

À la lumière de ces faits et de ces données, on peut dénombrer cinq répercussions graves pour la sécurité nationale israélienne, qui sont les suivantes :

Premièrement : Le recul de la possibilité d’un dénouement stratégique.

L’un des fondements historiques de la doctrine de sécurité israélienne est la croyance en la possibilité d’obtenir un dénouement décisif face aux adversaires. Or, cette guerre a renforcé l’impression que l’Iran représente un adversaire face auquel aucun dénouement n’est possible et qui ne peut être écarté de l’équation régionale. Cela signifie qu’Israël pourrait se trouver contraint de composer avec la République islamique en tant qu’acteur permanent et influent, au lieu d’attendre le moment de son effondrement ou de sa sortie du jeu.

Deuxièmement : L’élargissement du concept de dissuasion iranienne.

Alors qu’Israël percevait traditionnellement la dissuasion sous l’angle des missiles et des forces militaires, la guerre a révélé que la dissuasion iranienne est désormais multidimensionnelle. Elle s’étend de la scène iranienne jusqu’aux marchés énergétiques mondiaux et à l’économie internationale, en passant par le Liban et les autres théâtres de l’axe de la Résistance. Cela signifie que tout affrontement futur avec l’Iran pourrait exiger des prix qui dépassent de loin les limites du front militaire direct.

Troisièmement : L’érosion de l’hypothèse de la séparation des théâtres.

L’Iran a réussi à ancrer l’idée de l’interconnexion entre les différents théâtres. La sécurité du Golfe, la sécurité de la navigation, la situation au Liban, la sécurité d’Israël, et bien d’autres encore, sont autant de dossiers qui ne sont plus déconnectés les uns des autres. Cela va accentuer la complexité de l’environnement de sécurité israélien, étant donné que toute crise sur l’un de ces théâtres pourrait se transformer en une crise multifronts et pluridisciplinaire.

Quatrièmement : La hausse de la valeur des cartes de puissance non militaires.

La guerre a démontré que les cartes de pression économiques et géopolitiques peuvent parfois s’avérer plus influentes que la force militaire directe. D’un point de vue israélien, cela représente un défi majeur, d’autant plus qu’Israël, bien que disposant d’une supériorité militaire évidente, ne possède pas de cartes similaires à celles dont dispose l’Iran dans le domaine de l’énergie mondiale ou des voies maritimes stratégiques.

Cinquièmement : La réévaluation de la puissance israélienne par les alliés et les adversaires.

Tout comme la guerre a redéfini l’image de la puissance américaine, elle a également redéfini l’image de la puissance israélienne. Par conséquent, les alliés comme les adversaires n’auront d’autre choix que de réviser leurs postulats précédents concernant la capacité d’Israël à imposer des réalités stratégiques à long terme face à ses rivaux. Cela ne signifie pas un déclin de sa force militaire, mais plutôt un recul de la confiance quant à la possibilité de traduire cette force en transformations politiques décisives.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar