Depuis la fin de la guerre des 66 jours en novembre 2024 et la conclusion d’un accord de cessez-le-feu, l’État libanais traverse l’une des phases les plus critiques de son histoire en ce qui concerne sa souveraineté nationale. L’analyse de l’action politique de la présidence et du pouvoir exécutif, du cessez-le-feu du 27 novembre 2024 jusqu’à la guerre de 2026, révèle une conduite diplomatique et militaire caractérisée par une série de concessions fondamentales qui ont affecté le cœur même de la doctrine de défense libanaise et la souveraineté de l’État.
Vide militaire et couverture sécuritaire pour l’ennemi
A partir de novembre 2024, a été établie une nouvelle approche concernant la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle a révélé de profonds décalages entre le discours sur la souveraineté et les pratiques réelles sur le terrain.
Les premières concessions à la souveraineté se sont manifestées par l’absence de renforts effectifs et immédiats de l’armée libanaise à la frontière libanaise dès l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 27 novembre 2024. Bien que l’accord avait stipulé le déploiement de l’armée comme seule force vigilante, le retard officiel dans la transmission des ordres opérationnels de déploiement direct sur la ligne a laissé de vastes zones sous le contrôle de facto des forces d’occupation.
Ce vide n’était pas seulement technique, mais aussi éminemment politique, comme en témoigne l’absence de toute mesure officielle visant à empêcher l’occupation de procéder à la destruction systématique des villages frontaliers pendant la période de soixante jours suivant l’accord. Durant cette période, où l’occupation bénéficiait d’une couverture tacite américaine, des villages entiers furent rasés sous prétexte de « déminage », tandis que la présidence libanaise gardait un silence complet face à cette violation flagrante de l’esprit de l’accord de cessation des hostilités.
Ce silence coïncida avec l’empiètement continu des forces d’occupation sur cinq points stratégiques le long de la frontière sud, points qui ne se situaient pas auparavant dans les zones contestées, mais qui ont été occupés et établis après le 27 novembre.
L’acceptation tacite de cette réalité, et l’incapacité à en faire un point de désaccord diplomatique au sein des instances internationales, créèrent un précédent permettant d’abandonner du territoire libanais sans aucune concession politique ou sécuritaire.
Incursions et violations de la souveraineté
Les villages de la ligne de front ont été le théâtre d’un phénomène dangereux : la présence de patrouilles de l’armée ennemie le long des routes principales, traversant les positions et les points de contrôle de l’armée libanaise.
Au lieu de s’opposer à ces incursions ou de les empêcher, les plus hautes directives politiques ont prescrit d’éviter tout conflit, permettant ainsi à l’occupation d’asseoir son « droit de circulation » sur le territoire libanais. Ce comportement a entraîné l’érosion de l’autorité de l’État dans ses zones de déploiement supposées, et les points de contrôle militaires sont devenus des postes d’observation des violations de souveraineté au lieu de servir de rempart.
Parallèlement, la machine à assassinats israélienne a continué de fonctionner intensivement, avec près de 500 assassinats recensés visant des personnels et des éléments dans des zones civiles peuplées, et ce, malgré le cessez-le-feu. Les timides déclarations de condamnation des autorités libanaises, sans menace de revenir sur leurs engagements ni de prendre de mesures de contre-défense, ont donné le feu vert à l’occupation pour continuer à tuer des citoyens libanais en profondeur au Liban, sans craindre de répercussions diplomatiques ou militaires.
Négligence de la reconstruction et soumission aux menaces
Sur les plans humanitaire et du développement, on constate une négligence délibérée à l’égard des villages dévastés du Sud-Liban. Le gouvernement libanais, sous l’égide de la présidence, s’est abstenu de prendre toute mesure concrète en vue de la reconstruction, voire même d’entamer une évaluation des dégâts dans les zones frontalières.
Il s’agit d’une réponse directe aux menaces de l’ennemi, qui conditionne le retour à une vie normale dans ces villages à des conditions de sécurité impossibles.
Cette inaction officielle a plongé des dizaines de milliers de personnes déplacées dans un état de déplacement permanent et a été exploitée par les acteurs internationaux comme un moyen de pression sur l’environnement soutenant la résistance, constituant ainsi un manquement flagrant de l’État à son devoir envers ses citoyens et à leur droit de retourner sur leurs terres et de les reconstruire.
Démantèlement des capacités de défense
Les autorités libanaises ont continué d’appliquer tous les engagements pris dans le cadre des accords internationaux, malgré le non-respect par l’ennemi d’aucune des neuf clauses de cessez-le-feu. Cela s’est manifesté par la réaction immédiate aux demandes de l’armée d’occupation d’inspecter des sites et des maisons spécifiques, et par le refus de protéger tout point où l’ennemi prétendait observer une activité militaire, même après qu’il ait été prouvé qu’il était dépourvu d’armes. Cette approche d’inspections dictées par des ordres extérieurs, a transformé les institutions de sécurité libanaises en un instrument au service des préoccupations sécuritaires israéliennes.
La mesure la plus controversée a sans doute été la « destruction et l’endommagement des armes » livrées par la résistance à l’armée libanaise au lieu d’être utilisées pour renforcer ses capacités de défense. Cette mesure a été ordonnée directement par les parties supervisant l’accord, sous prétexte qu’il s’agissait d’« armes orientales » non conformes aux normes occidentales adoptées pour l’armement de l’armée.
La contradiction fondamentale réside ici dans le fait que l’armement principal des véhicules blindés de l’armée libanaise est composé essentiellement de chars et de véhicules de transport de troupes de fabrication orientale, ce qui réfute l’argument technique et confirme que l’objectif était de priver l’État de toute force excédentaire susceptible d’être utilisée pour sa défense future.
