vendredi, 07/08/2026   
   Beyrouth 06:42

Liban|Round de Rome : consécration des exigences de l’ennemi et protocole sécuritaire prolongeant l’occupation

Le Liban est sorti de ce septième round de négociations à Rome sans arracher le moindre gain. Les pourparlers parrainés par les États-Unis ont butté sur le cadre fixé conjointement par Washington et Tel-Aviv : aucun retrait total et aucune discussion sur les arrangements définitifs avant le règlement du dossier des armes du Hezbollah et le démantèlement de sa structure militaire dans l’ensemble du Liban. Ce nouveau round s’est ainsi transformé en une étape supplémentaire dans un long processus négocier, reportant les débats au 1er septembre prochain, pendant que l’escalade israélienne se poursuit sur le terrain.

D’après les résultats des réunions de Rome, un accord a été trouvé pour passer à la rédaction de projets de textes d’un accord sécuritaire. Celui-ci devrait définir les dispositions relatives aux frontières, leurs mécanismes d’exécution et les cadres juridiques d’accompagnement, Washington étant chargé d’en rédiger les ébauches en coordination avec les deux parties. En pratique, cela traduit l’acceptation par l’autorité de tutelle de la proposition d’un « protocole d’exécution » qui s’avère « secret et non divulgable », incluant « tous les détails liés à la mise en œuvre des mesures sur le terrain ».

Le quotidien Al-Akhbar a appris que Washington a de nouveau appuyé la demande israélienne prévoyant d’appliquer ce protocole, dans une première phase, aux zones de Zawtar al-Gharbiya et Froun-Sarrifa, l’accès à la seconde phase étant conditionné à la vérification de l’accomplissement de la mission.

L’autorité présidentielle a ainsi concédé un compromis supplémentaire sans motif logique. Par conséquent, la délégation libanaise a accepté de reporter à la prochaine session l’examen de l’élargissement des « zones modèles », face à l’obstination d’Israël à faire du « démantèlement de l’arsenal du Hezbollah et du retrait de son infrastructure armée » un préalable absolu à tout retrait complet.

Selon les éléments émanant de Rome, la proposition débattue repose sur un plan par étapes combinant volets technique et politique, mais assorti d’une vaste série de conditions et de mécanismes d’exécution stricts. Le concept proposé stipule que « le Liban s’engage à éliminer tout élément armé, et à œuvrer à la destruction et à la saisie des dépôts d’armes, des tunnels et des systèmes de commandement et de contrôle », ces mesures devant « faire l’objet d’un processus de vérification sur le terrain sous la supervision d’un tiers ».

Le projet comprend également « le contrôle d’identité des citoyens libanais regagnant leurs villages », Israël exigeant de s’assurer au préalable de leur non-appartenance au Hezbollah ou à ses branches militaires. Le commandement de l’armée libanaise avait pourtant averti les responsables libanais et la partie américaine que l’application d’une telle clause « équivaudrait en pratique à interdire le retour des habitants dans leurs villages, outre l’impossibilité de la vérifier sur le terrain ».

La formulation proposée exige que « le Liban prenne des mesures juridiques et pratiques garantissant l’abrogation de toute capacité ou rôle militaire du Hezbollah, y compris l’annulation de textes législatifs considérés par ‘Israël’ et les États-Unis comme une couverture à ce rôle, le blocage des sources de financement et le démantèlement complet de l’infrastructure militaire liée au parti ». La phase ultérieure conditionne la reconstruction et l’aide internationale à des progrès sur les volets politique et sécuritaire, rendant le retrait israélien total ainsi que la conclusion d’accords d’apaisement ou de paix dépendants de l’aboutissement des étapes requises selon le mécanisme suggéré.

Durant les réunions, le travail s’est poursuivi sur les cartes relatives aux zones occupées afin d’établir un calendrier et une séquence pour les prochaines étapes, dans l’attente du retour de la délégation israélienne vers son niveau politique pour la prise de décision. En contrepartie, la partie américaine s’est engagée à poursuivre le suivi des dossiers des frontières et des prisonniers durant la suspension des négociations jusqu’au début du mois de septembre.

