vendredi, 11/09/2026   
   Beyrouth 08:25

‘Israël’ planifie-t-il une action majeure en Iran… et comment réagira Trump ? Téhéran attend Washington : Ormuz et Bab al-Mandeb sont entre nos mains !

Par Ibrahim al-Amine

Le rendez-vous électoral au sein de l’entité d’occupation joue peut-être un rôle dans le discours politique des forces rivales. Nombreux sont ceux, y compris parmi les opposants au premier ministre de l’ennemi Benjamin Netanyahu, qui estiment que les récentes déclarations de ce dernier doivent être lues dans le cadre de sa campagne électorale. Même loin de Tel-Aviv, une conviction prévaut selon laquelle ‘Israël’ n’a pas l’intention, ni la capacité, d’ouvrir des fronts supplémentaires dans la région.

Cependant, au-delà de sa longue expérience en matière de propagande politique, Netanyahu semble être toujours au cœur d’une bataille qu’il estime né pour mener afin de réaliser « la victoire des Juifs sur leurs ennemis ».

Dès lors, les avertissements de sources diplomatiques américaines sont apparus frappants : la récente rhétorique de Netanyahu concernant le Liban, la Syrie et l’Iran ne relève pas uniquement d’une campagne électorale. Il pense ce qu’il dit et exerce d’importantes pressions sur les services de sécurité et le commandement de son armée pour se préparer à une action éclair, d’abord contre l’Iran, puis contre le Hezbollah.

Ces sources indiquent que Netanyahu offre également ses services aux pays de la péninsule Arabique en se disant prêt à participer à une guerre totale contre Ansarullah au Yémen. Elles ajoutent que les vives pressions exercées sur lui par l’administration américaine se concentrent, à ce stade, sur le dossier syrien afin de l’empêcher d’élargir le périmètre de l’occupation.

Et ce, alors que Washington entend faire état des velléités du gouvernement de Tel-Aviv de prendre des mesures plus larges pour aider ses partisans parmi les Druzes de Soueïda à déclarer leur séparation totale avec la Syrie.

D’après les mêmes sources, les démarches israéliennes vis-à-vis de l’Iran se concentrent sur un programme d’activités de renseignement visant à mener une série de frappes et à revenir à la politique d’assassinats ciblés contre des dirigeants politiques, militaires et sécuritaires, par le biais d’opérations spéciales exécutées à l’intérieur de l’Iran.

Il s’agit également de renouer le contact avec des groupes séparatistes iraniens afin de leur fournir un soutien exceptionnel pour susciter des troubles dans différentes régions du pays, jusqu’à tenter d’entraîner le commandement iranien dans un affrontement militaire direct. Cela permettrait à ‘Israël’ de lancer une campagne aérienne ciblant les infrastructures de l’État iranien, notamment les secteurs de l’énergie, des ports et de la production pétrolière.

Ces sources expriment la crainte que Netanyahu n’agisse selon une évaluation d’après laquelle sa marge de manœuvre s’élargit de jour en jour, en raison du piétinement des efforts visant à réactiver le protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis.

Dans ce contexte, des sources informées ont révélé que les pourparlers irano-omanais ont atteint leurs phases finales pour élaborer un mécanisme de régulation de la navigation dans le détroit d’Ormuz.

Selon ces sources, un accord a été trouvé sur un couloir unique de navigation aller-retour, situé dans la zone maritime centrale entre les deux pays : son quart oriental se trouvant dans les eaux territoriales iraniennes et son quart occidental dans les eaux territoriales omanaises.

Cet accord est perçu comme un arrangement provisoire pour gérer le trafic maritime dans le détroit. Les équipes techniques et juridiques à Téhéran et Mascate ont finalisé les cartes et les textes juridiques relatifs à cet accord, lequel inclut un mécanisme de déminage maritime.

Les deux parties ont également pris contact avec les Pays-Bas en vue d’enregistrer l’accord auprès de l’Organisation maritime internationale et des institutions juridiques internationales siégeant à La Haye, lui conférant ainsi une couverture légale et internationale.

Selon les sources, l’Iran agit en partant du principe que le sultanat d’Oman mène ces négociations en concertation et en coordination avec les États-Unis et les pays de la région ; par conséquent, tout accord accepté par Mascate sera, en principe, acceptable pour les autres parties.

Toutefois, Téhéran a informé les deux médiateurs, pakistanais et omanais, que la mise en œuvre de l’accord après sa signature restera conditionnée au retour des États-Unis au protocole d’accord, et au fait de considérer cette solution comme le règlement du cinquième point de ce protocole. Cela implique que les États-Unis doivent lever le blocus maritime actuellement imposé à l’Iran, éliminer les restrictions sur les exportations de pétrole iranien et lever les sanctions pesant sur le pays.

