Le terme « conspiration » est sans doute le plus proche pour décrire l’action du pouvoir libanais. Une conspiration qui multiplie les provocations délibérées, poussant inévitablement vers l’explosion. Elle est, par essence, le reflet de l’adoption d’un récit américano-israélien prétendant la victoire et réduisant ce qu’il reste du Hezbollah à quelques capacités qu’Israël se chargerait d’anéantir. Ce qui se passe aujourd’hui est sans précédent et l’objectif est clair : renverser tous les équilibres internes et placer entièrement le pays sous la coupe des États-Unis, en vue de changer son identité politique.
L’ampleur de la coordination entre le Liban officiel et l’entité ennemie via Washington n’est plus un secret, s’inscrivant dans un mécanisme d’ententes sur la gestion de l’étape actuelle.
Dans ce cadre, la pression militaire israélienne est utilisée parallèlement à la pression politique interne dans une seule direction.
Rien d’autre ne saurait expliquer le comportement de ce pouvoir face au massacre commis par l’ennemi à Beyrouth et dans de vastes régions le mercredi 8 avril, où cent raids ont été menés en dix minutes, faisant plus de 300 martyrs et environ 1150 blessés, dans l’un des épisodes les plus sanglants et terrifiants de cette guerre.
Au lieu de s’insurger pour défendre la dignité et le sang de ses citoyens, l’autorité de tutelle s’est empressée de faire ce qu’elle maîtrise et ce dont elle a été chargée : elle a commis, par une démarche immonde, le crime de couvrir le massacre du « Mercredi noir » en adoptant la version de l’ennemi prétendant avoir visé des « centres du Hezbollah ».
Tout en décidant d’envoyer une plainte au Conseil de sécurité impuissant, elle a concrètement aidé l’ennemi à réaliser ce qu’il n’a pu obtenir par la force militaire, via une décision malveillante considérant la capitale comme une entité séparée du reste du pays et y imposant des mesures exceptionnelles dont le seul but est de s’en prendre aux résistants, sous le prétexte usé de « l’extension de l’autorité de l’État ».
Cette démarche du pouvoir s’inscrit dans une trajectoire amorcée dès le premier jour de la guerre, lorsque ses piliers pariaient sur une fin rapide de la confrontation entre ‘Israël’ et l’Iran, suivie de l’élimination du Hezbollah en quelques jours, pour entamer des négociations de capitulation caractérisée avec l’ennemi.
Constatant l’échec de ce pari et la résilience de l’Iran et de la Résistance, les Américains et ‘Israël’ ont eu recours à une nouvelle ruse : refuser d’inclure le Liban dans la décision de cessez-le-feu.
‘Israël’ s’est alors empressé de se désengager de l’entente, sous couverture américaine, suivi d’une escalade massive marquée par des massacres et des bombardements violents touchant diverses régions libanaises.
Ce fut ensuite au tour du pouvoir de rejoindre l’ennemi, en déclarant son refus que quiconque négocie au nom du Liban, se précipitant vers l’option de négociations directes avec l’ennemi sous parrainage américain et sur le sol américain, en échange de promesses d’allègement des frappes sur la capitale, tout en maintenant le siège de feu sur toutes les zones liées à l’environnement de la Résistance, parallèlement aux tentatives de progression terrestre au Sud.
Au lieu d’investir dans les éléments de force issus de la résilience de l’Iran et de la Résistance, le pouvoir a décidé de se placer de l’autre côté de la table, déclarant par la voix du président de la République Joseph Aoun et du chef du gouvernement Nawaf Salam que le Liban n’est concerné par aucune entente et qu’il négocie pour lui-même, garantissant ainsi à ‘Israël’ de traiter « de sa propre main » le dossier du Hezbollah et de ses armes comme un sujet non négociable.
Cette performance scandaleuse a atteint un tel degré qu’elle a suscité un large mécontentement dans plusieurs capitales.
Des responsables égyptiens ont exprimé leur « stupéfaction » face à la légèreté des dirigeants libanais, tandis que des pays européens se sont étonnés de la position du gouvernement, soulignant la nécessité d’inclure le Liban dans tout cessez-le-feu.
Dans ce contexte, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a martelé que « le Liban ne doit pas être le bouc émissaire d’un gouvernement agacé par la conclusion d’un accord entre les États-Unis et l’Iran ».
Le paradoxe le plus frappant réside dans l’absence de tout communiqué du ministère libanais des Affaires étrangères condamnant les agressions ou appelant à une action internationale urgente ; il n’a même pas sollicité de session spéciale du Conseil de sécurité, comme s’il n’était pas concerné.
Alors que les capitales arabes et occidentales multipliaient les condamnations, le ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi informait les diplomates libanais que les négociations en cours à Islamabad ne concernaient pas le Liban.
Cette dérive conspiratrice a atteint un sommet dangereux lorsque le pouvoir a offert un cadeau supplémentaire à l’occupation, dont les dirigeants n’ont pas caché leur joie face à l’initiative visant à déclarer « Beyrouth zone démilitarisée ».
