vendredi, 16/10/2026   
   Beyrouth 11:41

Un logiciel espion israélien a ciblé les employés d’Al Jazeera, de 24 organes de presse dans le monde, de l’OTAN, l’ONU…  

Le réseau Al Jazeera a révélé jeudi que les appareils de plusieurs de ses employés ont été ciblés par un logiciel espion israélien, comme le documente un rapport de Citizen Lab, « ce qui constitue une atteinte à la liberté de la presse et au droit du public à l’information ».

Al Jazeera a assuré avoir collaboré avec l’enquête réalisée par la société canadienne Citizen Lab de surveillance de la cybersécurité, qui documente les préjudices et les abus liés à l’industrie de la surveillance payante depuis plus de 15 ans.

Cette société avait révélé que 45 appareils fonctionnant sous Windows au sein du réseau Al Jazeera Media Network avaient été ciblés pour espionnage à l’aide d’un logiciel israélien entre 2024 et 2025.

Selon le fondateur de Citizen Lab, Ron Debert, environ 24 organes de presse à travers le monde ont été ciblés dans le but de découvrir leurs sources et de savoir quels articles ils préparaient pour publication.

Discover-Tech : une agence de publicité

Selon Citizen Lab, ces activités d’espionnage ont été réalisées par l’agence de publicité numérique israélienne Discover-Tech qui espionne les internautes via un vaste réseau de publicités en ligne qu’elle utilisait pour suivre des cibles spécifiques et pirater leurs appareils. Ce logiciel espion baptisé initialement Candiru, est désormais connu sous le nom d’Integrity Labs.

Debert a expliqué le mécanisme d’espionnage indiquant que son danger réside dans le fait qu’elle ne nécessite aucune action de la part de la cible : « Ce mécanisme fonctionne ainsi : chaque fois que vous ouvrez une application ou visitez un site web, une publicité s’affiche. Cette publicité contient du code malveillant qui a permis de pirater l’appareil et d’y implanter un logiciel espion, au profit d’une agence gouvernementale de renseignement. »

OTAN, ONU, Commission européenne

Citizen Lab a rapporté que les publicités en ligne de Discover-Tech, qui promouvaient souvent des produits ordinaires tels que des téléphones et des écouteurs, ont atteint plus de 120 000 sites Web et 75 000 applications grâce à ses différents partenariats.

Elle affirme détenir des preuves similaires montrant que des publicités malveillantes ont été diffusées auprès de personnes travaillant aux Nations Unies, à l’OTAN, à la Commission européenne et dans plus de 12 autres gouvernements.

Les réseaux sur lesquels les publicités sont apparues comprenaient également des entreprises liées à l’industrie des semi-conducteurs telles que Nvidia, SanDisk, Broadcom et Micron, ainsi qu’un certain nombre d’organisations médiatiques au Mexique, en Israël et en Europe dont l’identité n’a pas été divulguée.

Selon Al Jazeera, Discover-Tech a été exclue de certains segments du marché de la publicité en ligne. Google a déclaré dans un communiqué avoir coopéré avec l’enquête de Citizen Lab et avoir banni Discover-Tech de ses plateformes publicitaires « pour violation systématique de nos règles ».

L’IAB Europe, l’association européenne de l’écosystème du marketing et de la publicité numériques, a déclaré avoir suspendu Discover-Tech de sa liste de fournisseurs agréés au niveau mondial la semaine dernière après qu’un audit a révélé des violations de ses règles.

Source : Médias