vendredi, 01/05/2026   
   Beyrouth 15:24

Attaque contre une religieuse à Jérusalem. « Les signes du christianisme visés » et les chrétiens taxés de « vampires suceurs de sang » par certains rabbins.

La récente agression antichrétienne perpétrée dans la ville sainte d’al-Qods, quelques jours après celle contre les terres du Patriarcat latin en Cisjordanie occupée et une semaine après celle du sud du Liban pose des questions sur les raisons de cet acharnement.

La plus récente contre une religieuse le 29 avril, près du lieu-dit du tombeau de David, sur le mont Sion dont la médiatisation d’origine inconnue a été possible sur les réseaux sociaux, confirme une tendance qui devient plus imposante, plus violente et plus ostensible.

 Marchant seule, dans une rue presque vide, la sœur qui est chercheuse à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (Ebaf), a été attaquée de dos. L’auteur de l’attaque est parti puis est revenu pour la rouer de coups de pieds devant les quelques passants qui sont apparus. Certains étaient indifférents. Il est âgé de 36 ans. Sachant que généralement ce genre d’agressions sont perpétrées par des mineurs qui peuvent échapper à la justice.

Une source diplomatique européenne assure que l’agression « s’inscrit dans un contexte d’actes antichrétiens devenu courant, avec des insultes, des crachats de la part d’extrémistes visant des religieux en habit au quotidien ».

La Faculté de lettres et sciences humaines de l’Université hébraïque de Jérusalem a elle aussi confirmé que ce n’est pas « un incident isolé [mais] fait partie d’une tendance préoccupante d’hostilité croissante contre la communauté chrétienne et ses symboles ».

La même violence acharnée a été perçue le 20 avril dans l’attaque contre la tête de la statue du Christ dans le village maronite sud-libanais de Debel par un militaire israélien tandis que son camarade le photographiait par souci de médiatisation. Ils ont été condamnés à un mois de prison ferme et interdits de participer aux combats. Les médias libanais ont rapporté que c’est le contingent italien de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) qui a offert la nouvelle statue et non pas l’armée d’occupation qui a argué sur X avoir remplacé la statue endommagée.

En juillet 2025, la ville chrétienne de Taybeh en Cisjordanie occupée a fait l’objet d’un harcèlement constant, par des colons israéliens qui s’adonnent notamment à des intrusions, la destruction de terres, des tirs d’intimidation et l’incendie de lieux de culte, comme l’église byzantine Saint-George. Les Patriarches et chefs des églises de Jérusalem ont mis en garde contre « le climat d’impunité qui règne actuellement ».

La situation des chrétiens en Palestine occupée, particulièrement à Jérusalem et en Cisjordanie, est marquée par une augmentation préoccupante des actes de violence, de harcèlement et de vandalisme, principalement perpétrés par des éléments extrémistes israéliens.

Plus de 111 actes anti-chrétiens ont été recensés à Jérusalem en 2024, soit environ un tous les 3,3 jours, selon les Églises locales.

Les incidents incluent des crachats contre des prêtres et des pèlerins, des graffitis haineux, des profanations de cimetières et d’églises, ainsi que des attaques physiques.

Selon le site Terre Sainte, plus que les chrétiens, ce sont les signes visibles du christianisme qui sont visés : croix, statues, monastères, habits religieux…

En tant que minorité, ils sont les premiers à subir les conséquences des contractions géopolitiques », analyse le père David Neuhaus, jésuite fin connaisseur des dynamiques inter-religieuse de Terre Sainte.

Mais le site L’Osservatore Romano de la cité du Vatican accuse une menace constante pour les chrétiens de la part d’éléments extrémistes, en particulier du judaïsme ultraorthodoxe. Ce qui illustre une vision idéologique doctrinale.

« La Terre de Jésus, en particulier, où notre foi est née, a une raison supplémentaire de craindre ce phénomène et d’essayer de l’arrêter. L’absence d’une présence chrétienne risquerait de réduire les lieux de prédication et de passion de Notre Seigneur à de simples sites archéologiques ou touristiques », a averti le site.

Ni l’intervention de la police israélienne ni les déclarations de certains rabbins qui ont dénoncé des actes « contraires à la religion juive » n’ont contribué à éradiquer ce phénomène.

Selon le site de l’association belgo-palestinienne, d’autres rabbins encouragent ces actes.

Le rabbin Benzion Gopstein, membre du parti de Ben-Gvir, kahaniste de la colonie extrémiste de Kyriat Arba, traite les chrétiens de « vampires suceurs de sang », déclare que Noël n’a pas sa place en Terre sainte, prône l’expulsion des chrétiens d’Israël et l’incendie des églises.

Dans leur livre, la Thora des rois, les rabbins Elitzur et Yitzhak Shapira de la colonie de Yitzhar, près de Naplouse, affirment notamment que « partout où l’influence de goys (les non-juifs) constitue une menace pour la vie d’Israël, il est permis de les tuer, même s’il s’agit de Justes parmi les nations ». Ceci implique aussi bien les chrétiens que les musulmans.

Depuis 2005, précise le site, les célébrations chrétiennes de la Semaine sainte ont donné lieu à des barrages militaires et à une violence exercée conjointement par les policiers et les colons. Le nombre de fidèles autorisés à pénétrer dans l’église du Saint-Sépulcre a été drastiquement limité, passant de 11.000 historiquement pendant la cérémonie du Feu sacré à 1.800 depuis 2016, les autorités invoquant des « raisons de sécurité ». Cette année, outre cette limitation, outre les violences policières vis-à-vis des fidèles et même des prêtres (des vidéos probantes circulent sur le Net), des dizaines d’extrémistes juifs s’en sont pris aux croyants étrangers, hurlant : « Jérusalem est à nous. Partez d’ici ! ». Le maire de Jérusalem, Arié King, a ouvertement déclaré avoir recruté des dizaines de juifs pour lutter contre les missionnaires chrétiens.

Ces attaques ont été exacerbées par la composante d’extrême-droite religieuse du gouvernement en place depuis 2022.    

Source : Divers