vendredi, 10/04/2026   
   Beyrouth 06:03

Netanyahu ordonne « des négociations directes » avec le Liban. Hezbollah refuse et pose ses conditions. Le Liban est inclus dans le cessez-le-feu, réaffirme Islamabad

Le Premier ministre israélien a annoncé jeudi avoir ordonné à son cabinet d’engager des « négociations directes » avec le Liban, au lendemain de frappes meurtrières dans toutes les régions libanaises qui ont coûté la vie à plus de 303 martyrs et blessé plus de 1000 personnes.

Selon lui, ces négociations porteront sur « le désarmement du Hezbollah et la normalisation des relations entre Israël et le Liban ».

« Nous saluons l’appel au désarmement lancé aujourd’hui à Beyrouth par le Premier ministre libanais », a-t-il aussi souligné.

Le président libanais avait proposé de telles négociations une semaine après que la reprise des hostilités le 2 mars.

Un haut responsable libanais a affirmé pour Reuters que le Liban appelle à un cessez-le-feu temporaire pour permettre des négociations avec Israël. « Nous demandons à Washington de se porter garant de tout accord avec Israël », a-t-il réclamé.

Netanyahu a également souligné que les opérations contre le Hezbollah se poursuivraient « avec toute leur force » et qu’« Israël ne s’arrêtera pas tant que la sécurité ne sera pas rétablie pour les habitants du nord ».

Selon lui « les succès d’Israël contre l’Iran ont modifié l’équilibre des pouvoirs dans la région », soulignant l’amélioration des relations de son gouvernement avec des pays qui n’en faisaient pas partie auparavant.

Il a affirmé qu’« Israël est plus fort que jamais, tandis que l’Iran est plus faible que jamais », soulignant que ce qu’il a qualifié de « grandes réussites » contre l’Iran et « l’axe du mal » a contribué à un changement historique dans la position d’Israël dans la région.

« L’Iran contrôle le Golfe »

Dans les médias, cet avis est loin d’être partagé. Alon Ben David, l’analyste militaire de la chaine 13 a déclaré :

« Il dit que l’Iran est plus faible que jamais et que nous l’avons ramené plusieurs années en arrière. La vérité est que l’Iran est sorti de cette guerre renforcé. L’Iran en est sorti comme une puissance régionale ».

Et de poursuivre : « L’Iran affiche sa puissance à l’Arabie saoudite, aux Emirats, au Qatar et au Koweït. Ils devraient tous lui verser une taxe pour exporter leur pétrole. C’est l’Iran qui contrôle aujourd’hui le Golfe. Il n’était pas ainsi avant le 27 février…. C’est nous qui l’avons poussé vers l’avant ».

Le guide suprême de la République islamique a déclaré jeudi dans un communiqué que son pays « va franchir une nouvelle étape dans la gestion du détroit d’Ormuz ».

Ces derniers jours, les dirigeants iraniens ont assuré à plusieurs reprises qu’ils imposeront un payage à tout navire voulant emprunter cette voie maritime névralgique par laquelle transite 20% du pétrole mondial.

« Son pouvoir est plus fort qu’avant le 27 février, il a été résilient, les fonds qu’il va obtenir en raison du cessez-le-feu lui permettront de réparer tout ce que nous avons détruit », a fait remarquer Ben David.

Les conditions du Hezbollah

La déclaration de Netanyahu sur des « négociations directes » est intervenue après un appel à la retenue au Liban de la part du président américain Donald Trump, et de nombreuses demandes de la part de dirigeants occidentaux d’étendre le cessez-le-feu au Liban.  

De son côté le Hezbollah par la voix du député Ali Fayyad a rejeté toute négociation directe entre le Liban et Israël, appelant au « retrait israélien » du sud du pays.

« Nous appelons le gouvernement libanais à faire respecter le cessez-le-feu comme condition préalable à toute démarche ultérieure », a-t-il affirmé.

Et d’ajouter les autres conditions :  « la nécessité de défendre les principes nationaux, notamment le retrait israélien, la cessation des hostilités et le retour des habitants dans leurs villages et villes. »

Entré dans sa deuxième journée, le cessez-le-feu qui a apporté une certaine accalmie, semble compromis en raison du refus israélien d’y inclure le Liban comme convenu.

« Le temps presse »

Le Pakistan, médiateur dans le conflit au Moyen-Orient, et qui doit accueillir à partir de vendredi des négociations entre Iraniens et Américains avait assuré en annonçant le cessez-le-feu que celui-ci s’appliquait « partout, y compris au Liban », ce que confirment aussi les dirigeants iraniens mais démentent Israël et Washington. Il a dénoncé jeudi l' »agression » israélienne sur le Liban.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam l’avait contacté pour lui demander de confirmer que le Liban est inclus dans le cessez-le-feu.

Depuis mercredi, les dirigeants iraniens répètent ouvertement que le cessez-le-feu ne passera pas sans le Liban.

« Le Liban et l’ensemble de l’Axe de la Résistance, en tant qu’alliés de l’Iran, font partie intégrante du cessez-le-feu », a tweeté le chef du parlement iranien Mohamad Baqer Qalibaf avant de se rendre à Islamabad. « Toute violation du cessez-le-feu entraînera des conséquences claires et des réponses fermes. Cessez le feu immédiatement », a-t-il insisté. Et de conclure : « Le temps presse ».

Jeudi soir, Qalibaf et le ministre des AE Abbas Araghchi sont arrivés dans la capitale pakistanaise. Leur avion avait été escorté par des avions militaires pakistanais.

« Israël, le mal incarné »

Pour sa part, le ministre pakistanais de la Défense a violemment fustigé Israël qui est selon lui « le mal incarné et une malédiction pour l’humanité ». « Alors que des préparatifs étaient en cours pour des pourparlers de paix à Islamabad, ce pays a commis un génocide au Liban », a déclaré Khawaja Asif.

« Des civils innocents sont tués par Israël, d’abord à Gaza, puis en Iran et au Liban, et le bain de sang se poursuit sans relâche », a-t-il déploré. Avant d’assurer : « Je prie Dieu de punir sévèrement ceux qui ont établi cet État maléfique sur la terre bien-aimée de Palestine. »

Extension des frontières

Lors de l’inauguration d’une nouvelle colonie en Cisjordanie occupée, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich a réaffirmé qu’Israël étendra ses frontières à Gaza, au Liban et en Syrie.

« Il y aura une brèche à Gaza, une autre brèche au Liban jusqu’au fleuve Litani, établissant ainsi une frontière défendable, et une troisième brèche en Syrie jusqu’au sommet du mont Hermon et au moins à la zone tampon », a-t-il souligné.

Source : Divers