mardi, 18/08/2026   
   Beyrouth 10:46

Liban: Visite de Clearfield… Les choses bloquent du côté d’Israël !

La visite du général américain Joseph Clearfield, président du groupe de coordination militaire spéciale pour le Liban, n’a pas produit la percée attendue. Washington tente pourtant de présenter une image plus positive du processus. L’administration américaine laisse entendre que la porte des négociations entre le Liban et ‘Israël’ reste ouverte, et qu’une nouvelle session pourrait s’appuyer sur les réunions de Rome.

Cependant, les réalités du terrain et les déclarations israéliennes peignent un tableau totalement différent. Israël ne semble aucunement disposé à faire de véritables concessions pour l’instant. Tel-Aviv s’emploie plutôt à ancrer de nouvelles réalités au Liban-Sud. Cette stratégie lui permettrait de maintenir ses positions au-delà des échéances politiques internes, jusqu’aux élections d’octobre. Israël cherche ainsi à imposer ses conditions à toute négociation future depuis une position de force.

La visite de Clearfield, qui a inclus les trois présidents Joseph Aoun, Nabih Berri et Nawaf Salam, ainsi que le commandant en chef de l’armée, le général Rodolph Haykal, s’inscrit dans le cadre d’une tentative américaine de trouver la couverture politique et les mécanismes pratiques nécessaires pour passer de compréhensions générales à des mesures sur le terrain.

Washington est en effet conscient que tout arrangement sécuritaire concernant les armes, le déploiement de l’armée libanaise et les zones d’expérimentation ne sera réalisable sans une décision politique claire et un mécanisme de vérification accepté par les parties.

Néanmoins, le nœud principal demeure. Le mécanisme de vérification du retrait des armes n’a pas été tranché, tout comme la composition de l’instance internationale censée superviser la mise en œuvre, alors que plusieurs pays restent pressentis pour y participer, dont la Grande-Bretagne, l’Italie, la Suisse et le Canada.

Cela signifie que l’évocation de progrès sur le dossier des zones d’expérimentation ne s’est pas encore traduite par un accord applicable, d’autant plus que l’armée libanaise a transmis au côté américain son opposition très claire à la poursuite des agressions israéliennes, lesquelles rendent tout nouvel arrangement sécuritaire plus complexe.

En revanche, le message israélien paraît bien plus net que les messages diplomatiques américains. L’escalade continue au Sud, parallèlement aux déclarations du ministre israélien de la guerre Israel Katz, suggère que Tel-Aviv n’aborde pas la période actuelle comme une phase préparatoire au retrait, mais plutôt comme une opportunité d’affermir son contrôle sur le terrain et d’améliorer ses conditions avant toute négociation.

Dans ce contexte, les hauteurs d’Ali al-Tahir émergent comme l’un des objectifs israéliens les plus stratégiques, en raison de leur position qui offre un contrôle visuel et militaire sur de vastes zones s’étendant de Nabatieh et de la Békaa ouest jusqu’aux abords du mont Hermon.

Cette importance stratégique s’accompagne de préparatifs continus sur le terrain, incluant tirs d’artillerie, frappes aériennes, usage du phosphore et destruction de tunnels, de maisons et de villages, dans le cadre d’une politique de la « terre brûlée ». Ce qui s’est produit à Al-Mansouri, Markaba, Khiam et Bani Hayyan, en plus des opérations de terrassement et de dynamitage, confirme qu’Israël n’agit pas dans la perspective d’un cessez-le-feu définitif imminent, mais cherche à modifier la nature du terrain avant l’entrée en vigueur de tout règlement.

Même les positions américaines révèlent l’ampleur du fossé entre l’optimisme politique et la réalité. L’ambassadeur américain Michel Issa a indiqué que la visite de Clearfield visait à clarifier la situation et à expliquer ce qui se passe réellement, affirmant que les négociations se poursuivraient sans fixer de date précise pour la prochaine session, tout en qualifiant le climat des négociations de Rome de positif.

Mais cette positivité diplomatique demeure déconnectée des réalités du terrain au Sud. Washington et Tel-Aviv conditionnent en effet l’arrêt des agressions à la fin de toute présence armée dans la région. De son côté, le Liban exige d’abord l’arrêt de la guerre et le retrait israélien jusqu’aux frontières internationales.

Cet optimisme se heurte également aux menaces rapportées par le président de la République Joseph Aoun. Selon lui, « Israël détruira Ali al-Tahir si le Hezbollah refuse de la remettre à l’armée ».

De son côté, Berri a souligné, après avoir rencontré la délégation militaire américaine, que la clé de la stabilité commence par contraindre ‘Israël’ à stopper la guerre et à se retirer, face à la poursuite des violations et des agressions.

Sur le terrain, la situation ne montre aucun signe d’apaisement. Le Sud a connu des dynamitages à Bint Jbeil, Kounine et Markaba, ainsi que des pilonnages d’artillerie ayant touché Zawtar al-Sharqiyya, Wadi Zibqine et Haddatha, tandis que les démolitions de maisons au bulldozer se sont poursuivies à Bani Hayyan et que les survols intensifs de drones ont continué au-dessus d’El-Mansouri, Qlaileh, Henniyeh, Maaliya et du littoral sud jusqu’à Tyr.

El-Mansouri demeure l’exemple parfait de cette contradiction entre la voie politique et le terrain, après avoir été visée lundi par huit frappes israéliennes, accompagnées de largages de matières et charges explosives par des drones — un procédé répété pour la cinquième fois —, alors que les explosions retentissaient dans de vastes zones jusqu’à Tyr.

À Kfar Tebnit, un drone israélien a largué des matières explosives sur l’une des collines, autre indice que les hauteurs d’Ali al-Tahir restent au cœur des calculs israéliens. La bataille pour ces hauteurs n’est pas un détail tactique, mais s’inscrit dans un affrontement plus large sur la configuration du futur déploiement militaire, les limites du rôle que jouera l’armée libanaise et l’avenir de la présence armée au Sud.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar