mercredi, 04/11/2026   
   Beyrouth 11:37

Liban: Joumblatt dans la ligne de mire des sanctions américaines ?

Dans les coulisses politiques, les rumeurs s’intensifient concernant des démarches menées par des parties libanaises auprès des cercles américains pour pousser à l’imposition de sanctions contre l’ancien ministre Walid Joumblatt. Bien qu’aucun indicateur ne confirme pour l’instant une orientation américaine en ce sens, les discussions portent sur l’accumulation de prises de position ayant placé Joumblatt en confrontation avec des acteurs libanais et américains influents.

En tête des noms qui reviennent en boucle figure l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, dont la relation avec Joumblatt a connu des phases de tensions publiques. La dernière en date remonte à la joute verbale d’août dernier autour de ce qu’on appelle « l’accord-cadre tripartite ».

Interrogé à l’époque sur la position de Joumblatt face à cet accord, Issa avait répondu que Joumblatt « un jour veut, un jour ne veut pas ». Ce dernier avait répliqué en rejetant le document, estimant que l’exigence prioritaire restait le retour à l’accord d’armistice de 1949, conformément aux accords de Taëf et à la résolution 1701.

Le différend dépasse le simple échange de formules lapidaires. Joumblatt défend une approche négociée qui refuse que l’accord se transforme en une formule outrepassant les références juridiques existantes, ou qu’il conduise le Liban à renoncer à son droit d’engager des poursuites judiciaires contre ‘Israël’ en raison de ses agressions et des crimes commis sur son territoire.

Une vision qui se heurte aux orientations des parties poussant à traiter le cadre de négociation comme une porte d’entrée vers de nouveaux arrangements, en particulier concernant l’avenir du Sud, les armes et les frontières.

Joumblatt avait déjà durci ses critiques lors d’un entretien accordé à Al Jazeera en juin dernier, évoquant des Libanais à Washington qui font passer les intérêts israéliens avant les intérêts libanais, utilisant l’expression « plus israéliens que les Israéliens ».

Par la suite, le Parti socialiste progressiste avait précisé que cette formule visait des militants libanais travaillant dans des centres de recherche américains et actifs au sein d’un lobby à Washington, et non la délégation négociatrice libanaise. Cette prise de position, par l’accusation politique directe qu’elle portait contre des réseaux de pression libanais dans la capitale américaine, a ajouté une nouvelle dimension aux tensions existantes.

Ces arguments prennent une importance accrue à la lumière des déclarations faites il y a trois semaines par le député Wael Abou Faour, affirmant qu’Israël avait fait voler en éclats et déchiré l’accord-cadre.

Selon lui, cela impose de recadrer la démarche négociatrice sur la base d’un consensus interne et de formaliser une stratégie claire — ce qui traduit la persistance des objections, au sein de l’environnement politique représenté par Joumblatt, contre le processus de négociation sous sa forme actuelle.

De même, la posture de Joumblatt sur les développements en Syrie, particulièrement les événements de Soueïda, a suscité les protestations de figures druzes libanaises et syriennes défendant des approches divergentes. Joumblatt s’est accroché à l’unité de la Syrie et a refusé de transformer la souffrance des Druzes de Soueïda en un tremplin pour des projets de partition ou d’intervention israélienne, appelant à traiter la crise dans son cadre syrien général.

Cela l’a opposé aux voix druzes qui voient dans sa démarche un abandon des options qu’elles jugent nécessaires pour protéger les Druzes de Syrie.

Dans ce contexte, les milieux politiques évoquent un élargissement du cercle des acteurs qui se mobilisent contre Joumblatt ou cherchent à altérer son image auprès de l’administration américaine. La contestation ne se limite plus à ses adversaires sur le dossier des négociations, mais s’étend désormais à des personnalités druzes disposant de relais et de contacts aux États-Unis.

En définitive, rien ne permet d’affirmer avec certitude que ces démarches aboutiront à des sanctions ou que Washington s’achemine réellement vers une telle mesure.

Cependant, la multiplication des dossiers et le chevauchement des rivalités posent une question politique fondamentale : Joumblatt subit-il des pressions en raison de ses prises de position sur des dossiers distincts, ou s’agit-il d’une tentative d’agréger ces positions dans un même cadre politique pour restreindre sa marge de manœuvre ?

Pour l’heure, les sanctions restent au stade des rumeurs, tandis que les différends entourant Joumblatt dépassent le cadre des polémiques locales pour effleurer les cercles de pression à Washington et les équilibres druzes au Liban et en Syrie. Quant à la nature des démarches en cours, aux acteurs qui les soutiennent et à leur issue potentielle, le flou reste entier.

Source : Médias