L’ancien président de Médecins sans frontières (MSF), Rony Brauman, a estimé que l’emploi du terme « génocide » pour qualifier la guerre dans la bande de Gaza était justifié, invoquant notamment la nature des violences, les déplacements de population et les déclarations de responsables israéliens, lors d’une intervention sur le média QG.
« On peut effectivement parler de génocide ou de guerre génocidaire à Gaza », a déclaré Rony Brauman, avant d’estimer que « les éléments constitutifs de l’incrimination de génocide sont présents ».
Il a notamment cité « le meurtre de membres du groupe », « la mise en place d’une situation incompatible avec les exigences de la vie » ainsi que « les déplacements forcés de population ». Il a également évoqué ce qu’il considère comme des déclarations permettant, selon lui, d’établir une intention génocidaire.
Rony Brauman a également dénoncé la manière dont la population de Gaza serait, selon lui, globalement considérée comme une cible dans le cadre de la guerre. « Il n’y a pas d’innocents à Gaza, à Gaza il n’y a que des boucliers humains, des complices et terroristes et des terroristes, c’est-à-dire trois cibles légitimes » pour l’armée israélienne, a-t-il déclaré.
« Tout le monde est potentiellement au bout du fusil ou au bout du canon des troupes israéliennes », a-t-il ajouté.
L’ancien président de MSF a également mis en avant la proportion de civils parmi les victimes du conflit. Selon lui, « la proportion de population civile non combattante, disons par rapport au nombre de morts, est absolument écrasante ».
Il a évoqué des estimations faisant état d’une proportion de victimes civiles comprise entre 85 % et 90 %, précisant que ces chiffres diffèrent selon les sources et les méthodes de comptabilisation.
Rony Brauman a par ailleurs avancé une estimation d’environ 100 000 morts liés à la guerre, tout en présentant ce chiffre comme une estimation et non comme un bilan officiel.
Pour étayer son analyse, il s’est référé à plusieurs spécialistes de la question des génocides, citant notamment l’historien Omer Bartov et d’autres chercheurs travaillant sur le génocide et la Shoah.
Il a également établi un parallèle avec le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, estimant que la proportion de civils parmi les victimes à Gaza rappelait, selon lui, celle observée dans ce conflit.
« Ces 90 %, ils nous renvoient à un seul conflit de ces 50 dernières années, qui est le conflit du Rwanda, qui était un conflit génocidaire, qui était un génocide en acte », a-t-il affirmé.
Brauman a également évoqué l’évolution de la définition juridique et historique du génocide, citant notamment le massacre de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, ainsi que les violences au Darfour.
« Le massacre de Srebrenica a été qualifié de génocide, les massacres au Darfour également », a-t-il déclaré, estimant que cette évolution devait être prise en compte dans l’analyse de la situation à Gaza.
Il a enfin contesté l’analyse de l’essayiste et académicien Alain Finkielkraut sur cette question. Les deux hommes ont confronté leurs positions sur la qualification de la guerre à Gaza lors d’un débat diffusé par QG.
« Dans ces conditions, il aurait été étrange que les massacres terrifiants de Gaza, la guerre dévastatrice de Gaza ne soient pas elle-même qualifiés de génocide », a conclu Rony Brauman.
Les déclarations de l’ancien président de MSF s’inscrivent dans un débat international toujours très disputé sur la qualification juridique des actes commis à Gaza.
En juin 2026, une tribune co-signée notamment par Rony Brauman et publiée par Blast avait déjà évoqué des faits qu’elle qualifiait de « constitutifs de crimes contre l’humanité et du crime de génocide en cours dans la Bande de Gaza ».
Source : Anadolu