Dans ce cas, toutes les parties devraient passer à une nouvelle phase visant à mettre un terme définitif à l’état de guerre de manière globale, y compris la guerre contre le Liban.

Alors que les sources évoquent des « signaux positifs » concernant ce dossier, elles soulignent dans le même temps que les développements sur le terrain depuis deux semaines ouvrent la voie à une possibilité sérieuse d’élargissement de la guerre.

Elles estiment que les ripostes sévères de l’Iran aux attaques américaines et le pilonnage ciblé des bases américaines dans le Golfe et en Jordanie visent à signifier à Washington que Téhéran n’est pas disposée à faire des concessions, et que l’affrontement pourrait s’étendre jusqu’à empêcher tout mouvement de navigation dans les eaux du Golfe, et pas seulement bloquer le passage du détroit d’Ormuz.

Elles notent que les médiateurs opérant entre les deux pays font pression sur les deux parties pour stopper l’escalade, en particulier après la hausse des cours mondiaux du pétrole au-delà des 100 dollars, ce qui comporte le risque d’aggraver la crise économique à l’échelle mondiale.

Face à des évaluations contradictoires quant à la position réelle de l’administration américaine, les difficultés auxquelles se heurtent les médiateurs seront au cœur des réunions très prochainement prévues à Téhéran par le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir.

D’autant plus que le compromis sur l’ouverture du détroit ne constitue pas le seul point en suspens dans les négociations. L’Iran exige, en contrepartie du retour à l’application du protocole d’accord, des garanties fermes concernant la levée du blocus, le déblocage des avoirs iraniens gelés, ainsi qu’une fin totale de l’état de guerre. Des conditions qui requièrent des éléments complémentaires susceptibles de faire l’objet de suivis avec d’autres parties.

Les sources indiquent, dans ce cadre, que l’Arabie saoudite joue un rôle majeur dans des médiations non officielles. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane avait évoqué ce rôle lors de rencontres en marge de sa visite en France, précisant que son gouvernement est en contact quotidien avec les Iraniens, qu’il est lui-même en relation constante avec le président Donald Trump, et que la région ne peut tolérer davantage d’affrontements.

On apprend, dans ce contexte, que Ben Salmane a adressé une invitation officielle aux dirigeants iraniens, alors qu’une délégation iranienne comprenant le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, est attendue à Riyad dans les prochains jours.

Selon ces informations, la partie saoudienne souhaite aborder le dossier de la guerre avec l’Iran et la situation dans le détroit d’Ormuz, en plus de la guerre qui fait rage avec Ansarullah au Yémen. Bien que Téhéran ait montré par le passé peu de réceptivité aux propositions concernant le Yémen, la situation semble aujourd’hui différente au vu des évolutions sur le terrain, qui témoignent d’une progression des forces d’Ansarallah sur l’ensemble de la zone côtière et de leur prise de contrôle de l’ouest de Taëz et de la région de Mokha, sur fond d’effondrement majeur dans les rangs des forces alliées à l’Arabie saoudite.

D’après les sources, le dossier du Yémen ne semble plus entièrement entre les mains de l’Arabie saoudite. De nombreuses données indiquent que les États-Unis se montrent plus enclins à élargir la contribution saoudienne à l’agression contre le gouvernement de Sanaa, tandis que Washington s’emploie de nouveau à renforcer le rôle des Émirats arabes unis auprès de certaines factions du Sud-Yémen afin d’attiser l’affrontement avec Ansarullah.

Chacun justifie ce climat par la volonté de Washington d’empêcher Ansarullah, et derrière eux l’Iran, de prendre le contrôle de Bab al-Mandeb et de le verrouiller, à l’instar de la situation prévalant dans le détroit d’Ormuz.

Or, dans les faits, Bab al-Mandeb se trouve désormais sous la coupe de l’Iran et de ses forces alliées, et la bataille menée par les forces d’Ansarullah ne constitue qu’un volet d’une stratégie plus large qui contraindra les États-Unis et plusieurs nations à revoir leurs calculs.

La fermeture totale de Bab al-Mandeb n’est plus une simple hypothèse théorique ; elle constitue désormais un levier réel entre les mains d’Ansarullah. Bien que ces derniers aient leurs propres calculs et priorités — au premier rang desquels figure la levée du blocus sur le Yémen —, ils n’agissent pas en dehors de la stratégie globale de l’Axe de la Résistance au niveau régional.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar