lundi, 10/08/2026   
   Beyrouth 11:42

Lier le retrait au désarmement « total » | Netanyahu aux États-Unis : « L’accord de Gaza ne nous concerne pas »

Par Youssef Fares

Les calculs de la coalition gouvernementale en ‘Israël’ ne semblent obéir, à ce stade, à aucune logique rationnelle.

L’approche de l’échéance électorale, prévue en octobre prochain, s’impose dans les moindres détails et se transforme en objet de surenchère entre le Premier ministre de l’Occupation, Benjamin Netanyahu, d’une part, et ses adversaires, d’autre part.

C’est précisément dans ce contexte qu’intervient le retour à la case départ opéré par Netanyahu concernant le processus de négociation sur la prochaine étape dans la bande de Gaza, après avoir explicitement rejeté le « Document en 15 points » soumis par le « Conseil de la paix ».

Il suffit de mesurer le laps de temps qui s’est écoulé entre les critiques du chef du parti « Israël Beytenou », Avigdor Lieberman — dénonçant l’accord sur la reconstruction de Gaza et accusant le gouvernement de désinformation et d’aveuglement —, et l’annonce par Netanyahu du rejet du document, pour évaluer l’impact des rivalités électorales internes sur la décision israélienne.

La coalition gouvernementale ne semble pas en mesure de s’engager dans une voie stratégique susceptible d’installer, auprès d’un public extrêmement hostile et ancré à droite concernant Gaza, l’impression que les gains d’une guerre de près de trois ans se sont arrêtés à des limites ne réalisant pas les grands objectifs, au premier rang desquels le déplacement des Palestiniens et la poursuite des traques vindicatives contre le mouvement Hamas.

Depuis la signature de l’accord de « cessez-le-feu » à Charm el-Cheikh, au début du mois d’octobre dernier, Netanyahu a adopté une approche consistant à donner son accord initial, puis à se dédire de l’application de ses clauses, à le vider progressivement de sa substance et à continuer d’imposer de nouvelles réalités sur le terrain au profit de l’Occupation.

Par cette conduite, il a arraché au Hamas la carte des captifs, avant de se soustraire aux obligations de la première phase, notamment le retrait et l’entrée de l’aide d’urgence.

Actuellement, il va plus loin en rejetant l’accord lui-même, alors qu’il aurait pu — dans des circonstances différentes de cette période critique où la proximité des élections réduit sa marge de manœuvre — entamer le processus de désarmement lourd, puis se désengager des obligations qui en découlent en les conditionnant au désarmement léger.

Après la réunion du « Cabinet », dimanche, Netanyahu a tenu à lever toute ambiguïté sur sa position en déclarant le rejet par ‘Israël’ du « Document en 15 points ».

Il a souligné que la exigence de désarmement du Hamas concerne « l’ensemble des armes », tant lourdes que « moins lourdes », et qu’il est question d’un « désarmement réel et non symbolique ».

Netanyahu n’a pas manqué de signaler qu’il s’entretenait avec les Américains à ce sujet, dans ce qui est apparu comme une tentative d’amortir une réaction américaine prévisible, affirmant que Washington a des idées dont « certaines nous sont acceptables et d’autres non », avant d’ajouter : « Nous savons camper sur nos positions. »

Ces déclarations interviennent après des informations publiées par la chaîne d’opposition « Canal 12 », dans la nuit de samedi à dimanche, rapportant que les services de sécurité israéliens examinent un retrait de plusieurs positions à l’intérieur de la bande de Gaza au profit de forces de l’ONU.

Selon la chaîne, ces discussions ont eu lieu en dépit des déclarations liant tout retrait de la « Ligne jaune » au désarmement du Hamas, les retraits envisagés visant à préparer le terrain à l’entrée d’une force multinationale.

Selon le même rapport, le Maroc enverrait le contingent le plus important avec environ 500 soldats, tandis que des contacts sont en cours avec l’Ouganda pour l’envoi d’un effectif similaire, les contributions des autres pays se limitant à quelques dizaines de soldats chacun.

