samedi, 07/11/2026   
   Beyrouth 06:21

Craintes et paris d’Israël après les élections américaines

Par Ali Haidar

‘Israël’ redoute que les résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis — qui ont marqué une victoire historique pour les démocrates — ne constituent le début d’un tournant dont les répercussions se feront sentir sur l’entité sioniste, son environnement régional et international, et pourraient contribuer à remodeler les relations privilégiées entre Washington et Tel-Aviv.

Avec le contrôle des deux chambres du Congrès par les démocrates, ce sont désormais ces derniers qui en fixeront l’agenda.

Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que tout résultat ou répercussion supposée sur ‘Israël’, quelles que soient sa nature, son ampleur et sa portée, reste subordonné aux divisions au sein même du Parti démocrate.

Par conséquent, Tel-Aviv parie sur la coopération des démocrates qui lui sont favorables avec les républicains pour faire obstruction aux projets de loi qui la touchent, notamment ceux liés à la colonisation, au terrorisme des colons et à la restriction des ventes d’armes.

Selon des rapports hébreux, le courant progressiste de gauche, favorable à un embargo total sur la fourniture d’armes à ‘Israël’, reste limité en taille et en influence, tandis que la frange la plus large du parti tend à subordonner ces ventes à des conditions.

Néanmoins, les estimations et réactions israéliennes traduisent la prise de conscience d’un changement d’humeur dans l’opinion publique américaine, qu’on craint de voir persister malgré la formation d’un gouvernement dirigé par Gadi Eisenkot et l’adoption par celui-ci d’un discours et d’une approche différents envers l’opinion publique occidentale, qui ne suffiraient pas à l’enrayer ou à empêcher ses répercussions sur ‘Israël’ et la région.

Concernant l’Iran, qui s’est invité au cœur de la rivalité entre les partis républicain et démocrate après que les répercussions de la guerre menée contre lui ont atteint « le seuil de chaque foyer aux USA », selon l’expression du secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranien, le général Mohsen Rezaï, les questions se multiplient en ‘Israël’ quant aux répercussions des résultats électoraux sur le cours de cette guerre.

Même si le président américain Donald Trump décidait de persister dans la voie de l’escalade au cours des soixante jours séparant la prise de fonction du nouveau Congrès, ou au-delà, la question primordiale concerne l’objectif d’une telle escalade : s’agit-il de renverser le régime ou de parvenir à un nouvel accord ?

Il semble que Trump vise le second objectif, tandis qu’Israël a les yeux fixés sur le premier, bien qu’elle soit incapable de l’atteindre indépendamment des États-Unis. Vient ensuite la question du niveau opérationnel qui sera adopté, et s’il se limitera à un nouveau cycle d’escalade incapable de modifier les équations en place, ou s’il s’élèvera au niveau d’une guerre dont l’objectif ne fait pas l’objet d’un consensus jusqu’à présent, pas plus que la stratégie de sortie politique.

Au milieu de tout cela, l’influence croissante des opposants à la guerre apparaît comme l’une des variables majeures qui pèseront sur la formulation des réponses à ces interrogations.

Cette opposition ne semble pas se limiter aux démocrates ; en effet, selon certaines estimations, des républicains prendraient leurs distances par rapport aux choix de Trump, par souci de leur propre avenir et de celui de leur parti.

L’un des premiers indices de ce tournant est apparu dans une publication du vice-président américain JD Vance (lui-même opposé à la guerre à l’origine), qui a imputé la défaite des républicains aux élections aux répercussions de la bataille contre l’Iran et au soutien américain inconditionnel accordé à ‘Israël’, aux côtés d’autres facteurs.

Une frange des démocrates avait fait des répercussions de ces politiques sur la scène intérieure américaine des thèmes électoraux majeurs, exigeant l’arrêt de la guerre, la suspension de l’aide américaine à Tel-Aviv ou son assujettissement à des conditions, allant jusqu’à demander une redéfinition des « relations spéciales » avec cette dernière ; ce qui a inévitablement pesé dans le raz-de-marée réalisé par les Bleus dans les deux chambres du Congrès.

Source : Médias