Cette décision a été approuvée par le gouvernement lors d’une séance présidée par Aoun, durant laquelle Salam a affiché son alignement total contre la Résistance et la capitale.
Il est allé plus loin que ce qu’Avichay Adraee ou le gouvernement ennemi n’oseraient assumer, prétendant que « tous les quartiers et immeubles bombardés à Beyrouth contenaient soit des dépôts d’armes du Hezbollah, soit des combattants ».
Pour plus de précision, Salam a donné l’exemple d’un centre voisin de la maison de son grand-père qui servirait, selon ses dires, de ligne d’approvisionnement pour les combattants du Parti !
C’est ainsi, avec froideur et sous un silence suspect de la majorité des présents, que Salam a justifié le meurtre par l’ennemi de citoyens désarmés, d’enfants et de familles entières.
Il a insisté sur une décision gouvernementale demandant le renforcement de la sécurité dans la capitale, chargeant l’armée et les forces de sécurité d’étendre leur contrôle sur le gouvernorat de Beyrouth, d’y limiter le port d’armes aux forces légitimes et de prendre des mesures contre les personnes recherchées.
Cela s’est accompagné d’incidents notables, dont l’arrestation sans motif d’un membre de la Résistance à Beyrouth par un service de sécurité lié aux FSI ; la surprise fut, lors de l’interrogatoire, la question posée par un individu « cagoulé » sur les mouvements des résistants durant cette guerre.
Des sources ministérielles rapportent que les propos de Salam ont indigné le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, qui a rappelé l’ampleur des pertes humaines et des massacres ciblant des civils et des centres de secours ne contenant assurément aucune arme, soulignant que de telles décisions « justifient le génocide ».
Aoun et Salam n’étaient pas seuls sur le chemin de la sédition. Le ministre Kataëb, Adel Nassar, a informé le gouvernement qu’il préparait une plainte contre l’Iran concernant la création d’une cellule armée par les Gardiens de la révolution au Liban.
De leur côté, les ministres des « Forces Libanaises » ont présenté un mémorandum juridique visant à établir les responsabilités découlant d’actes ayant entraîné le Liban dans des conflits armés sans fondement constitutionnel, exigeant le désarmement immédiat et l’engagement de poursuites contre le Hezbollah en tant qu’organisation militaire et politique, tout en répétant que l’État n’était pas responsable de la reconstruction.
Quelques heures après la décision du gouvernement, un autre volet du scandale a éclaté : il s’est avéré que le président de la République avait informé l’ambassadeur américain à Beyrouth, Michel Issa, de sa décision de nommer une délégation restreinte pour des négociations directes avec des délégués de l’entité d’occupation.
Pour sceller cette coordination, le Premier ministre ennemi Benjamin Netanyahu a salué la décision du gouvernement libanais, révélant que « des négociations directes allaient débuter entre Liban et Israël ».
Des sources indiquent que l’initiative de Aoun et Salam répond à des demandes américano-européennes urgentes après les raids du 8 avril, sous prétexte d’aider les « médiateurs » à convaincre l’ennemi d’épargner la capitale.
Cependant, un diplomate étranger à Beyrouth a affirmé que l’initiative venait de Aoun et Salam eux-mêmes, et non de l’extérieur.
Les deux responsables avaient déjà discuté au début de la guerre du projet de déclarer le « Grand Beyrouth » zone démilitarisée, prévoyant une vaste opération de sécurité menée par l’armée et les FSI, incluant la banlieue sud jusqu’à Khaldeh, avec des barrages et des contrôles d’identité.
Cette proposition avait initialement suscité les réserves des forces de sécurité, craignant une confrontation directe entre l’armée et le Hezbollah, d’autant que les promoteurs de ce plan réclamaient des perquisitions dans les centres d’accueil des déplacés et des restrictions de mouvement pour ces derniers.
Selon les informations d’Al-Akhbar, Nabih Berri et la direction du Hezbollah ont informé les autorités militaires qu’ils ne s’opposaient à aucune mesure visant à prévenir les frictions, mais ont mis en garde contre toute atteinte à la vie privée des déplacés ou toute tentative de perquisitionner des centres partisans ou sanitaires sous prétexte de chercher des armes.
Quant aux négociations, Aoun et Salam ne se contentent pas de justifier l’agression, ils agissent pour entraver toute tentative de cessez-le-feu qui ne servirait pas leurs objectifs politiques étroits, exigeant que tout accord soit conditionné à une négociation directe avec le gouvernement libanais pour imposer le désarmement total.
Les négociations pourraient débuter la semaine prochaine à Washington. L’ambassadeur américain Michel Issa fera office d’intermédiaire entre l’ambassadeur israélien et l’ambassadrice libanaise Nada Moawad lors d’une première rencontre préparatoire. La délégation libanaise sera dirigée par l’ambassadeur Simon Karam, rejoint par Paul Salem.
Source : Traduit à partir d'AlAkhbar