Une autre décision prise à la demande d’Israël et représentant une concession politique s’est manifestée dans l’acceptation de l’envoi d’un émissaire officiel auprès du « Comité du Mécanisme », une initiative que le Liban avait initialement refusée afin d’éviter toute politisation ou normalisation du comité technique chargé de superviser la cessation des hostilités. Cette acceptation est intervenue sans aucune contrepartie, et au moment même où l’ennemi intensifiait sa rhétorique hostile envers les institutions libanaises.
Adhésion au discours de l’ennemi
Avec le déclenchement de la guerre en 2026, la position officielle a basculé d’une phase de « concessions sur le terrain » à une « adhésion totale au discours de l’ennemi » et à une soumission à une médiation américaine partiale, entraînant des atteintes à la souveraineté sans précédent.
Dès le début de la guerre de 2026, le discours présidentiel a commencé à imputer les attaques israéliennes à la résistance, malgré la reconnaissance officielle qu’aucun coup de feu n’avait été tiré sur Israël sous l’administration en place avant le début de l’agression. Cette adhésion au discours israélien visait à isoler la résistance au sein du pays et à la discréditer auprès de la communauté internationale, une concession morale et politique qui a affaibli la position libanaise unie.
En avril 2026, une opportunité de cessez-le-feu s’est présentée grâce à une médiation régionale à Islamabad, où un accord de principe a été trouvé pour mettre fin aux hostilités entre l’Iran et les États-Unis. Cependant, les autorités libanaises ont rejeté cet accord, conférant ainsi à l’ennemi une « légitimité » à la poursuite de la guerre. Ce refus a entraîné un massacre effroyable le mercredi 8 avril 2026, marquant un tournant dans l’escalade du conflit. La guerre s’est poursuivie pendant neuf jours, semant la destruction à grande échelle et touchant la capitale et d’autres régions.
Négociations directes à Washington et souveraineté compromise
Le 14 avril 2026, la présidence libanaise a accepté d’envoyer une délégation à Washington pour mener des négociations directes avec une délégation israélienne.
Cette décision constituait en elle-même une concession historique, car elle a été prise sous la pression de bombardements intenses et sans condition préalable de cessez-le-feu, sous l’égide du secrétaire d’État américain Marco Rubio.
Plus dangereux encore a été le fait d’accepter de siéger à la table des négociations malgré la déclaration antérieure de l’ennemi selon laquelle la question d’un cessez-le-feu ne serait pas abordée lors de la première session. De ce fait, la délégation libanaise s’est transformé en une partie exigeant la capitulation plutôt que de négocier ses droits souverains.
Négociations et concessions
Ces négociations sont marquées par une série de concessions.
L’une d’entre elles est l’acquiescement de la demande de contact direct avec Netanyahu. Cette démarche a brisé les interdits diplomatiques libanais établis. Mais elle a été formellement annulée sous la pression des contestations locales.
S’ajoute l’abstention de toute déclaration officielle clarifiant le déroulement de la réunion du 14 avril, laissant ainsi le champ libre à la version adverse qui présentait la réunion comme une victoire pour sa vision sécuritaire.
Une autre concession a été le silence concernant le « document américain » publié le 24 avril, qui comprenait des clauses légitimant le droit de l’occupant à la « légitime défense » sur le territoire libanais, ce qui revient concrètement à accorder à Israël le droit d’une intervention militaire permanente au Liban.
L’affaire Amal Khalil : effondrement moral et de la souveraineté
Le martyre tragique de la journaliste Amal Khalil, survenu le 22 avril 2026 dans le village d’Al-Tairi, illustre de façon flagrante le renoncement à la dignité du citoyen et a son protection face à l’arrogance de l’occupation. Cet incident a révélé que les concessions n’étaient pas de simples manœuvres politiques, mais des décisions ayant entraîné des pertes de vies humaines.
Amal Khalil, journaliste déjà menacée par l’occupation et dont la maison avait été détruite en 2024, couvrait la destruction de villages du sud lorsqu’elle a été prise pour cible par des avions de combat israéliens dans la maison où elle s’était réfugiée.
S’en est suivi un siège délibéré : l’armée d’occupation a empêché les équipes de la Croix-Rouge et les ambulances de l’armée libanaise d’atteindre la journaliste blessée, qui a continué à saigner pendant des heures. Amal a contacté l’armée libanaise et la presse pour obtenir de l’aide, mais les plus hautes instances politiques, cédant aux menaces de l’occupation, ont interdit à quiconque d’approcher du site.
Cette capitulation officielle du Liban a conduit à ce qu’Amal soit prise pour cible à coups de grenades assourdissantes et de balles, agonisant sous les décombres jusqu’à son dernier souffle, tandis que la Croix-Rouge était visée par des tirs pour empêcher sa progression.
L’acceptation du deuxième cycle de négociations à Washington dès le lendemain (23 avril), sans que soit évoquée la question du meurtre d’une journaliste libanaise et de l’entrave à son sauvetage, témoigne de l’ampleur du désengagement de la responsabilité nationale envers les citoyens libanais.
Silence diplomatique et consécration du « droit à la destruction »
Alors que des villages situés en première ligne subissaient des destructions systématiques pendant sept jours consécutifs, la délégation libanaise à Washington gardait le silence, se contentant d’une demande tardive de l’ambassade du Liban visant à inscrire la question à l’ordre du jour des négociations.
Ce comportement a attesté aux parties israélienne et américaine que les autorités libanaises étaient prêtes à négocier, quel qu’en soit le coût sur le terrain. Cela incita le Département d’État américain à publier un document garantissant le droit de l’occupation à poursuivre ses attaques sous prétexte de « recherche des armes ».
Traduit du centre UFeed
