lundi, 02/11/2026   
   Beyrouth 10:25

L’Iran dans l’attente d’une réponse américaine à ses exigences : les négociations de Doha engagées dans une course contre la montre face à la guerre

Par Mohammad Khawajouï

Les pourparlers iraniens avec le médiateur qatari se poursuivent à Doha, sur fond de blackout médiatique, d’attente et de prudence. Si les informations qui en filtrent suggèrent que les discussions progressent, l’expérience des volte-face survenues lors des précédentes sessions de négociation entre Téhéran et Washington a démontré qu’« aucun accord n’existe tant qu’un accord global n’a pas été conclu ».

La semaine écoulée est apparue comme la plus dense sur le plan diplomatique par rapport aux semaines précédentes. Les canaux de communication et de médiation y ont connu une activité sans précédent, allant du lancement de l’initiative qatarie à la visite à Téhéran de hauts responsables de la sécurité de « l’Alliance de La Mecque », jusqu’à la remise d’une lettre manuscrite du vice-président américain, JD Vance, au secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Mohsen Rezaï.

Toutefois, cette intense activité pourrait bien ne pas annoncer une décrispation imminente, mais plutôt traduire l’accentuation du risque d’un affrontement militaire à grande échelle entre les États-Unis et ‘Israël’ d’une part, et l’Iran d’autre part — un spectre que ces efforts exceptionnels tentent précisément d’écarter.

La visite à Téhéran du Premier ministre qatari, Mohammed ben Abderrahmane Al Thani, vendredi — marquée par près de douze heures de discussions intensives avec les dirigeants iraniens, en parallèle à des contacts directs avec la partie américaine —, a constitué l’étape majeure de ces démarches.

Dans la foulée, une délégation iranienne s’est rendue avant-hier à Doha, où le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a mené, au cours des deux derniers jours, d’âpres négociations avec la partie qatarie, cette dernière restant en lien constant avec les États-Unis.

L’initiative qatarie, qui forme actuellement le principal cadre de négociation, vise à dégager un terrain d’entente répondant aux préoccupations iraniennes et américaines, sous la bannière : « application réciproque des engagements, étape par étape, dans un délai ne dépassant pas cinq jours ».

Cependant, l’agence de presse officielle iranienne a rapporté hier que, malgré la poursuite du dialogue, « des divergences fondamentales sur la priorité d’exécution des engagements et le calendrier des négociations nucléaires » demeurent le « principal obstacle insurmontable » à la naissance d’un quelconque accord irano-américain.

Téhéran exige que Washington adopte les « sept conditions » iraniennes fondées sur les arrangements d’Islamabad, au premier rang desquelles « l’arrêt de la guerre sur tous les fronts », « la levée du blocus maritime », « l’annulation des sanctions pétrolières », « la libération des avoirs gelés » et « la reconnaissance du rôle de l’Iran dans la gestion du détroit d’Ormuz », à la suite de quoi l’Iran prendrait l’initiative de rouvrir le détroit. La partie iranienne avait initialement proposé un délai de « sept jours » pour mener à bien ce processus, mais le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a estimé hier que cette opération pouvait être compressée et réalisée en seulement « deux jours ».

Il a indiqué que les discussions menées par son adjoint avec les médiateurs qataris à Doha « progressent » et se poursuivent avec dynamisme, tout en apportant une nuance en précisant qu’elles « n’ont pas encore atteint le stade d’un résultat final et définitif ».

Quant à la nature des contacts avec la partie américaine, le ministre iranien a catégoriquement démenti toute rencontre directe, affirmant qu’« aucune réunion n’a eu lieu avec la délégation américaine et qu’aucune disposition n’est prise pour en organiser une ».

Alors que des informations faisaient état de la préparation par l’Iran d’une réponse à la lettre de Vance — dans laquelle il appelait à des négociations directes et à l’inclusion du dossier nucléaire à l’ordre du jour —, les données actuelles indiquent que la partie iranienne a préféré temporiser dans l’attente des résultats des pourparlers de Doha.

Dans ce contexte, des cercles proches du Conseil suprême de sécurité nationale ont glissé hier que « si la réponse américaine est positive et favorable aux sept exigences iraniennes, il est probable que Téhéran réponde à la lettre de Vance.

En revanche, si la réponse est négative, il est probable que la lettre reste sans suite ». Lors d’un entretien télévisé hier soir, M. Rezaï a confirmé avoir pris connaissance du message de Vance sans y avoir encore répondu, qualifiant le « ton » de la lettre de « différent » des précédentes communications américaines et y voyant un « signal positif ».

Il a toutefois réaffirmé dans le même temps que Téhéran n’avait apporté aucune modification à son cadre de négociation préalable, maintenant la satisfaction des sept conditions comme préalable obligatoire à toute nouvelle étape de négociation et rejetant catégoriquement d’aborder le dossier nucléaire avant le parachèvement de ces exigences.

En face, ce dossier — en particulier la reprise des inspections et le sort du stock d’uranium enrichi iranien, estimé à plus de 400 kg (une quantité théoriquement suffisante pour fabriquer dix bombes atomiques) — reste le point central et la demande prioritaire de la partie américaine pour cette première phase. Dès lors, si aucune des deux parties ne concède sur ses exigences, l’initiative qatarie sera vouée à un échec cuisant, entraînant un engrenage vers l’affrontement militaire auquel toutes deux se préparent.

Au moment où le président américain, Donald Trump, a déclaré dans ses plus récents propos qu’il s’apprêtait à trancher sur l’opportunité d’une frappe contre l’Iran, Téhéran a répliqué en portant au maximum son niveau d’alerte militaire.

Dans la foulée de « l’ordre » donné avant-hier par le Guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, aux commandants militaires de riposter « immédiatement » et « sans aucune restriction géographique » à toute menace potentielle, le ministre iranien de la Défense, Mehrdad Akhlaqi, a affirmé hier que les capacités de combat des forces armées étaient renforcées conformément à cette directive.

Dans le même sens, le porte-parole de l’armée iranienne, Mohammad Akrami Nya, a prévenu qu’en cas de déclenchement d’une nouvelle guerre, « le périmètre de l’affrontement ne se limiterait pas à la seule région de l’Asie de l’Ouest ».

Évoquant le renforcement de la préparation opérationnelle et la mise à jour de la banque de cibles, Akrami Nya a souligné qu’une éventuelle guerre future pourrait être « infiniment plus longue » que la précédente.

Source : Médias