Par Fouad Bazzi
Environ 80 % des chiites au Liban s’attendent à ce que la situation des conditions de vie soit pire que l’année précédente.
Pourtant, malgré cette incertitude économique et sociale, ils ne renoncent pas au choix de la résistance armée pour libérer la terre.
Pour 62,3 % d’entre eux, la question la plus importante demeure la fin de l’occupation israélienne.
La voie la plus efficace pour libérer le territoire et garantir la sécurité et la souveraineté du Liban est la résistance armée, selon 48,4 % des sondés chiites, dont 53,5 % estiment que la décision de guerre et de paix doit revenir exclusivement à la résistance, ou découler d’un consensus entre l’État et la résistance, de l’avis de 37,6 %.
C’est ce qui ressort d’un sondage mené par le Centre islamique pour les études et la documentation afin de connaître « l’avis de la base chiite sur la libération et la position politique ».
Il en découle que la détérioration de la situation matérielle n’est pas un facteur décisif dans l’orientation politique : l’occupation prime sur les conditions de vie dans l’échelle des priorités, l’autorité politique actuelle est totalement rejetée, l’armée jouit en revanche d’un fort capital de confiance, et aucune alternative ne menace les listes électorales de la résistance.
Ces résultats émanent d’une enquête menée auprès de 1 065 résidents chiites au Liban, couvrant l’ensemble de leurs zones d’implantation dans les gouvernorats et les régions, du Liban-Sud à Nabatieh, de Baalbeck-Hermel et de la Békaa centrale et occidentale, jusqu’à Beyrouth et au Mont-Liban, précisément dans la banlieue sud et les localités de Qamatieh et Kifoun.
Ce plébiscite en faveur de la résistance revêt une importance capitale car il intervient à un moment où le Hezbollah n’avait ni initié ni annoncé son intention de verser des indemnités de logement aux propriétaires de maisons détruites par l’agression israélienne, ce qui écarte l’argument d’un « résultat politique » ou de l’influence de « l’argent politique ».
Les sondés ont exprimé leur attachement à la résistance en dépit d’un pessimisme économique prononcé, que ce soit dans l’évaluation de la situation par rapport à l’année passée ou dans les perspectives pour l’an prochain — seuls 3 % prévoyant une nette amélioration et 20 % une simple embellie.
Concernant la classe politique, 56 % des sondés expriment leur confiance en l’armée, contrastant avec une défiance absolue envers la présidence de la République et l’action du gouvernement.
Selon le sondage, 81 % des chiites ne font pas confiance à la présidence, jetant un doute sur la représentativité des figures chiites défilant au palais de Baabda pour affirmer leur attachement au « président, à la légitimité libanaise et aux négociations avec l’ennemi comme voie de libération ».
Le taux de satisfaction quant à la performance de l’exécutif n’excède pas 12 %, tandis que la défiance atteint 88 %, et 81 % des sondés réclament un changement de gouvernement.
C’est à partir de là que s’engage le débat politique sur les dossiers structurants du pays, tels que l’arsenal de la résistance et sa mention dans les documents fondateurs officiels comme la déclaration ministérielle.
Pour 84 % des chiites, le rôle de l’arme de la résistance est d’assurer « la protection et la dissuasion tant que la menace persiste ».
À l’inverse, 4 % seulement plaident pour un monopole de la force aux mains de l’État.
En conséquence, 50 % des sondés considèrent la résistance armée comme « la voie la plus efficace pour libérer la terre et garantir la sécurité et la souveraineté du Liban », talonnée par « la voie américano-iranienne » (16 %), tandis que 13 % privilégient « la diplomatie et les négociations ».
À noter que parmi les partisans de la résistance armée, 54 % soutiennent la reprise des opérations militaires contre l’occupation, quitte à provoquer un retour de la guerre, et 24 % optent pour une reprise à un rythme évitant l’embrasement total.
Dans la même veine, cette défiance envers le pouvoir en place se traduit par un rejet de l’accord-cadre conclu par les autorités politiques avec l’entité sioniste de la part de 86 % des chiites, et par un refus viscéral de la normalisation, affiché par 97 % des sondés.
Par ailleurs, interrogé sur la lancinante question de la détention du pouvoir de décision en matière de guerre et de paix, l’électorat chiite ne forme pas un bloc monolithique : 53 % confient cette prérogative à la seule résistance, tandis que 37 % plaident pour une décision conjointe avec l’État. Un « pôle consensuel » d’un tiers des sondés qui, selon le rapport, « ne doit pas être négligé ».
Quant aux critères guidant le choix des représentants et des forces politiques chiites, deux logiques se dessinent.
D’un côté, les chiites jugent leurs élus locaux à l’aune de « la fourniture de services et du développement » (32 %) et de « leur rôle national » (30 %). De l’autre, ils évaluent les autres forces chiites principalement au prisme de « leur position face à la résistance contre Israël » (70 %), reléguant le développement local à 15 %.
Cela confirme l’absence de rivaux crédibles sur le plan électoral, d’autant que 77 % des sondés affirment qu’ils voteraient sans hésiter pour la liste de la résistance ou ses alliés lors de législatives qui se tiendraient dès demain.
Source : Médias
