mercredi, 02/09/2026   
   Beyrouth 06:43

Liban : Haykal refuse d’élargir les « zones test » sans contrepartie israélienne. Aoun lie le retrait aux armes du Hezbollah

Le Liban vit dans un statu quo politique et sécuritaire où la majorité des démarches internes et externes semblent incapables de provoquer le tournant attendu.

Les voies ouvertes concernant le Sud, les contacts libanais avec les capitales occidentales et arabes, ainsi que les discussions sur le futur déploiement de l’armée évoluent dans une marge étroite qui ne permet pas, jusqu’à présent, de passer à un véritable règlement.

Dès lors, les regards restent fixés sur les évolutions entre l’Iran et les États-Unis, toute modification sur ce terrain — qu’elle tienne d’une entente ou d’une escalade — étant susceptible de réordonner les priorités régionales et d’ouvrir la voie à un changement des règles du jeu au Liban.

En attendant que se clarifie la trajectoire de l’axe irano-américain, le Sud apparaît comme la scène où les réalités s’accumulent plus vite que la capacité de la politique à les suivre.

‘Israël’ poursuit ses opérations militaires et destructrices, tandis que le pouvoir libanais tente de façon illusoire de consolider une voie parallèle fondée sur un retrait israélien, un déploiement de l’armée et de nouveaux arrangements sécuritaires censés bénéficier du parrainage et de garanties américaines. 

Dans ce contexte, des milieux politiques rapportent que le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, a informé les parties concernées qu’il ne procéderait pas à l’élargissement du déploiement de l’armée dans les « zones test » si ‘Israël’ ne fournissait pas une contrepartie claire.

L’objectif est d’éviter que ce déploiement libanais ne se transforme en un engagement unilatéral pendant qu’Israël continue de conserver ses positions et de mener ses opérations militaires.

En d’autres termes, l’armée ne souhaite pas s’engager dans un test sécuritaire où elle n’aurait que des concessions à offrir, tandis qu’Israël conserverait la capacité d’imposer de nouvelles réalités sur le terrain.

C’est à cette lumière qu’il faut comprendre une partie des propos du président de la Chambre, Nabih Berri, sur les « zones test » : le cœur du sujet ne réside pas dans le simple déploiement de l’armée, mais dans le fait de savoir si ces zones constitueront réellement la première phase d’un retrait israélien progressif ou si elles se transformeront en arrangements consacrant une nouvelle présence israélienne sous couvert de tester la capacité de l’armée libanaise.

Dans la même optique, des proches du président de la République, Joseph Aoun, font savoir que celui-ci attend des Américains une nouvelle proposition dépassant les formules précédentes.

Il aurait été informé par ces derniers qu’ils s’apprêtent à mener des contacts avec les Israéliens concernant un programme susceptible de mener à un retrait israélien complet.

Selon ces données, ce qu’attend Aoun n’est pas un engagement général de retrait, mais une vision globale définissant les étapes, les mécanismes et les parties aptes à jouer les rôles requis au Sud, d’autant plus que Washington tient à mettre fin à la mission de la FINUL à la fin de cette année et continue de rejeter la proposition française visant à maintenir une force d’observateurs dans le Sud.

Ces milieux indiquent que les Américains ont promis au président de la République de présenter un programme, de mettre en place un mécanisme de vérification et de désigner les parties pouvant jouer un rôle au Sud.

Ce point apparaît central dans les calculs libanais car ce qui est demandé à Washington, selon cette approche, ne se limite pas à faire pression sur ‘Israël’ pour qu’il se retire, mais englobe le fait de fournir un parapluie politique et sécuritaire empêchant l’effondrement de tout accord au premier frottement sur le terrain.

Pour le Liban, la question reste : qui surveille ? Qui garantit ? Qui définit la violation ? Et qui détient la capacité de contraindre la partie contrevenante à revenir aux arrangements convenus ?

Élément encore plus sensible : Aoun, selon les propos véhiculés dans son entourage, lie ces garanties à un dossier qui dépasse largement le Sud.

Les éléments qui circulent indiquent que, dans le cas où les Américains présenteraient des garanties sérieuses et claires concernant le retrait, le mécanisme de vérification et les arrangements sécuritaires, il serait prêt à mettre les armes du Hezbollah sur la table à l’échelle de tout le Liban. 

Dans ce cadre, les Américains ont proposé au Liban, d’après ces données, de reprendre les négociations à Rome d’ici environ deux semaines, avec une délégation libanaise comprenant des représentants politiques et militaires.

Si ce rendez-vous est confirmé, il s’agira du premier test pratique de la voie évoquée par Aoun, notamment concernant l’examen des étapes du retrait, de ses mécanismes d’exécution et de vérification, au lieu de se contenter d’engagements généraux.

Par ailleurs, des sources d’« Asharq Bloomberg » ont rapporté que le secrétaire d’État américain Marco Rubio rencontrera le Premier ministre Nawaf Salam à Washington le 28 septembre courant.

En parallèle aux démarches sur le volet libanais, le Premier ministre ennemi Benjamin Netanyahu s’est entretenu mardi soir avec l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, et l’ambassadeur américain en ‘Israël’, Mike Huckabee, qui mènent les discussions entre ‘Israël’ et le Liban.

Cela soulève la question de savoir si Washington dispose réellement d’une nouvelle formule applicable ou si les négociations vont retourner tourner en rond sous les mêmes conditions israéliennes. 

En face, ‘Israël’ ne semble pas attendre la finalisation du tableau politique. Les opérations militaires, les démolitions et le nivellement des terres dans plusieurs zones du Sud se poursuivent, faisant de chaque jour supplémentaire sans accord une source potentielle d’une nouvelle réalité.

C’est là que réside le paradoxe : alors qu’il est demandé à l’armée libanaise de prouver sa capacité à assurer la sécurité en préalable au retrait, ‘Israël’ poursuit ses opérations militaires et maintient ses positions, rendant la mission de l’armée plus complexe.

Dans cette équation, la position de Haykal quant à l’élargissement du déploiement devient bien plus qu’un détail militaire ; elle pourrait constituer un indicateur des limites de la disposition de l’institution militaire à s’engager dans des arrangements dont elle estime que les conditions politiques et de terrain ne sont pas réunies. 

Source : Médias