mercredi, 09/09/2026   
   Beyrouth 07:15

L’armée libanaise redoute l’extension de l’agression et se déploie à Nabatieh| L’ambassadeur US répète son refrain : le désarmement d’abord, le retrait israélien ensuite

Ce qui se passe à Nabatieh n’est pas un simple détail dans le contexte de l’escalade israélienne, car cela dépasse la géographie militaire pour toucher à la symbolique politique. Le fait que la ville de Nabatieh, en tant que chef-lieu de gouvernorat, devienne la cible d’un projet israélien fondé sur le grignotage progressif et l’imposition d’un contrôle sur ses environs ouvre la voie à une possible extension des combats depuis les localités frontalières vers l’une des villes les plus importantes du Sud.

La gravité de ce qui se déroule ne réside pas seulement dans le contrôle de la colline d’Ali al-Tahir, mais dans la question que pose cette prise de contrôle quant à la suite des événements. Si ‘Israël’ se prépare à élargir son opération militaire vers Sojod, Rayhan et Iqlim al-Touffah, l’enjeu devient alors la tentative d’asservir une vaste superficie de Jabal Amel (Sud) par le feu, le déplacement forcé, les sommations et les incursions.

Dès lors, Nabatieh ne constituerait plus un simple objectif militaire, mais un test des limites du projet israélien dans cette guerre.

Le plus grave est que cette escalade s’accompagne d’une voie politique présentée comme une porte d’entrée vers l’arrêt de la guerre, selon des sources rapportant l’entretien entre l’ambassadeur américain Michel Issa et le vice-président du Conseil supérieur islamique chiite, cheikh Ali al-Khatib.

Lors de cette réunion, Issa a répété son refrain : le Hezbollah doit se retirer de la zone et remettre ses armes, et ce n’est qu’à ce moment-là qu’il sera possible de discuter d’un retrait avec ‘Israël’.

La situation dans le Sud a également fait l’objet de discussions entre le président du parlement, Nabih Berri, et le chef du gouvernement, Nawaf Salam, qui a présenté le programme de sa visite aux États-Unis pour représenter le Liban à l’Assemblée générale des Nations unies.

Al-Akhbar a appris que Salam avait reçu la promesse de l’envoyé saoudien Yezid bin Farhan, qui sera présent à New York, d’organiser des rencontres pour Salam avec des chefs d’État et de gouvernement. Salam espère obtenir un entretien, même court, avec le président américain Donald Trump si ce dernier participe à la réunion, ou une rencontre privée avec le secrétaire d’État Marco Rubio.

C’est dans ce climat qu’intervient la décision du commandement de l’armée de renforcer le déploiement de ses forces à Nabatieh. L’institution militaire s’active désormais dans une ville menacée d’escalade, et non dans le cadre d’un règlement politique abouti.

Cette démarche fait suite à des contacts et des pressions visant à contenir la situation et éviter son explosion. La question se pose donc sur ce que l’armée est en mesure de faire face à la poursuite des violentes attaques israéliennes, alors qu’il est fait état de contacts pris par les trois présidents avec des parties arabes et étrangères pour « désamorcer l’escalade » à Nabatieh.

Selon une lecture du terrain, la méthode israélienne de pression sur la ville ressemble à celle employée pour prendre le contrôle des hauteurs d’Ali al-Tahir, en s’appuyant sur le principe du grignotage progressif au moyen d’opérations limitées conduisant in fine à un gain militaire majeur.

Cela suggère qu’Israël ne traite pas Ali al-Tahir comme un objectif isolé, mais comme un point d’appui s’étendant à l’ensemble de l’espace géographique d’Iqlim al-Touffah et de Jabal Rayhan. C’est à cette lumière qu’il faut comprendre le nouveau déploiement de l’armée libanaise à Nabatieh et Zawtar el-Gharbiyeh.

Les informations indiquent que l’armée travaillera à renfoncer ses points de positionnement dans la ville et ses environs, sans lier cette initiative à une quelconque dimension liée aux négociations, notamment en ce qui concerne la demande de l’ennemi relative au désarmement.

