Flambée des prix de l’énergie, revenus qui stagnent et appels à la mobilisation sociale : à sept mois de la présidentielle en France, une colère sourde monte et impose le pouvoir d’achat comme une priorité dans la campagne.
« Ressors ton gilet », « carburant trop cher, vie trop chère » : si l’ampleur des mobilisations reste difficile à mesurer en cette rentrée, les réseaux sociaux bruissent d’appels à manifester, ravivant le souvenir des « gilets jaunes », ce mouvement social d’ampleur qui avait secoué la France en 2018-2019.
A La Rochelle (ouest) mardi, une « mobilisation carburant » n’a rassemblé qu’une cinquantaine de personnes. « Il faut montrer qu’on est là », expliquait Nicolas Costa, ambulancier de 42 ans, disant son « ras-le-bol » : « Même si ce gouvernement va s’en aller, il peut faire quelque chose ».
Mais un peu partout, les signaux passent au rouge. Mardi et mercredi, des pêcheurs du sud de la France ont bloqué des dépôts pétroliers, gaziers et électriciens ont suivi une grève massive mardi, sans compter une mobilisation intersyndicale dans la fonction publique le 29 septembre et les appels « citoyens » sur les réseaux sociaux à protester le 17 octobre.
En tête des préoccupations des Français, le « pouvoir d’achat » est mentionné par 54% des personnes interrogées dans un sondage publié samedi. Viennent ensuite « l’avenir du système social » (40%), l’environnement (31%), l’immigration (31%) et le niveau de la dette et des déficits (30%).
« 100 euros dans la gueule »
La hausse spectaculaire des prix de l’énergie (+16%) et des produits frais comme les tomates, courgettes et salades (+20%) pénalise lourdement les revenus modestes.
« On paie notre plein 90 euros. En début d’année, c’était 60 », explique à l’AFP Pierre Pupier, 29 ans, boucher intérimaire dans le Puy-de-Dôme (centre), qui estime que son budget mensuel s’est « pris bien 100 euros dans la gueule depuis (début) septembre », à cause de l’inflation.
Alors que la popularité du président Emmanuel Macron est à son plus bas (16% d’opinion favorable), le gouvernement, sans majorité à l’Assemblée nationale et sous la pression des marchés pour réaliser des économies substantielles, n’a guère de marge de manoeuvre.
L’exécutif a jusqu’à présent fermé la porte à une généralisation des aides pour compenser la poussée continue des prix de l’essence. Mercredi, Emmanuel Macron a toutefois demandé au gouvernement une « totale mobilisation » sur « l’approvisionnement » et la « maîtrise des prix » des carburants, a rapporté la porte-parole du gouvernement.
« Bascule »
Le mouvement des « gilets jaunes », né en novembre 2018 d’une revendication similaire avant de devenir une contestation anti-Macron, est dans toutes les têtes.
Durant des mois, ce mouvement avait rassemblé chaque samedi des dizaines de milliers de personnes dans les rues mais aussi sur des ronds-points, symboles d’une France périphérique obligée de faire le plein de sa voiture pour tout. Emaillé de violences avec les forces de l’ordre, il a été avorté par une répression policière violente.
A l’époque, aucune élection n’était en vue. « Aujourd’hui, c’est différent, les gens peuvent se projeter sur l’après-Macron, éventuellement essayer une issue électorale », souligne Jean-Marie Pernot, politologue à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES).
Pour cette présidentielle, 71% des Français disent attendre un « vrai changement social et politique » et 54% considèrent qu’il faut transformer la société « en profondeur », confirme un récent sondage de l’institut Ipsos-BVA.
Avec l’expression de tels sentiments « négatifs » et une « demande de radicalité » qui n’a jamais été « aussi puissante », la France « coche de nombreuses cases qui la prédisposent à une bascule populiste », décrypte le directeur délégué d’Ipsos, Brice Teinturier.
Cette échéance électorale proche peut aussi nourrir « la peur de se faire récupérer encore plus que d’habitude », ajoute Jean-Marie Pernot.
De fait, les candidats à l’élection présidentielle d’avril 2027 rivalisent de propositions pour améliorer les fins de mois, même coûteuses.
A gauche, le Parti socialiste et La France insoumise se disent prêts à soutenir les mouvements sociaux. Le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon a appelé les patrons à augmenter les salaires et dit vouloir annuler une partie de la dette française.
Certains à droite et au centre proposent de « rapprocher le net du brut », c’est-à-dire d’augmenter le salaire net en baissant les cotisations sociales, à l’instar de l’ex-Premier ministre Gabriel Attal.
Favorite des intentions de vote, la candidate d’extrême droite Marine Le Pen exige, elle, une baisse de la TVA sur l’énergie de 20% à 5,5%.
Source : Avec AFP