lundi, 14/09/2026   
   Beyrouth 07:35

Aoun se plie aux instructions de Rubio : interdiction de suspendre les négociations

Le pessimisme qui entoure les démarches des sommets du pouvoir et les positions de la classe politique au Liban ne découle pas seulement de l’incapacité à créer un cadre national rassemblant l’ensemble des décideurs pour tracer une voie reflétant les véritables intérêts du pays.

Il provient également du fait que les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam ont balayé toutes les règles de la gouvernance constitutionnelle, ne se souciant plus que de satisfaire les États-Unis et l’Arabie saoudite, alors que le pays sombre dans le chaos généralisé.

De plus, ils ne disposent — tout comme leurs parrains à Washington et Riyad ainsi qu’une poignée de prédateurs des fonds publics — que de l’épouvantail de la Résistance comme bouc émissaire pour lui faire porter la responsabilité de tout ce qui survient.

Cette équipe ne manifeste aucun intérêt à revoir ses illusions concernant les négociations. Ce que Aoun répète désormais à ses interlocuteurs sur leur avenir ne dépasse pas la reprise des menaces israéliennes : nous n’avons d’autre choix que le désarmement, fut-ce par la force, faute de quoi ‘Israël’ étendra son occupation et le monde se désintéressera de notre sort !

Cherchant à s’offrir une légitimité populaire en dehors du club chrétien, Aoun n’a pas su donner l’image d’un chef d’État lors de son déplacement à Nabatieh.

Toutes les justifications sécuritaires ne sauraient masquer qu’il a suivi les conseils de ses assistants l’incitant à prendre en compte l’éventualité d’un rassemblement de partisans du Hezbollah et du risque de se faire huer ou insulter.

Bien que supposé connaître la loyauté des habitants du Sud et les valeurs des combattants de la Résistance, Aoun s’en est remis aux recommandations de ses conseillers et des responsables sécuritaires : il a opté pour une visite à Nabatieh « de manière quasi clandestine », bien que les dispositions de sécurité l’aient devancé par un déploiement massif, incluant la notification confidentielle de députés et de personnalités, assortie de prières adressées au président Berri pour qu’il garantisse de son côté sa protection physique durant son passage.

Quant à la seule formule prononcée par Aoun reflétant le souhait de ses hôtes, elle est intervenue lorsqu’il a déclaré qu’aucune nouvelle date n’était fixée pour les négociations avec ‘Israël’.

Comme s’il cherchait à faire croire qu’il n’enverrait pas la délégation avant d’avoir obtenu des gains garantis de la partie adverse — alors même que le responsable du dossier et seule référence actuelle de Aoun, le secrétaire d’État américain Marco Rubio, lui avait signifié qu’il lui était interdit de boycotter les négociations, et que les préparatifs de la prochaine session prendraient en compte la tenue à Paris d’une conférence de soutien à l’armée.

La réunion de Rome, qui a été reportée, l’a été également en raison de l’agenda des responsables israéliens pris par leurs fêtes religieuses, sans compter le message transmis par l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis à l’ambassadrice du Liban, Nada Hamadeh : aucune avancée sérieuse n’a été enregistrée du côté libanais et les discussions opérationnelles doivent se limiter aux volets militaire et de terrain.

Cette situation a conduit le Commandement central américain (CENTCOM) à convoquer une réunion militaire à son siège de Tampa, en Floride, où les Américains entendent imposer un mécanisme de coordination fondé sur l’absence totale d’observateurs — c’est-à-dire sans forces internationales ni aucune autre troupe à l’expiration du mandat de la FINUL à la fin de l’année.

En ‘Israël’, la visite de Aoun à Nabatieh n’est pas passée inaperçue. Le journal Israel Hayom a estimé que ce déplacement dans le Sud s’inscrivait dans le cadre de la lutte pour le pouvoir et l’influence au Liban, le liant aux tensions entre Aoun et le Hezbollah.

Dans le même ordre d’idées, le quotidien a réitéré l’exigence de l’ennemi de restreindre les discussions aux modalités de vérification du démantèlement des armes, alors que Beyrouth réclame un arrêt complet des hostilités, un engagement israélien au retrait et l’application stricte de l’accord dans toutes ses clauses.