L’armée a dépêché une force de 80 éléments vers Zawtar el-Gharbiyeh, l’effectif total devant atteindre environ 180 éléments, avec la relève des troupes effectuée directement depuis Zawtar el-Gharbiyeh plutôt que depuis Beyrouth.

Joint par Al-Akhbar, le maire de Nabatieh, Abbas Fakhreddine, a confirmé l’arrivée d’une force de l’armée dans la ville et son déploiement dans les quartiers intérieurs, distincte du groupe déjà présent dans la caserne.

Selon Fakhreddine, cette mesure vise à renforcer le sentiment de sécurité parmi les habitants et à les inciter à revenir à Nabatieh. Il a indiqué qu’un retour, bien que limité, des habitants est observé après ce déploiement.

Néanmoins, Fakhreddine exprime des craintes quant à la décision politique accompagnant ce déploiement : si l’ordre est donné aux militaires de se retirer de la ville, ils partiront, comme cela s’est produit dans plusieurs points du Sud au début de la guerre en mars dernier.

Message de l’ambassadeur US aux musulmans chiites du Liban

Parallèlement à ces développements, l’ambassadeur américain s’est rendu au Conseil supérieur islamique chiite. Des sources au sein du Conseil ont qualifié la rencontre de « très franche », l’ambassadeur Issa ayant exposé la position de l’administration américaine dans cette phase, tandis que cheikh Khatib lui a transmis « la position de la communauté chiite face à l’occupation et à l’agression continues ».

Cheikh Khatib a souligné « la nécessité pour les États-Unis d’adopter un rôle au moins juste et équilibré afin de traiter la crise », affirmant que les chiites « ne sont pas des terroristes et n’ont pas pris les armes par plaisir, mais en raison de l’occupation israélienne, et ils sont aujourd’hui prêts à régler cette question si des garanties et une protection leur sont fournies de manière à les rassurer sur leur avenir et leur destin ».

Al-Akhbar a appris que les propos d’Issa tout au long d’un entretien d’une heure et demie se sont focalisés sur un seul point : « le Hezbollah doit remettre ses armes pour que nous puissions parler à Israël et lui demander de se retirer ».

Lorsque cheikh Khatib a répliqué fermement qu’« on ne peut demander la remise des armes alors que la terre est occupée », l’ambassadeur a enchaîné en affirmant que « les États-Unis ne nourrissent aucune hostilité envers la communauté chiite et qu’une importante diaspora chiite réside aux États-Unis ».

Au cours de la discussion, il a été demandé à Issa s’il portait un message au Hezbollah ; il a répondu, selon les mêmes sources : « Oui, dites-lui qu’il n’y a aucune possibilité de retrait sans la remise des armes ». Les personnes présentes ont toutefois répliqué qu’il fallait, au minimum, un élément tangible du côté américain dont on puisse discuter, comme la possibilité d’un retrait israélien d’une zone donnée, pour pouvoir transmettre ce message au Parti.

C’est là qu’est apparue la contradiction de la proposition : une disposition américaine à parler avec le Hezbollah, doublée de l’affirmation que le contact doit passer par l’État, tandis que la question clé posée par Issa concernant la proposition de dialogue national était : « Qu’a le Parti à offrir ? ».

Le débat ne s’est pas arrêté aux frontières libanaises. Cheikh Khatib a soulevé devant l’ambassadeur américain le paradoxe entre le soutien iranien à la résistance au Liban pour libérer la terre et le soutien américain à ‘Israël’ alors que ce dernier occupe la terre, demandant : pourquoi l’un serait-il illégitime et l’autre légitime ?

Il a également rappelé la solution à deux États approuvée par les Arabes lors du sommet de Beyrouth, s’interrogeant sur son sort et sur ce que les États-Unis ont fait pour la concrétiser, avant d’appeler l’administration américaine à lever le blocus sur le Liban, notamment en ce qui concerne l’acheminement des aides et des fonds pour le secours et l’hébergement des déplacés.

Source : Médias