mardi, 20/10/2026   
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Un ingénieur d’OpenAI accusé d’écoutes clandestines… Quel est le lien avec la famille royale saoudienne ?

L’affaire entourant un ancien ingénieur saoudien d’OpenAI, la société créatrice de ChatGPT, suscite d’importantes questions de sécurité aux États-Unis.

Des documents judiciaires ont en effet révélé qu’il est accusé d’avoir placé un dispositif d’écoute à l’intérieur d’une salle de réunion sensible de l’entreprise, tout en maintenant des contacts fréquents avec un membre de la famille royale saoudienne.

Les procureurs américains ont indiqué, dans une note judiciaire publiée dimanche soir, qu’Abdulrahman Al-Fouzan (35 ans) était en contact étroit avec une personnalité de la famille royale saoudienne dont l’identité n’a pas été divulguée.

Le document précise par ailleurs que sa famille a bénéficié du soutien d’une entité militaire saoudienne pour couvrir ses frais de voyage vers le Royaume.

Le parquet cherche à maintenir Al-Fouzan en détention, mettant en garde contre le risque de fuite vers l’Arabie saoudite en cas de libération. Il devait comparaître lundi devant un tribunal fédéral de San Francisco pour statuer sur son maintien en détention durant la procédure judiciaire.

L’affaire revêt une sensibilité particulière dans le contexte de la compétition internationale accrue autour des technologies d’intelligence artificielle, ainsi que de l’importance stratégique des recherches et des données détenues par les géants du secteur.

Malgré les préoccupation soulevées par les autorités américaines concernant la sécurité nationale, Al-Fouzan ne fait face pour l’instant qu’à un seul chef d’accusation lié à l’« interception de communications », passible d’une peine maximale de cinq ans de prison, sans qu’aucune accusation officielle d’espionnage n’ait été retenue contre lui.

Un enregistreur dissimulé derrière le téléviseur

Les détails de l’affaire remontent à la découverte d’un appareil d’enregistrement caché dans l’une des salles de réunion de la direction au siège d’OpenAI à San Francisco. Al-Fouzan, qui a rejoint l’entreprise en 2025, est soupçonné d’avoir branché cet appareil derrière un écran de télévision afin d’enregistrer les conversations qui se déroulaient dans la pièce.

L’entreprise a annoncé la découverte du dispositif le 30 septembre dernier et a transmis le dossier au FBI. Selon l’accusation, la salle a accueilli des réunions avec des responsables gouvernementaux durant la période où l’appareil aurait été installé, renforçant les craintes quant à la nature des informations que l’accusé cherchait à obtenir.

Dans sa requête présentée au tribunal, le parquet a indiqué qu’Al-Fouzan avait entrepris des démarches pour se procurer des appareils d’enregistrement modifiés et cryptés, permettant de documenter des réunions hautement confidentielles réunissant des hauts dirigeants de l’entreprise, des partenaires majeurs et des figures gouvernementales.

Les autorités américaines étudient les motivations potentielles de cet acte, allant du profit personnel ou de l’avancement professionnel à l’obtention d’informations au profit d’un gouvernement étranger. Les enquêtes n’ont toutefois pas prouvé à ce stade l’existence de directives émanant des autorités saoudiennes pour placer l’appareil, le parquet soulignant que l’enquête se poursuit et pourrait déboucher sur de nouvelles inculpations.

Mails et messages avec un membre de la famille royale

Parmi les éléments clés avancés par le parquet figure la présence de messages fréquents entre Al-Fouzan et un membre de la famille royale saoudienne, ce dernier ayant tenté de le recruter pour rejoindre une initiative spécialisée dans l’intelligence artificielle au Royaume.

Selon les documents judiciaires, ces échanges incluent une conversation WhatsApp datant de mai dernier, au cours de laquelle le ressortissant saoudien déclarait à Al-Fouzan : « L’Arabie saoudite a plus besoin de toi que les États-Unis », ce à quoi l’ingénieur avait répondu par l’émoji « 100% », généralement utilisé pour exprimer un accord total.

Les données sur son parcours professionnel témoignent d’un intérêt constant d’Al-Fouzan à contribuer au développement du secteur technologique saoudien. Lors d’une interview accordée le mois dernier à un podcast en arabe, il expliquait se rendre dans le Royaume trois ou quatre fois par an pour suivre les évolutions technologiques et conseiller des jeunes entreprises émergentes.

Il a également évoqué sa rencontre en 2016 avec le prince Mohammed ben Salmane, alors vice-prince héritier, lors d’une réunion avec de jeunes Saoudiens travaillant dans la tech. Il a précisé que cette rencontre l’avait motivé à acquérir de l’expérience au sein de grandes entreprises internationales avant de transférer ces compétences dans son pays.

Durant son passage chez Facebook, Al-Fouzan avait cofondé une initiative de conseil avec d’autres Saoudiens de la Silicon Valley, visant à mettre en relation des institutions publiques et privées du Royaume avec des experts de la Big Data, de l’Internet des objets et du Machine Learning.

Bien que ces activités traduisent un engagement professionnel envers son pays d’origine, elles ne constituent pas en elles-mêmes une preuve d’implication dans des actes d’espionnage ou de travail sous la direction d’une entité gouvernementale saoudienne.

Craintes de fuite vers l’Arabie saoudite

Outre l’enquête sur l’interception des communications, la bataille judiciaire actuelle se concentre sur le risque de départ d’Al-Fouzan du territoire américain avant la fin de son procès, motif pour lequel le parquet réclame son maintien en détention.

Le ministère public appuie ses craintes sur des dispositions de voyage prises avant son arrestation : il prévoyait de se rendre à Riyad pour des vacances de deux mois, tandis que son épouse a indiqué aux enquêteurs qu’elle et leur fils prévoyaient de s’installer définitivement en Arabie saoudite, où il devait les rejoindre ultérieurement.

D’après les documents judiciaires, l’épouse et l’enfant ont quitté les États-Unis après l’arrestation d’Al-Fouzan le 9 octobre, un membre de l’armée saoudienne ayant pris en charge l’achat de leurs deux billets aller simple vers le Royaume. Le parquet considère ces faits comme l’indice d’un réseau de soutien susceptible d’aider l’accusé à quitter le sol américain.

Les craintes de l’accusation reposent également sur l’absence de traité d’extradition entre Washington et Riyad, ce qui compliquerait son retour devant la justice américaine s’il parvenait à rejoindre l’Arabie saoudite.

En réponse, l’avocat d’Al-Fouzan, William Bernick, rejette l’idée que ces préparatifs de voyage soient la preuve d’une intention de fuir. Il a expliqué que le voyage avait été réservé avant le début de l’enquête pour des raisons familiales et d’immigration, précisant que l’achat de billets aller simple n’avait rien d’inhabituel dans sa situation.

La défense a souligné qu’Al-Fouzan vit depuis près de 15 ans aux États-Unis, qu’il détient un statut de résident permanent légal (carte verte), qu’il a déposé une demande de naturalisation américaine et qu’il dispose d’un entretien programmé à ce sujet pour le 6 novembre prochain.

L’avocat a demandé la libération sous caution de son client assortie de conditions, incluant le contrôle par géolocalisation et la remise de son passeport. L’équipe de défense a par ailleurs produit une lettre du consulat saoudien à Los Angeles se disant prêt à prendre en charge le montant de la caution et à s’engager à ne lui délivrer aucun document de voyage.

Source : Médias