dimanche, 18/01/2026   
   Beirut 14:51

Les invités au « Conseil de paix » de Trump pour Gaza. Un m$ de chacun. Remplacera-t-il le CS de l’ONU ? « Retour à l‘ère des mandats »

Le président américain Donald Trump a commencé à former son « Conseil de paix pour Gaza », plusieurs dirigeants étrangers ayant indiqué samedi avoir reçu une invitation à le rejoindre.

La Maison Blanche avait précisé que selon le plan pour mettre fin à la guerre soutenue par Washington, un « Conseil de paix » présidé par Donald Trump serait formé.

Une contribution d’un milliard de $

Selon l’agence Bloomberg News, le président américain exige des pays souhaitant devenir membres permanents du Conseil de paix qu’ils contribuent à hauteur d’au moins un milliard de dollars dès la première année suivant la signature de l’accord d’adhésion.

Selon le projet de charte du Conseil, consulté par Bloomberg, l’adhésion est accordée pour une durée maximale de trois ans, sous réserve de l’approbation du président américain. Toutefois, cette limite de temps est levée pour les membres qui versent plus d’un milliard de dollars en numéraire au cours de la première année d’application de la charte.

Si les modalités financières d’adhésion sont claires, les pouvoirs et la vision politique du Conseil restent flous. Les décisions seront prises à la majorité simple, chaque État membre présent disposant d’une voix, mais que toutes les décisions seront soumises à l’approbation présidentielle, rapporte Bloomberg.

Trois entités

En plus du Conseil de paix, deux autres entités qui lui sont liées ont été créées : un comité palestinien technocratique destiné à administrer temporairement la bande de Gaza et un « executive board » qui semble destiné à jouer un rôle davantage consultatif.

De premiers noms ont été dévoilés par la présidence américaine et d’autres responsables ont annoncé samedi avoir reçu des invitations. Voici un point sur ce que l’on sait.

Conseil de paix

Le « Conseil de paix », présidé par Donald Trump, se penchera sur des questions telles que « le renforcement des capacités de gouvernance, les relations régionales, la reconstruction, l’attraction des investissements, le financement à grande échelle et la mobilisation des capitaux » pour la reconstruction de la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre, a précisé la Maison Blanche.

Voici les personnes dont on sait qu’elles prendront part à cet organe :

– Le président américain Donald Trump

– Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio

– L’émissaire spécial de Donald Trump Steve Witkoff

– Le gendre de Donald Trump et médiateur officieux Jared Kushner

– L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair

– Le milliardaire américain Marc Rowan

– Le président de la Banque mondiale Ajay Banga

– Robert Gabriel, un conseiller de Donald Trump

Le comité palestinien de gouvernance, organe technocratique opérant sous la supervision du premier conseil, vise à « superviser la restauration des services publics essentiels, la reconstruction des institutions civiles et la stabilisation de la vie quotidienne à Gaza », a détaillé la Maison Blanche.

Il est composé de 15 personnalités palestiniennes et est présidé par Ali Shaath, ancien vice-ministre palestinien.

L' »executive board », troisième entité, doit « contribuer à soutenir une gouvernance efficace et la fourniture de services de pointe qui favorisent la paix, la stabilité et la prospérité pour la population de Gaza », selon Washington.

Voici les premiers noms connus :

– L’émissaire spécial de Donald Trump Steve Witkoff

– Le gendre de Donald Trump et médiateur officieux Jared Kushner

– L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair

– Le milliardaire américain Marc Rowan : un milliardaire juif patron du fonds d’investissement Apollo Global Management

– Le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, ancien envoyé des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient

– L’émissaire de l’ONU pour le Proche-Orient Sigrid Kaag

– Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan

– Le diplomate qatari Ali Al-Thawadi

– Le chef des services de renseignement égyptien, Hassan Rashad

– Le milliardaire israélien Yakir Gabay

– La ministre d’État émiratie à la Coopération internationale, Reem Al-Hashimy

Dirigeants étrangers

Plusieurs dirigeants étrangers ou conseillers de ces derniers ont indiqué samedi avoir reçu une invitation de la part de l’administration Trump, sans pour autant nécessairement dire s’ils comptaient l’accepter ou non.