Ainsi, la taille attendue de cette force reste très éloignée des projections initiales qui évoquaient des milliers de soldats ; ce qui explique, selon la même source, les doutes au sein de l’appareil de sécurité israélien quant à la capacité d’un tel effectif à jouer un rôle influent dans le secteur.

Selon le rapport, l’arrivée des troupes étrangères est prévue d’ici environ un mois et demi, un délai qu’Israël juge suffisant pour tester le sérieux du Hamas sur le dossier des armes, ainsi que la capacité du gouvernement Netanyahu à résister à la pression américaine, d’autant que les discussions associées ont atteint un stade avancé.

Malgré ce qui précède, les volontés israéliennes et les impératifs électoraux ne semblent pas suffire à briser les pressions américaines, lesquelles considèrent l’accord de principe du Hamas sur son désarmement comme un pas exploitable pour faire avancer le « Plan Trump ».

Dans ce contexte, le commandant du « Commandement central » américain (CENTCOM), Brad Cooper, s’est rendu dimanche en ‘Israël’ où il a mené des discussions portant sur les dossiers iranien et gazaoui, au moment où la chaîne « Kan » rapportait une intensification considérable des pressions américaines pour passer à la « seconde phase » de l’accord de Gaza.

Ces pressions recoupent une position régionale et internationale exprimée la semaine dernière par l’Égypte, le Qatar, la Turquie et le Pakistan, à travers la condamnation des violations israéliennes répétées du « cessez-le-feu » et des tentatives de saper le « Plan Trump ».

De son côté, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a accusé ‘Israël’ de se dérober à ce plan et de continuer à tuer des civils — malgré la disposition déclarée des factions à remettre les armes —, réitérant la fermeté de la position égyptienne rejetant le projet de déplacement, qualifié de « ligne rouge » que Le Caire « ne laissera sous aucun prétexte se concrétiser ».

Parallèlement, une nouvelle évolution porteuse de signaux graves est apparue : la radio de l’armée d’occupation a révélé que Netanyahu et le ministre de la Défense, Israël Katz, ont donné leurs instructions pour entamer la construction des infrastructures d’une nouvelle ville à Rafah, une décision prise il y a deux semaines conjointement à la validation de l’entrée des « forces internationales ».

Cette décision indique « l’alternative » israélienne à la « feuille de route » annoncée par le « Conseil de la paix », qui consiste à séparer la population du secteur du mouvement Hamas et à la transférer vers une ville sous contrôle sécuritaire israélien, gérée par des groupes de collaborateurs, permettant ainsi à l’armée d’occupation une totale liberté de mouvement militaire dans les zones ouest du secteur, peuplées d’environ deux millions d’habitants.

Bien qu’aucun pas concret n’ait été enregistré sur le terrain jusqu’à présent, l’annonce d’une telle mesure met en lumière l’ampleur des divergences entre la vision américaine — portée par le « Conseil de la paix » — et le projet israélien pour l’avenir de la bande de Gaza.

Dans ce cadre, la même radio a fait état de démarches unilatérales américaines contournant Tel-Aviv pour mettre en œuvre le « plan de paix », notamment le transfert de propriété et d’exploitation des usines de béton établies aux frontières de Gaza, d’Israël vers les États-Unis.

Il convient de noter que ces usines ont été créées à l’origine pour sceller les réseaux de tunnels et opéraient sous la supervision du ministère israélien de la Défense, avec un financement et une gestion israéliens, avant que leur responsabilité ne soit transférée au commandement américain à « Kiryat Gat », qui en assurera le financement et la gestion.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un accroissement progressif de la responsabilité des États-Unis dans la bande de Gaza, leur rôle évoluant du scellement des tunnels à la reconstruction future.

Au final, les trois mois qui nous séparent des élections israéliennes seront le théâtre de nouvelles tensions, chaque partie cherchant à réaliser des gains électoraux par le biais du dossier de Gaza.

Ces gains semblent bien éloignés de la conclusion d’un accord dont le gouvernement d’occupation ne peut payer le prix au stade actuel, alors même que Trump apparaît en avoir le plus grand besoin.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar