La semaine a été marquée par un nouveau déchaînement de violence en Cisjordanie occupée, où les Palestiniens subissent chaque jour des attaques des colons et de l’armée israélienne.
Dans ce point hebdomadaire du 19 au 25 août qui ne saurait être exhaustif, nous revenons sur les épisodes les plus marquants.
Karim Shalaldeh, 17 ans, assassiné par des colons israéliens
Vendredi 21 août, des colons armés ont fait irruption dans le hameau de Hamroush, dans la localité de Sa’ir, au nord d’Hébron. Les témoins rapportent que les colons ont pris d’assaut plusieurs maisons palestiniennes et ouvert le feu sur les habitant-es.
Un adolescent de 17 ans et un homme âgé de 70 ans ont été grièvement blessés par les tirs. L’enfant, qui se nommait Karim Sanad Salaldeh, a succombé à ses blessures dans la journée.
Avec sa mort, le nombre de Palestiniens tués dans des attaques de colons depuis le début de l’année s’élève désormais à 25, tandis que le bilan depuis le 7 octobre 2023 atteint 61 morts, selon l’agence Wafa.
Fathi Khazem, 58 ans, assassiné par l’armée israélienne
Le même jour, l’armée israélienne a mené un raid au domicile d’un colonel des Forces de sécurité nationale palestiniennes à la retraite, Fathi Zeidan Khazem, âgé de 58 ans.
L’homme a été tué par les soldats israéliens, qui affirment qu’il aurait tenté de les attaquer. Les soldats ont empêché les secours de lui venir en aide, le laissant se vider de son sang jusqu’à mourir. En se retirant, les soldat-es ont emporté le corps de Fathi Khazem, refusant à sa famille de pouvoir lui offrir un enterrement digne.
Plus tôt dans la journée, la Société du Croissant-Rouge palestinien avait indiqué que ses équipes avaient pris en charge un enfant de 14 ans, touché par balles réelles à la poitrine et dans le dos lors d’un raid israélien près de Jénine. Le jeune garçon a été transféré à l’hôpital, a-t-elle ajouté. L’armée israélienne a également arrêté six personnes lors d’un autre raid mené vendredi dans la ville.
Islam Ahmed Ajouri, 14 ans, assassiné par l’armée israélienne
Dimanche 23 août, les forces israéliennes ont tué Islam Ahmed Ajouri, un enfant palestinien de 14 ans, lors d’une descente dans le camp de réfugiés d’Askar, à Naplouse.
Selon un témoin oculaire qui s’est entretenu avec le journal israélien Haaretz, une dizaine de véhicules militaires israéliens sont entrés dans le camp de réfugiés d’al-Askar, situé dans la ville de Naplouse en Cisjordanie, vers 10 heures du matin, et ont mené des raids dans des bâtiments situés le long de la rue principale du camp et dans les ruelles avoisinantes.
Islam Ahmed Ajouri a été touché par un tir direct à la poitrine et est mort peu de temps après avoir été transporté à l’hôpital de Naplouse, rapportent les équipes de secours.
« Ces raids ont lieu tout le temps », raconte Ahmed Zazoum, l’oncle d’Islam Ajouri, sur Al Jazeera. « Ils ont lieu constamment, et ils ciblent les enfants. »
Depuis le 7 octobre 2023, plus de 1 196 Palestiniens ont été assassinés par l’armée israélienne en Cisjordanie occupée, dont 253 enfants.
Troisième semaine de siège à Qusra
À Qusra, au sud de Naplouse, le siège de trois habitations est entré dans sa troisième semaine, privant les familles de nourriture, d’eau et de médicaments. Plutôt que de déloger les colons, l’armée israélienne a déclaré l’ensemble de la ville « zone militaire fermée », imposant leur propre siège.
Après une brève couverture médiatique qui avait soulevé de vives condamnations, ce qui avait commencé par l’intervention de colons israéliens armés s’est donc transformé en une opération conjointe menée par l’armée et les colons, reflétant un schéma observé à grande échelle en Cisjordanie occupée.
Faisant écho à ce siège, un rapport publié jeudi par Human Rights Watch accuse les autorités israéliennes d’armer, de financer et d’accorder l’impunité aux colons pour qu’ils mènent des attaques.
« Le gouvernement israélien et les colons partagent le même objectif : un maximum de terres et un minimum de Palestiniens. Non seulement les autorités ne parviennent pas à mettre fin aux violences des colons, mais elles les facilitent activement », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse à Human Rights Watch. « Les colons tirent, attaquent et expulsent les Palestiniens de leurs terres, et l’État leur fournit les armes, la couverture juridique et les moyens financiers pour le faire. »
47 familles assiégées dans la vallée du Jourdain
47 familles bédouines habitant la vallée du Jourdain sont menacées d’un déplacement forcé imminent, alors que les forces armées et les colons ont sectionné il y a plus d’une semaine les dernières canalisations d’eau alimentant leurs communautés.
