Quelques heures à peine après la riposte iranienne à l’agression israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth et le sud du Liban, les premières répercussions politiques commencent à se dessiner clairement.
Sur le plan intérieur, des signaux politiques marquants ont émergé, traduisant une prise de conscience croissante de l’impossibilité d’imposer des faits accomplis unilatéraux sous la pression militaire.
Cela s’est manifesté à travers la nouvelle approche du président de la République, Joseph Aoun.
Après avoir adopté un discours ferme sur l’exclusivité des armes aux mains de l’État, il est revenu à une posture plus prudente et réaliste. Il lie désormais le traitement de ce dossier à une série de conditions politiques et sécuritaires, qui commencent par l’arrêt des agressions israéliennes et le retrait des territoires libanais, et englobent la reconstruction, la restauration de la stabilité ainsi que le retour des déplacés chez eux.
En recevant mardi une délégation de députés des parlements français et européen (opposés aux politiques israéliennes), le président de la République a souligné que le retrait d’Israël ouvrirait la voie à l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire, à la fin des manifestations armées et à la suppression de tout prétexte au maintien d’armes hors du cadre légal officiel. Cela a été perçu comme un recul par rapport aux plafonds politiques fixés précédemment, passant d’une logique de confrontation directe avec ce dossier à une gestion progressive au sein d’un règlement plus large.
Par ailleurs, des fuites font état du souhait d’Aoun d’ouvrir de nouveaux canaux de communication avec l’Iran, partant du principe que le Liban ne s’oppose pas à une coopération avec Téhéran ou à la mise à profit de son rôle, à condition que ces contacts se fassent directement avec l’État libanais et non via le Hezbollah.
Les répercussions de la riposte iranienne se sont également traduites par l’intégration du dossier du retour des déplacés dans leurs villages parmi les points clés portés par l’ambassadeur américain au Liban, Michael Issa, à Aïn el-Tiné (Siège du chef du parlement Nabih Berri) lundi — une clause qui figurait dans aucun des précédents documents de négociation américains.
Toutefois, des sources informées affirment qu’Issa n’a pas apporté de réponses claires au président Nabih Berri, ce dernier ayant réaffirmé qu’il n’était pas question de discuter du moindre arrangement avant qu’un cessez-le-feu global et un retrait simultané ne soient actés.
C’est ce qui a été réaffirmé lors d’une longue réunion à Aïn el-Tiné consacrée à l’examen de la proposition américaine.
Cette rencontre a réuni Berri, son conseiller politique le député Ali Hassan Khalil, ainsi que Hussein Khalil et l’ancien ministre Mohammad Fneich pour le Hezbollah.
Des sources citées par le quotidien libanais Al-Akhbar confirment que les deux parties se sont accordées sur les constantes suivantes : un cessez-le-feu global excluant toute liberté de mouvement pour l’ennemi, un retrait israélien rapide et total, la libération des prisonniers et le déploiement de l’armée dans la zone située au sud du fleuve Litani.
Face à ces mutations, le Liban revient au centre du bras de fer politique et sécuritaire régional, mais dans des conditions bien différentes d’avant la riposte iranienne.
Désormais, les tentatives d’imposer les conditions israéliennes se heurtent à des réalités politiques et de terrain beaucoup plus complexes.
Cependant, ces récents développements n’ont pas permis de consolider un cessez-le-feu global, mais ont plutôt réorganisé les priorités du conflit.
‘Israël’ semble déterminé à endiguer les effets de la riposte iranienne consécutive au ciblage de la banlieue sud, afin d’empêcher qu’elle ne se traduise par de nouvelles équations de dissuasion sur la scène libanaise. Il s’agit aussi pour Tel-Aviv d’imposer une nouvelle donne déplaçant la pression des frontières vers le cœur du Liban, plaçant ainsi Beyrouth et sa banlieue sud au centre de toute confrontation à venir.
C’est dans ce contexte qu’intervient la décision du cabinet de sécurité israélien restreint d’accorder à l’armée le pouvoir de frapper directement la banlieue sud sans en référer à l’échelon politique. L’objectif est d’instaurer un mécanisme de riposte quasi automatique. En clair, le moindre missile, drone, ou même un incident sécuritaire ambigu, pourrait servir de prétexte pour ancrer l’équation « la banlieue sud contre les colonies du Nord ».
C’est sous cet angle qu’il faut comprendre le rythme de l’escalade militaire continue au Sud et dans la Bekaa, ainsi que les messages qu’Israël tente d’envoyer à Téhéran via la scène libanaise : aucun compromis régional ni pression internationale ne le pousseront à renoncer à sa stratégie visant à démanteler la structure militaire du Hezbollah.
Dans cette atmosphère, Washington ne semble pas agir avec la logique de celui qui cherche un accord.
Les États-Unis s’efforcent plutôt d’exploiter la dynamique militaire en cours pour imposer le découplage des dossiers et rompre le lien entre le Liban et l’Iran.
Cela concerne non seulement le cessez-le-feu, mais aussi la configuration du Sud-Liban après la guerre, le rôle de l’armée libanaise, les mécanismes du retrait israélien et l’avenir de l’infrastructure militaire du Hezbollah.
Dès lors, les négociations actuelles s’avèrent bien plus profondes qu’une simple discussion sur une trêve ou des arrangements sécuritaires temporaires. Elles portent, sur le fond, sur l’acteur qui aura le droit de dessiner les contours de la prochaine phase au Sud-Liban, sur la nature de l’équilibre qui régira la relation entre l’État libanais et la Résistance, ainsi que sur les garanties internationales et israéliennes.
À cet égard, des sources bien informées ont déclaré à Al-Akhbar qu’il n’y a « pas de divergence réelle entre les visions américaine et israélienne, les deux parties cherchant à imposer un processus simultané combinant mesures de sécurité et règlement politique, tout en capitalisant sur la supériorité militaire et la pression sur le terrain pour obtenir le maximum de garanties préalables avant de faire la moindre concession ».
Les mêmes sources ajoutent que « toutes les données dont disposent les responsables libanais indiquent que Washington n’exerce aucune pression réelle sur ‘Israël’, et ne semble d’ailleurs pas disposé à le faire », d’autant plus après le retour en force du facteur iranien sur le devant de la scène.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