Un responsable du département d’État américain a indiqué que les contacts se poursuivraient pour parachever les discussions selon les dispositions établies. Alors que des sources diplomatiques rapportent que la suspension des sessions a été demandée par les Américains pour mener des consultations internes, d’autres sources évoquent des pressions de l’ambassadeur d’Israël à Washington, Yechiel Leiter, pour suspendre les discussions en raison de « fuites trompeuses » attribuées à la délégation libanaise. La partie libanaise a, de son côté, confirmé que la décision de suspendre les réunions émanait de la délégation américaine afin de permettre ces consultations internes.

Malgré les complications sur le terrain, le département d’État américain a qualifié les discussions de Rome de « très fructueuses », précisant qu’elles ont abordé les aspects politiques et militaires, tandis que les équipes techniques ont progressé dans l’examen des détails d’exécution du cadre tripartite signé entre le Liban, ‘Israël’ et les États-Unis en vue de mettre fin aux hostilités entre les deux parties.

Cependant, les réunions de Rome ne sont pas restées déconnectées de la situation tendue dans le Sud. L’incident de Majdal Zoun, qui a causé la mort de soldats israéliens, est devenu un nouveau point d’escalade, suivi d’une vague de frappes aériennes et de tirs d’artillerie israéliens, ainsi que de menaces et de sommations d’évacuation visant le village de Mansouri et ses environs. Ces développements ont démontré que le processus de négociation ne s’est accompagné d’aucune garantie pratique quant à l’arrêt des agressions israéliennes ou à la limitation des opérations de destruction et de nivellement.

L’ennemi poursuit les incendies et les destructions

Les opérations israéliennes ne se sont pas interrompues durant les négociations ; le Sud a au contraire connu une nouvelle vague d’attaques. L’aviation israélienne a mené des frappes sur le village de Mansouri dans le caza de Tyr, tandis qu’un drone a largué une bombe sonore sur le village de Yater, et qu’une autre frappe a ciblé le quartier d’Al-Masha’a à Meyfadoun. Des mouvements militaires israéliens ont été enregistrés via des patrouilles motorisées dans les secteurs du Wadi al-Salouqi et du Wadi al-Houjeir, accompagnés de rafales d’armes automatiques en direction des abords des routes de la région. En parallèle, les forces d’occupation ont poursuivi leurs opérations de destruction et de démolition dans plusieurs localités du Sud, ainsi que l’incendie de vastes étendues de cultures et d’arbres fruitiers.

Dans une position marquante, des médias israéliens ont rapporté que le commandement de l’armée d’occupation a reçu une notification américaine indiquant que le Hezbollah n’a pas violé l’accord de cessez-le-feu, et que l’explosion survenue dans la localité occupée de Majdal Zoun découle d’un incident sans aucun signe d’implication du parti, l’engin explosif étant vraisemblablement un reste des affrontements antérieurs. Selon ces rapports israéliens, la position américaine visait à empêcher Israël de mener une opération militaire dans le Sud-Liban sous prétexte de riposter à une prétendue violation du Hezbollah, à un moment où Tel-Aviv cherchait un prétexte pour une nouvelle escalade sur le terrain.

En parallèle aux pilonnages exécutés par les forces d’occupation avant-hier, les médias israéliens ont souligné que l’armée attendait les directives du niveau politique avant de lancer une opération militaire d’envergure, précisant que l’objectif réel à l’étude se situait dans le secteur oriental, plus particulièrement sur les hauteurs d’Ali al-Taher.

Pendant que le Premier ministre ennemi Benjamin Netanyahu déplorait la mort des soldats tués au Sud-Liban, son ministre des Finances Bezalel Smotrich appelait à détruire ce qu’il a qualifié d’« infrastructures du Hezbollah » au-dessus et au-dessous du sol, et à maintenir les forces israéliennes au sein d’une « vaste zone de sécurité » exempte de groupes armés, estimant qu’il s’agissait d’une condition préalable pour « garantir la sécurité des habitants du nord d’Israël ».

Face à la poursuite de l’escalade, la FINUL a continué d’observer la situation dans le Sud, affirmant que la zone demeure dans un état de fragilité en raison de la continuité des violations et des activités militaires. La force internationale a annoncé avoir recensé le tir de 113 projectiles par l’armée israélienne en une seule journée — le chiffre le plus élevé depuis le 21 juin —, soulignant que le niveau de violence, bien qu’en recul par rapport aux mois précédents, continue de constituer une menace directe pour la stabilité.

Source : Traduit à partir d'AlAkhbar