L’éclatante victoire démocrate mardi lors des élections de mi-mandat, face à un Parti républicain en déroute, livre le contrôle du Congrès à la gauche américaine, synonyme de sérieux coup de frein pour Donald Trump lors de ses deux années restantes à la Maison Blanche.
À partir de début janvier, lorsque les nouveaux élus prêteront serment, les démocrates seront en capacité de dicter l’agenda législatif, de peser sur le budget fédéral, mais aussi de lancer des enquêtes parlementaires sur le président républicain et ses proches.
Enquêtes parlementaires sur la corruption
Le chef de file démocrate à la Chambre des représentants aux États-Unis s’est engagé mardi à utiliser la majorité dont il va disposer pour poursuivre les responsables politiques coupables, selon lui, de « corruption sans précédent ».
« Nous allons demander des comptes à ceux qui ont infligé à ce pays une corruption sans précédent », a déclaré Hakeem Jeffries face à ses partisans.
« Si des personnes occupant de hautes fonctions se concentrent uniquement sur leur enrichissement personnel, celui de leur famille, de leurs amis ou de leurs donateurs, elles ne se consacrent pas à l’amélioration des conditions de vie du peuple américain », a-t-il jugé.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump, qui mêle très ouvertement les affaires de l’État et ses intérêts privés, a vu sa fortune gonfler, mais rejette les accusations de conflit d’intérêts et de corruption.
Hakeem Jeffries a salué mardi le raz-de-marée démocrate aux élections de mi-mandat qu’il a mis en parallèle avec les dépenses colossales engagées par les donateurs républicains.
« Les riches, les nantis et ceux qui ont des relations ont tenté d’acheter cette élection, mais le peuple américain a réagi avec force et a clairement fait savoir que l’Amérique n’était pas à vendre », s’est-il félicité.
« Le peuple américain s’est exprimé et a clairement fait savoir qu’il en avait assez de l’extrémisme, assez de la corruption », a-t-il déclaré.
Les enquêtes menées par des commissions parlementaires pourraient déboucher sur des assignations à comparaître et, au bout du compte, sur des procédures d' »impeachment » pouvant aboutir à une destitution. Celles-ci auraient cependant peu de chances de réussite en raison de la majorité des deux-tiers nécessaire au Sénat.
« La vie va devenir assez désagréable pour les membres les plus controversés du gouvernement de Trump, comme le ministre de la Défense Pete Hegseth, le ministre de la Sécurité intérieure Markwayne Mullin, et le secrétaire au Trésor Scott Bessent », estime Ross Baker, professeur de sciences politiques à l’université Rutgers.
Après avoir engagé contre Donald Trump deux procédures d' »impeachment » lors de son premier mandat, les chefs démocrates semblent cependant réticents à se lancer dans une troisième tentative, qui risquerait de galvaniser sa base partisane.
Détricotage du bilan de Trump
Le chef des députés démocrates avait aussi averti avant l’élection que la priorité serait donnée à la lutte contre la vie chère.
Pour cela, Hakeem Jeffries veut « se battre pour annuler les coupes à Medicaid », un programme d’assurance santé pour les Américains aux revenus modestes atrophié par une loi phare de Donald Trump en 2025.
Mettre fin au conflit avec l’Iran
Le chef démocrate dit également vouloir tout faire pour mettre fin au conflit contre l’Iran, « qui a fait exploser les prix des carburants pour les Américains », en réaffirmant le pouvoir constitutionnel du Congrès, seul habilité à déclarer la guerre.
Autre priorité : mettre un terme aux droits de douane imposés par Donald Trump sans l’aval du Congrès.
Ce programme sera lancé dès les 100 premières heures de leur majorité début janvier, avait-il assuré.
Nominations chamboulées
Particularité des États-Unis, les nominations aux portefeuilles clés du gouvernement, mais également celles des juges fédéraux, doivent être approuvées par le Sénat.
La reconquête de la majorité à la chambre haute permet donc aux démocrates de bloquer les choix de Donald Trump à ces postes cruciaux.
Une majorité qui pourrait s’avérer d’autant plus décisive si un juge à la Cour suprême venait à démissionner ou décéder. La marge de manœuvre du président républicain pour choisir un successeur serait alors largement limitée.
Limites
Malgré le basculement au Congrès, Donald Trump conserve des leviers de pouvoir conséquents.
Il pourra ainsi utiliser son veto pour bloquer tout texte adopté par les deux chambres. Ce veto ne pourra être surmonté que par un vote récoltant une majorité des deux tiers dans les deux chambres, ce que les démocrates sont loin d’avoir malgré leur victoire.
Le milliardaire républicain garde en outre de nombreuses prérogatives du pouvoir exécutif, notamment sa politique migratoire particulièrement critiquée.
Et comme il le fait depuis le début de son second mandat, le président octogénaire devrait continuer de gouverner par décrets.
Source : Avec AFP