Voici une liste des personnalités dont on sait qu’elles ont reçu une telle invitation:

– Le Premier ministre de l’Albanie Edi Rama

– Le président argentin Javier Milei

– Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

– Le Premier ministre canadien Mark Carney

– Le président chypriote Nikos Christodoulides

– Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi

– Le président turc Recep Tayyip Erdogan

« L’ère des mandats »

Le mouvement de résistance palestinien Jihad islamique a accueilli froidement ces annonces. « Nous avons été surpris par la composition du prétendu ‘Conseil de paix’ et par les noms annoncés, choisis selon des critères israéliens et servant les intérêts (d’Israël, NDLR), ce qui témoigne clairement d’intentions négatives préméditées quant à la mise en œuvre de l’accord » de cessez-le-feu, indique un communiqué du mouvement.

Le Hamas n’avait pas encore réagi samedi soir aux annonces de M. Trump. Un de ses dirigeants, Osama Hamdane, avait qualifié le principe du Conseil de paix de retour « à l’ère des mandats et du colonialisme ».

M. Trump a annoncé mercredi le passage à la deuxième phase de son plan alors qu’Israël poursuit ses attaques qui ont causé depuis le cessez-le-feu plus de 400 martyrs.

La deuxième étape du plan Trump prévoit notamment le désarmement du Hamas et le retrait progressif des troupes israéliennes de la bande de Gaza ainsi que le déploiement d’une force multinationale censée sécuriser Gaza et former des unités de police palestiniennes.

Position israélienne

Sans remettre en cause l’ensemble de l’architecture du Conseil de paix annoncé vendredi par le président américain, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’en est pris au choix des membres d’une de ses subdivisions : le comité exécutif de Gaza, mais n’a pas précisé les nominations en cause.

Selon la Maison Blanche, cet organe aura pour mission d’assister le comité technocratique palestinien de 15 membres devant assurer l’administration provisoire du territoire et qui a commencé ses travaux jeudi au Caire.

Mais « l’annonce de (sa) composition (…) n’a pas été coordonnée avec Israël et va à l’encontre de sa politique », indique un communiqué du bureau de M. Netanyahu à propos de cette instance à laquelle ont été nommés le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan et un représentant du Qatar.

Or les relations entre Israël d’un côté et Ankara et Doha de l’autre, se sont fortement dégradées avec la guerre génocidaire contre Gaza.

Netanyahu invité

Selon le quotidien israélien Yediot Ahronoth, Donald Trump a invité le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ou son représentant, à rejoindre le « Conseil de paix ».

Ce dernier est perçu comme un organe parallèle ou alternatif au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Remplacer le Conseil de sécurité de l’ONU ?

Dans ce contexte, le New York Times a fait état des interrogations soulevées par les critiques quant à la possibilité que Donald Trump cherche en réalité à établir un cadre parallèle au Conseil de sécurité des Nations Unies, dominé par les États-Unis, par lequel il redéfinirait le règlement des conflits en dehors du système onusien.

Selon certaines sources, des pays comme l’Argentine, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Australie, Bahreïn, l’Égypte et la Turquie ont confirmé avoir reçu l’invitation, mais n’ont pas encore annoncé leur décision finale. Donald Trump aurait déclaré que ce conseil « sera le plus grand et le plus prestigieux au monde ».

Vers d’autres conflits

Dans une interview accordée à Reuters avant l’annonce officielle, Trump a déclaré que le « Conseil de paix » débuterait ses travaux à Gaza, avant d’étendre son champ d’action à d’autres conflits « au fur et à mesure de leur apparition ».

Interrogé sur les objectifs du Conseil, il a simplement affirmé qu’il visait à traiter les cas de pays « en guerre les uns contre les autres », sans préciser les mécanismes ni les critères d’intervention.

À l’inverse, des experts et des militants des droits humains ont averti que la supervision directe par Trump d’un Conseil chargé de gérer des territoires situés hors des États-Unis rappelait des pratiques de l’époque coloniale.

Un diplomate connaissant le contenu des messages américains adressés aux dirigeants mondiaux a dressé un tableau saisissant de cette initiative, la qualifiant de « Organisation des Nations Unies propre à Trump », un Conseil qui bafoue les principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies.

Avant ces déclarations, le Financial Times avait rapporté que l’administration Trump avait envisagé d’étendre le mandat du Conseil de paix à l’Ukraine et au Venezuela, suscitant des inquiétudes parmi les diplomates occidentaux et arabes quant à l’octroi de pouvoirs au-delà de Gaza.

Alors qu’une source bien informée au sein de l’administration décrivait le conseil comme une « alternative potentielle aux Nations Unies » pour la gestion des conflits plus vastes, une autre source américaine a rapidement démenti cette information, confirmant au journal que le rôle du conseil resterait limité à Gaza « et ne s’étendrait pas au-delà ».

Source : Divers