« Les attaques répétées contre les infrastructures hydrauliques, qui ont abouti à la coupure de l’approvisionnement en eau des familles, visent à expulser les quelques communautés palestiniennes encore présentes dans la région, parallèlement aux travaux d’excavation destinés à la construction de la barrière de séparation connue sous le nom de “Crimson Thread” dans le nord de la vallée du Jourdain », explique Abdullah Basharat, président du conseil du village d’Atouf.
Le projet Crimson Thread, annoncé l’an dernier par les autorités israéliennes, prévoit la construction d’un mur de séparation de 22 kilomètres de long et 50 mètres de large, ainsi que d’une route parallèle, le long des terres situées à l’est de Tubas. Son tracé passe par des vergers, des serres, des puits et des réseaux d’adduction d’eau. Basharat s’attend à ce que la barrière isole les Palestiniens de leurs terres et permette la confiscation d’environ 50 000 dunams (5 000 hectars) de territoire.
« La terre est notre seule source de revenus », plaide Abdullah Bani Odeh, l’un des Palestiniens menacés d’expulsion. « En nous en privant, on réduit notre capacité à cultiver et à élever du bétail. Ce qui se passe, ce n’est pas simplement qu’on nous prend nos terres ; on nous prive de nos moyens de subsistance. »
Des colons ré-occupent des terres évacuées en 2005
Des dizaines de familles de colons israéliens se sont installées dans la colonie illégale de Kadim, à l’est de Jénine, plus de deux décennies après son évacuation dans le cadre du plan de désengagement unilatéral d’Israël de 2005.
Le Conseil régional de Samarie, dirigé par des colons et chargé d’administrer les colonies israéliennes dans le nord de la Cisjordanie occupée, a déclaré qu’une trentaine de « familles pionnières » s’étaient installées sur le site jeudi 20 août. Des images tournées dans la région montrent des colons entrant sous escorte militaire et arrivant en convois de véhicules arborant des drapeaux israéliens, transportant des meubles et des matériaux de construction.
En 2023, le Parlement israélien a abrogé les dispositions de la loi de 2005 sur le désengagement, qui interdisaient aux Israéliens de pénétrer dans la zone entourant les anciennes colonies. Le gouvernement a ensuite ouvert la voie à leur rétablissement officiel, une mesure que les groupes palestiniens et les organisations de défense des droits humains considèrent comme s’inscrivant dans une campagne accélérée visant à fragmenter et annexer des terres palestiniennes.
592 colonies et avant-postes
Selon le dernier décompte de la Commission de résistance au mur et aux colonies, 780 000 colons israéliens vivaient en Cisjordanie occupée à la fin du mois de juillet. Parmi eux, environ 333 600 vivent dans des colonies illégales à Jérusalem, et 446 400 ailleurs en Cisjordanie. Ces colons israéliens sont répartis dans 192 colonies illégales et 400 avant-postes de colonisation, dont 231 avant-postes agricoles, selon la commission. Les décrets officiels israéliens montrent que le contrôle israélien s’étend sur 42 % de la superficie de la Cisjordanie, qui s’élève à environ 5 660 kilomètres carrés, 71 % de la zone C et jusqu’à 91 % de la vallée du Jourdain palestinienne.
Un rapport de l’organisation Human Rights Watch (HRW), publié jeudi 20 août, alerte sur la recrudescence des attaques menées par les colons, conjuguée à l’expansion rapide des colonies israéliennes illégales, qui entraîne une vague de déplacements forcés de Palestiniens et pourrait mener à l’effacement de dizaines de communautés palestiniennes.
HRW s’inquiète de ce que le nombre de Palestiniens déplacés à la suite d’attaques de colons, de démolitions et d’expulsions au cours des quatre premiers mois de 2026 était déjà supérieur à celui enregistré sur l’ensemble de l’année 2025.
L’OCHA a constaté que 107 communautés, regroupant 5 900 Palestiniens, avaient été totalement ou partiellement déplacées à la suite de violences commises par des colons depuis janvier 2023. Il a également révélé que l’armée israélienne avait expulsé 32 000 Palestiniens supplémentaires de leurs foyers en Cisjordanie occupée depuis janvier 2025, vidant ainsi pratiquement les camps de Jénine, Tulkarem et Nur Shams.
Source : Agence Média Palestine