La chaîne israélienne 12 a révélé pour sa part que la session de négociations israélo-libanaises prévue à Rome avait été reportée à octobre. Les contacts doivent néanmoins se poursuivre à travers une rencontre entre les ambassadeurs du Liban et de l’ennemi au siège du département d’État américain à Washington.

Selon le tableau dressé par les médias israéliens, les canaux politiques n’ont pas volé en éclats, mais ils évoluent à un rythme nettement plus lent que les développements militaires qui s’accélèrent au Sud.

Une nouvelle formule sécuritaire !

Pendant ce temps, l’ennemi a poursuivi sa stratégie de destruction et de bombardements intensifs à travers les différents districts du Sud.

Cependant, à la suite du dynamitage de la hauteur d’Ali al-Tahir, les médias de l’ennemi ont commencé à accorder un intérêt particulier à la question de « l’après-frappe » : qui prendra le contrôle du Sud en cas de recul de l’influence du Hezbollah ?

En arrière-plan des évolutions sur le terrain, les arrangements du « jour d’après » occupent une place croissante à l’approche de la fin de la mission de la FINUL, le Sud étant censé passer sous l’autorité exclusive du gouvernement libanais.

Les débats en ‘Israël’ traduisent toutefois de sérieux doutes quant à la capacité de l’armée libanaise, dans sa configuration actuelle, à combler seule ce vide.

La presse israélienne estime en effet que le plan visant au désarmement, au retrait israélien et à la remise des zones à l’armée libanaise « ne progresse pas comme prévu ».

L’ennemi considère que l’armée libanaise se heurte à des difficultés pour fouiller les habitations et les infrastructures au cœur des villages, tandis que le désaccord persiste sur l’autorité chargée de contrôler ses actions et sur les critères devant permettre à ‘Israël’ d’amorcer son retrait.

S’ajoute à cela le débat ouvert sur la FINUL, qu’Israël accuse d’avoir échoué à empêcher la montée en puissance du Hezbollah, alors que Tel-Aviv accentue sa pression pour « transférer la responsabilité sécuritaire dans le Sud au gouvernement et à l’armée libanais ».

C’est ici que surgit le fossé entre ce qu’Israël considère comme une « réussite militaire » et le règlement politique censé lui succéder.

Bien que l’ennemi ait revendiqué la « maîtrise opérationnelle » de la hauteur d’Ali al-Tahir et la destruction d’un réseau de tunnels et d’installations du Hezbollah, il subordonne dans le même temps son retrait plus large aux progrès du désarmement du Parti et au déploiement de l’armée libanaise.

Dès lors, les interrogations israéliennes à l’issue des opérations ne se limitent plus aux moyens de frapper la structure du Hezbollah : elles portent désormais sur la question de savoir qui empêchera sa reconstitution après le retrait et, surtout, qui sera en mesure de le vérifier sur le terrain.

Alors qu’un pilonnage d’artillerie sporadique a visé dimanche les hauteurs d’Ali al-Tahir, la chaîne israélienne 12 a rapporté qu’Israël étudiait la possibilité d’autoriser l’entrée de l’armée libanaise dans le secteur d’Ali al-Tahir et ses environs.

De son côté, le ministre israélien de la guerre, Israël Katz, a martelé : « Nous ne quitterons pas la zone de sécurité, nous ne nous retirerons pas et nous ne redéploierons pas nos forces au Liban-Sud avant le désarmement du Hezbollah. » Il a dit que les hauteurs d’Ali al-Tahir « font partie de la ligne jaune et de la zone de sécurité israélienne au Liban, et quiconque s’en approchera sera éliminé ».

Par ailleurs, des commentateurs en ‘Israël’ ont de nouveau indiqué que l’armée de l’ennemi examinait une proposition sécuritaire visant un retrait à une distance maximale de quatre kilomètres de la frontière. Le dossier libanais se transforme ainsi en enjeu de surenchère dans la course électorale au sein de l’Entité, d’autant que le premier ministre de l’ennemi, Benjamin Netanyahu, continue de prôner l’extension des opérations militaires au Liban et en Syrie, sous prétexte d’assurer la sécurité des résidents du Nord.

Source : Médias