vendredi, 27/03/2026   
   Beyrouth 11:44

L’expulsion de l’ambassadeur d’Iran : un modèle de la « neutralité » prônée par le pouvoir au Liban| Raad : L’arbitraire est la recette idéale pour évincer Taëf

La diversité est un trait distinctif de la structure de la société libanaise. L’Imam Moussa al-Sadr la considérait jadis comme une richesse nationale, en raison de l’interaction des origines, des cultures, des éthiques, des arts et des savoirs qu’elle implique.

Les Libanais excellent dans la compétition pour exprimer les sentiments qu’ils nourrissent les uns envers les autres, avec une franchise qui varie selon les générations, les régions ou les confessions.

Cette variation dépend du niveau de confiance en soi, du sentiment de liberté ou de la conviction que la vie commune exige de la clarté, tant en période de calme qu’en temps de crise.

 Plus crucial encore est le degré de conviction interne quant à l’attachement des composantes libanaises à la vie commune, au destin commun et à la souveraineté d’une loi unique, basée sur les principes de l’Entente nationale qui fondent la Constitution.

À chaque étape historique, les Libanais reviennent sur leur passé pour constater que les conclusions de leurs consensus antérieurs n’ont pas été traduites en actes durant les périodes de stabilité.

Ils se divisent à nouveau selon des rhétoriques innovantes, adaptées aux intérêts de ceux qui tirent profit de l’ingérence dans les affaires intérieures libanaises et aux exigences des conflits internes et externes.

S’il est vrai que l’on note parfois une hausse de la compréhension mutuelle, il est aussi vrai que les rapports de force dictent la forme des compromis à chaque étape.

Plus grave encore : ceux qui dirigent le Liban négligent peu à peu la discipline stricte des accords conclus, par complaisance, par erreur d’appréciation ou par un penchant pour l’interprétation arbitraire et capricieuse.

L’examen des slogans brandis lors de chaque crise révèle leur similitude de fond.

L’indépendance, par exemple, ne revêt pas le même sens pour tous, dépendant du parrainage dont bénéficie chaque camp de la part d’un État ou d’un axe international.

Avec la multiplicité de ces tutelles, l’instinct d’indépendance nationale s’efface au profit d’un particularisme identitaire ou confessionnel. L’intérêt national devient alors un invité saisonnier, sacrifié au profit des intérêts du parti ou de la secte.

L’Accord de Taëf est une formule avancée pour traiter le dilemme libanais. Il a laissé une « lucarne flexible » en consacrant un paragraphe à la libération du Liban de l’occupation par tous les moyens disponibles.

Cependant, le péché du pouvoir a été de sous-estimer l’importance de cette ouverture et de chercher à l’annuler en pleine agression sioniste.

Cette réalité est encore plus flagrante concernant l’identité arabe : les épées de l’appartenance confessionnelle sont vite dégainées pour réduire l’ancrage arabe à un giron essentiellement musulman.

Son acceptation au Liban nécessite alors des complaisances de forme pour que les non-musulmans acceptent un alignement arabe de façade, jouant le rôle d’intermédiaires pour des intérêts avec un Occident qui ne jure que par le profit privé, sans égard pour les valeurs morales ou éthiques.

Le dépassement du blocage national passe par des mécanismes constitutionnels protégeant le droit à la différence sous le plafond de la sauvegarde de la souveraineté nationale.

Le Document d’Entente Nationale (Taëf) avait tracé une formule avancée en laissant une « lucarne flexible » sur la libération du Liban par tous les moyens, pariant sur l’évolution de l’expérience de vie commune.

Or, tandis que certains pensent que l’obéissance aux diktats de l’administration américaine protège la souveraineté, d’autres y voient une trahison et une menace pour l’unité.

Le tableau s’explicite quand certains considèrent que la coexistence avec l’occupation israélienne préserve mieux la souveraineté que l’exercice du droit légitime à la résistance et le renforcement de l’unité nationale, piliers de la souveraineté et du respect du droit international.

La faute grave commise par le pouvoir libanais actuel réside dans la mauvaise appréciation de l’importance de cette « lucarne », en allant jusqu’à l’annuler en pleine agression sioniste, au moment où les Libanais ont besoin de cohésion plutôt que de répondre aux exigences de l’ennemi.

La décision gouvernementale du 5 août 2025 est un coup de poignard porté à l’Entente nationale au pire moment. La restauration nécessaire impose de revenir sur cette décision, ainsi que sur celle, plus dévastatrice encore, du 5 mars 2026 interdisant l’action de la résistance et provoquant des secousses majeures. Prétendre protéger Taëf exige de rétablir ses fondements et de cesser de démolir l’édifice de l’Entente nationale.

En terminant ces lignes, la nouvelle de la décision du ministre des Affaires étrangères concernant l’ambassadeur d’Iran m’est parvenue… Je me suis dit qu’il s’agissait là d’une énième traduction libanaise du concept de « neutralité » vanté par certains, au gré de l’offre et de la demande sur le marché des tutelles.

Par Mohammad Raad

Chef du bloc parlementaire Fidélité à la Résistance

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar